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dictionnaire:le_suppletisme_verbal3 [2015/11/10 19:53]
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dictionnaire:le_suppletisme_verbal3 [2015/11/11 18:55] (Version actuelle)
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 Plusieurs autres cas sont moins nets. Jusqu’où faut-il remonter pour accepter un supplétisme : jusqu’aux « racines indo-européennes », jusqu’aux « radicaux latins » ? Plusieurs autres cas sont moins nets. Jusqu’où faut-il remonter pour accepter un supplétisme : jusqu’aux « racines indo-européennes », jusqu’aux « radicaux latins » ?
  
-**//Discō//** emprunte à //doceō// son participe **//doctus//**. //Discō// et //doceō//(( Pour le lien entre les deux lexèmes en latin, cf. Varron, L. 6, 62.))  sont issus de la même racine i.-e., //*dek̑-//, qui exprime l’adéquation à ce qui est considéré comme la norme, mais ils ne répondent pas à la même formation : //discō// repose sur //*di-d k̑ + * sk̑//, //doceō// sur le causatif de la même racine //*dek̑  + *-eye/o-//. Il est difficile de décider si ce cas est à retenir ou non pour le supplétisme. En revanche, la structure consonantique commune, claire même en synchronie, //pr-//, du couple **//premō//** / **//pressī//** conduirait, pour cette paire-ci, à rejeter en synchronie le cas comme supplétif. C’est une variante morphologique en synchronie, mais en diachronie c’est une même racine, diversement élargie : respectivement //*pr em-// / //*pr-es-// ou //*pr// et . Que faire encore de //linō// / //lēuī//, cas similaire à la paire précédente puisqu’il repose sur deux bases apparentées //*lei-// et //*lē-//((Ch. de LAMBERTERIE  refuse l’alternance canonique //*li-/lei-// et résout les difficultés phonétiques qu’elle pose en admettant, +**//Discō//** emprunte à //doceō// son participe **//doctus//**. //Discō// et //doceō//(( Pour le lien entre les deux lexèmes en latin, cf. Varron, L. 6, 62.))  sont issus de la même racine i.-e., //*dek̑-//, qui exprime l’adéquation à ce qui est considéré comme la norme, mais ils ne répondent pas à la même formation : //discō// repose sur //*di-d k̑ + * sk̑//, //doceō// sur le causatif de la même racine //*dek̑  + *-eye/o-//. Il est difficile de décider si ce cas est à retenir ou non pour le supplétisme. En revanche, la structure consonantique commune, claire même en synchronie, //pr-//, du couple **//premō//** / **//pressī//** conduirait, pour cette paire-ci, à rejeter en synchronie le cas comme supplétif. C’est une variante morphologique en synchronie, mais en diachronie c’est une même racine, diversement élargie : respectivement //*pr em-// / //*pr-es-// ou //*pr// et . Que faire encore de //linō// / //lēuī//, cas similaire à la paire précédente puisqu’il repose sur deux bases apparentées //*lei-// et //*lē-//?((Ch. de LAMBERTERIE (1990, 421) refuse l’alternance canonique //*li-// / //lei-// et résout les difficultés phonétiques qu’elle pose en admettant, « quelque hardie que puisse paraître l’idée, que la conjugaison latine garde ici une trace de l’“alternance” entre les deux bases radicales //*lei-// et //*lē-//».)) Les sujets parlants ont dû percevoir en synchronie une irrégularité, mais en diachronie cela ne correspond pas à la conception du supplétisme comme formes issues de racines i.-e. différentes. 
  
-    * Chde LAMBERTERIE: 1990421: // quelque hardie que puisse paraître l’idéeque la conjugaison latine garde ici une trace de l’“alternance” entre les deux bases radicales //*lei-// et //*-// //.))? Les sujets parlants ont dû percevoir en synchronie une irrégularité, mais en diachronie cela ne correspond pas à la conception du supplétisme comme formes issues de racines i.-e. différentes+OPanagl((O. PANAGL2000, 246))  propose un nouveau candidat à la liste canonique des supplétismes hérités **//terō//** / **//trīuītrītus//**, en s’appuyant sur le LIV, qui fait reposer ce paradigme sur le supplétisme avec les racines //*terh1-// « perforer, frotter » (pour l’//infectum// ) et //*trei̯(H)-// ( pour le //perfectum// et le participe en //-tus// )
  
