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dictionnaire:mactare6 [2015/03/07 10:09] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres">mactō, -ās, -āre</p></html> <html><center><big><big>(verbe)</big></big></center></html>
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 +====== 6. Histoire du lexème ======
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 +===== 6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois =====
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 +==== Sens A. ====
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 +Dans la construction ancienne //mactare deum aliqua re// (par exemple //mactare Iouem hostiā//), //mactare deum// signifie d’abord « faire croître », « revigorer » le dieu (au moyen d’une offrande, d’un sacrifice). Selon les contextes, mactare a pu prendre les acceptions de « honorer », « gratifier » ([[:dictionnaire:mactare4detaille|ex. 1]]) ou de « faire éprouver » ([[:dictionnaire:mactare4detaille|ex. 3]]) ; ce sont des variantes contextuelles du sens originel.
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 +==== Sens B. ====
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 +Dans la construction plus récente //mactare aliquid deo// (//mactare pultem, hostiam Ioui//), //mactare// veut dire « immoler, offrir en sacrifice (une victime) à un dieu » (selon la nature de l’offrande, //mactare// peut signifier « sacrifier » ou « offrir »).
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 +L’évolution sémantique qui fait passer //mactare// du sens A au sens B s’explique comme un cas de « polysémie externe » (le verbe est affecté par la polysémie dans ses actants) : la répartition grammaticale des fonctions est devenue différente, l’instrumental (//hostiā//) cédant la place à un accusatif d’objet (//hostiam//). On observe le même type de polysémie externe dans le cas de //donare//, « gratifier (de) » et « donner », de //circumdăre//, « entourer (de) » et « placer autour » et de //litare//, « accomplir un sacrifice (au moyen de) » et « offrir un sacrifice ».
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 +==== Sens C. ====
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 +Le passage du sens de //mactare//, « offrir en sacrifice » à celui de //mactare// « tuer », « faire périr », s’explique comme un cas de polysémie interne : le sème 2 du sémème /immoler 1/ en sacrifice 2/ est occulté et le sémème est réduit au seul sème « immoler ». C’est le type de polysémie appelé « extension de sens ». 
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 +La polysémie à la fois interne et externe de //mactare// permet de rendre compte des différents sens pris par ce verbe au cours de son évolution sémantique et d’écarter toute hypothèse qui conduirait à supposer l’existence de deux verbes homonymes.
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 +===== 6.2. Etymologie et origine =====
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 +Pour l’étude étymologique, on ne peut séparer //mactus, macte// et //mactāre//.
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 +La plupart des savants qui se sont occupés de //mactus// sont restés perplexes, y compris Ernout et Meillet. 
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 +Pourtant, le rapprochement de //mactus// et de //magnus// offre une piste féconde. Invoquer, pour réfuter *//mag-to//-, comme le fait De Vaan, l’absence d’effet de la pseudo-loi de Lachmann n’est pas un contre-argument décisif, car l’effet dit //de Lachmann// est loin d’être systématique. 
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 +En tout cas, *//mag-to//- ne peut entrer dans les cadres de fonctionnement de la « loi de Lachmann » tels que définis par Strunk 1976, op. cit. La prétendue « loi de Lachmann » n’a guère de chance de s’appliquer à une forme isolée : elle n’affecte que des participes relevant d’un paradigme verbal et subordonnés à un thème d’infectum(( Si l’on prend le cas, p. ex., d’//āctus// ou //rēctus//, on admet que des formes héritées *//ăkto//- et *//rĕkto//- ont été remotivées en *//agto//- et *//regto//- ; s’en est suivi un nouvel assourdissement des vélaires qui, lui, a été suivi d’un allongement compensatoire.)).
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 +On sait que la base //mag//- de //magnus// est le substitut du degré Ø peu reconnaissable, *//m̥g//-, attesté dans lat. //ing-ent//- (adjectif //ingens// « immense »). 
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 +Les dérivés en *-//to//- et *-//no//- sont souvent à peu près équivalents ; ils entrent en distribution complémentaire, dans certaines langues, pour la formation du participe passé (indo-iranien, germanique). En latin, on peut évoquer la coexistence de //uastus// et //uānus// < *//was-no//-.
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 +Pour aborder l’histoire de //mactāre//, deux préalables indispensables sont à prendre en compte : d’une part, il faut étudier la construction particulière de ce verbe, d’autre part, on doit réintégrer ce verbe dans l’ensemble des verbes qui portent l’idée de sacrifier. Dénominatif de //mactus, mactāre// signifierait « accroître, augmenter » ; la syntaxe du verbe peut aller en ce sens : la construction //mactāre deum aliquā rē// peut s’interpréter comme « accroître un dieu au moyen d’une offrande » (cf. § 5 pour l’interprétation des grammairiens latins).
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 +La prière conservée par Caton, //Agr.// 134, 3 : //Iupiter, macte isto fercto esto, macte uino inferio esto !// se comprendra comme « Jupiter, sois augmenté de cette offrande, sois augmenté du vin présenté en offrande ! ».