-O. Panagl((O. PANAGL (2000, 246).))  propose un nouveau candidat à la liste canonique des supplétismes hérités : **//terō//** / **//trīuī, trītus//**, en s’appuyant sur le LIV, qui fait reposer ce paradigme sur le supplétisme avec les racines //*terh1-// « perforer, frotter » (pour l’//infectum//) et //*trei̯(H)-// (pour le //perfectum// et le participe en  //-tus//). En synchronie, l’unité du paradigme l’emporte. S’il y a supplétisme, il existe seulement pour le linguiste moderne dans une perspective diachronique. Cependant, l’élément //trī-// pourrait être un de ces « i-Basis », ainsi //*trī-// en regard de //*terH-//((OPANAGL (2000246).)) . +En synchronie, l’unité du paradigme l’emporte. S’il y a supplétisme, il existe seulement pour le linguiste moderne dans une perspective diachronique. Cependant, l’élément //trī-// pourrait être un de ces « i-Basis », ainsi //*trī-// en regard de //*terH-//((Chde LAMBERTERIE, 1990447.)) . 
  
 On ne sait pas avec certitude s’il faut poser une racine commune, //*pr̥k̑-//, pour **//poscō//** (de //*pr̥k̑-sk̑ō//) et **//postulātus//** (//sum//)((Cf. Phocas, GLK V, p. 438 ; O. PANAGL (2000, 246).))  de //postulō// (< //*pr̥k̑stl°lo-//, selon l’étymologie posée par M. Keller((Cf. Phocas, GLK V, p. 438 ; O. PANAGL (2000, 246).)) ). Ce cas ressemble à celui de //canō// / //cantātus//, que nous rejetterons plus loin - le participe d’un fréquentatif vient étoffer le simple correspondant, qui n’est pas défectif  , mais //poscō// répond à une autre formation, en //*-sk̑e/o-//, et n’avait pas à l’origine de participe en  //-tus//. D’autres ont proposé une paire **//poscō//** / **//petītus//**((Pour A. MEILLET (1922, 83), « le correspondant *porctus de skr. pr̥ṣṭáḥ, lit. pĩrštas serait trop éloigné de poscō et n’a pas survécu. Pour compléter poscō, poposcī, il a fallu recourir à petītum, petītus. On conçoit que, plus anciennement, la langue ait recouru à des restes procitum, procitus, d’un verbe dont les autres formes sont de bonne heure sorties de l’usage ». D. CARCHEREUX (2000, 62) affirme plutôt qu’ « on a vraiment ici affaire à un ‘recours en cas de besoin’ (…). Il ne s’agit absolument pas ici d’un supplétisme institué ». )) , en tentant de trouver des emplois communs entre //poscō// et //petō//. Une étude exhaustive des textes s’impose. On ne sait pas avec certitude s’il faut poser une racine commune, //*pr̥k̑-//, pour **//poscō//** (de //*pr̥k̑-sk̑ō//) et **//postulātus//** (//sum//)((Cf. Phocas, GLK V, p. 438 ; O. PANAGL (2000, 246).))  de //postulō// (< //*pr̥k̑stl°lo-//, selon l’étymologie posée par M. Keller((Cf. Phocas, GLK V, p. 438 ; O. PANAGL (2000, 246).)) ). Ce cas ressemble à celui de //canō// / //cantātus//, que nous rejetterons plus loin - le participe d’un fréquentatif vient étoffer le simple correspondant, qui n’est pas défectif  , mais //poscō// répond à une autre formation, en //*-sk̑e/o-//, et n’avait pas à l’origine de participe en  //-tus//. D’autres ont proposé une paire **//poscō//** / **//petītus//**((Pour A. MEILLET (1922, 83), « le correspondant *porctus de skr. pr̥ṣṭáḥ, lit. pĩrštas serait trop éloigné de poscō et n’a pas survécu. Pour compléter poscō, poposcī, il a fallu recourir à petītum, petītus. On conçoit que, plus anciennement, la langue ait recouru à des restes procitum, procitus, d’un verbe dont les autres formes sont de bonne heure sorties de l’usage ». D. CARCHEREUX (2000, 62) affirme plutôt qu’ « on a vraiment ici affaire à un ‘recours en cas de besoin’ (…). Il ne s’agit absolument pas ici d’un supplétisme institué ». )) , en tentant de trouver des emplois communs entre //poscō// et //petō//. Une étude exhaustive des textes s’impose.
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 A partir d’exemples littéraires nombreux, A. Ernout conclut que le parfait fonctionnant en face de //cernō// est //uīdī//, la langue réservant //crēuī//, qui est le parfait morphologiquement régulier de //cernō//, à //crēscō//, d’où une paire **//cernō//** / **//uīdī//**((A. ERNOUT (1929, 89).)) . Par ailleurs,  A partir d’exemples littéraires nombreux, A. Ernout conclut que le parfait fonctionnant en face de //cernō// est //uīdī//, la langue réservant //crēuī//, qui est le parfait morphologiquement régulier de //cernō//, à //crēscō//, d’où une paire **//cernō//** / **//uīdī//**((A. ERNOUT (1929, 89).)) . Par ailleurs, 
  