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 +Le nominatif est attesté une fois, dans :
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 +    * Caton, //Agr//. 134, 2 : //Iupiter, te hoc fercto obmouendo bonas preces precor, uti sis uolens propitius mihi liberisque meis domo familiaeque meae mactus hoc ferto.// \\ « Jupiter, en t’offrant ce gâteau, je t’adresse de bonnes prières, afin que tu sois bienveillant et favorable à moi-même, à mes enfants, à ma demeure et à toute ma maisonnée, une fois rassasié par le présent gâteau. »
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 +Le nom vénète //magetlon//, dérivé « médiatif » en *-//tlo//- qui désigne l’offrande faite aux dieux (« ce par quoi on accroît le dieu ») va dans ce sens, ainsi que lat. //magmentum// « offrande supplémentaire », mot du rituel cité par Varron et Arnobe :
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 +    * Varr. //L.L.// 5, 112 : //augmentum, quod ex immolata hostia desectum in iecore in por<ric>iendo a<u>gendi causa. Magmentum a magis, quod ad religionem magis pertinet : itaque propter hoc <mag>mentaria fana constituta locis certis quo id imponeretur.// \\ « L’//augmentum// (morceau supplémentaire) tire son nom du fait que, prélevé sur la victime immolée, il est, en vue de l’offrande, placé sur le foie de la victime comme symbole d’accroissement (augendi). //Magmentum// (offrande additionnelle) vient de //magis// (davantage) parce que cette offrande relève encore davantage (//magis//) de l’esprit religieux. » (Trad. J. Collart, 1954).
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 +Arn. 7, 25 : //non magmenta, non augmina, non mille species vel sanguinaminum vel fitillarum, quibus nomina indidistis obscura vulgoque ut essent augustiora fecistis.// \\ « … ni les //magmenta//, ni les //augmina//, ni ces mille espèces de boudins ou de bouillies auxquels vous avez donné des noms obscurs afin de les rendre plus vénérables aux yeux de la foule. »
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 +Rappelons la position de M. Lejeune dans son //Manuel de la langue vénète// (1974) à propos de vén. //magetlon// : « C’est seulement en vénète (//magetlo.n.//) et en latin (//mactus//) que la racine *//m̥g//- “grand” fournit des termes au vocabulaire de l’offrande. » (« Position du vénète », n°45 p. 169). Et dans l’index, p. 336 : //magetlo.n.// : « désignation de l’“offrande” : dérivé neutre, à suffixe *-//tlo//- de nom d’instrument à partir d’un thème verbal *//m°g(h)-ē//- “//augēre//” (?). »
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 +L’idée sous-jacente est que le fidèle, par ses offrandes, nourrit et accroît la divinité. On retrouve la notion de potlatch, de débauche de dons. 
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 +En revanche, la solution privilégiée par De Vaan nous paraît peu vraisemblable pour des raisons sémantiques : en latin, le radical //mac//- de //macer// ne porte que l’idée de maigreur. 
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 +//Mactāre// fait partie des verbes qui désignent le sacrifice ; or, pour ces verbes, dans les langues indo-européennes, « le sens de “sacrifier”, écrit Haudry (1978 p. 344), est toujours un aboutissement. La désignation repose sur des verbes de sens divers et qui semblent avoir été fréquemment renouvelés ; c’est ce que suggère la rareté des correspondances entre les diverses langues i.-e. dans ce domaine, et plus encore la discordance sémantique constatable dans les quelques correspondants probables comme i.-ir. *//yaz//- : gr. ἅζομαι ou certaines comme véd. //saparyá//- : lat. //sepelio//. » Le même Haudry estime que les verbes de sacrifice se regroupent autour de deux pôles, l’un autour de l’idée d’« honorer », l’autre autour de l’idée d’« immoler (une victime) ». //Mactāre// ne fait certainement pas exception à cette tendance générale ; porteur de la notion d’« accroissement », il se range du côté des verbes « honorer », au sens large. 
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 +J. Haudry a observé que la plupart des verbes relevant de la sphère du sacrifice connaissent une double construction, l’une avec un « objet instrumental », l’autre avec un objet à l’accusatif((Pour plus de détails, se reporter à Haudry 1978 p. 345-363, « Les verbes de sacrifice ». Cette étude s’inscrit dans le cadre de la « théorie des deux modèles » syntaxiques développée par J. Haudry dans son livre.)). C’est aussi le cas de //mactāre//. Une fois sa signification originelle estompée, //mactāre// a rejoint les verbes qui, comme //immōlāre//, appellent un accusatif du nom de la victime sacrifiée : 
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 +    * Pl. //As//. 712 : //ut deo mihi hic immolas bouem//.
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 +    * Cic. //Inv//. 2, 95 : //ne quis Dianae uitulum immolaret//.
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 +    * Cic. //De or//. 2, 268 : //lustrum condidit et taurum immolauit//.
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 +Le verbe //mactāre// signifiait originellement « honorer un dieu » en lui apportant un surcroît d’offrande destiné à renforcer sa substance, selon une vision magico-religieuse largement répandue. 
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