-    * A. Ernout: « étant donné que //uidērī// tendait à s’employer plutôt dans le sens de « sembler, paraître » que de « être vu », le passif de //cernō// fournissait un équivalent précieux parce qu’il ne prêtait pas à cette confusion », d’où une seconde paire **//uideō//** / **//cernor//**((A. ERNOUT (1929, 89).))  avec une « identité absolue ». L’auteur remarque que les exemples de parfait de //cernere//, lexème bien attesté à toutes les époques de la latinité, sont rarissimes et entrent pour la plupart dans des expressions figées, alors que le parfait de //crēscō// est d’un usage courant. Il n’utilise pas le terme de supplétisme – l’article datant de 1929, ce concept était encore peu utilisé -, mais analyse le phénomène dans les mêmes termes que les linguistes emploieraient pour décrire un supplétisme : « La langue a accompli un travail de discrimination et d’élimination, réservant //crēuī// à //crēscō//, utilisant //uīdī// comme parfait de //cernō// « apercevoir, voir », et remplaçant pour exprimer l’idée de « décider (de) l’ancien simple //cernō// par le composé d’aspect déterminé //dēcernō//». +    * A. Ernout: « étant donné que //uidērī// tendait à s’employer plutôt dans le sens de « sembler, paraître » que de « être vu », le passif de //cernō// fournissait un équivalent précieux parce qu’il ne prêtait pas à cette confusion », d’où une seconde paire **//uideō//** / **//cernor//**((A. ERNOUT (1929, 89).))  avec une « identité absolue ».  
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 +L’auteur remarque que les exemples de parfait de //cernere//, lexème bien attesté à toutes les époques de la latinité, sont rarissimes et entrent pour la plupart dans des expressions figées, alors que le parfait de //crēscō// est d’un usage courant. Il n’utilise pas le terme de supplétisme – l’article datant de 1929, ce concept était encore peu utilisé -, mais analyse le phénomène dans les mêmes termes que les linguistes emploieraient pour décrire un supplétisme :
  
-La langue a tendance à utiliser un autre verbe en raison de l’homophoniemais par prudencenous classons ces paires dans les cas flouspuisque nous ne sommes pas en mesure de certifier la réalité d’aucune de ces paires dans la langue parlée((Dans certaines occurrences, à l’actif de //uideō// correspond le passif de //comminīscor//, jusque dans des expressions qui semblent proverbiales, par exemple chez Claudius Caecus,+    * A. Ernout: « La langue a accompli un travail de discrimination et d’éliminationréservant //crēuī// à //crēscō//, utilisant //uīdī// comme parfait de //cernō// « apercevoirvoir »et remplaçant pour exprimer l’idée de « décider (de) l’ancien simple //cernō// par le composé d’aspect déterminé //dēcernō//». 
  
-    *  Claudius Caecus//Carm.// 2-3: //Amicum cum uides, obliscere miserias// / //inimicus si es commentus nec libens aeque// \\ « Quand tu vois un ami, oublie tes malheurs. Mais si tu es considéré comme un ennemi, ne le fais pas aussi volontiers ». +La langue a tendance à utiliser un autre verbe en raison de l’homophonie, mais par prudence, nous classons ces paires dans les cas flous, puisque nous ne sommes pas en mesure de certifier la réalité d’aucune de ces paires dans la langue parlée.((Dans certaines occurrences, à l’actif de //uideō// correspond le passif de //comminīscor//, jusque dans des expressions qui semblent proverbiales, par exemple chez Claudius Caecus,//Carm.// 2-3: //Amicum cum uides, obliscere miserias// / //inimicus si es commentus nec libens aeque// \\ « Quand tu vois un ami, oublie tes malheurs. Mais si tu es considéré comme un ennemi, ne le fais pas aussi volontiers». \\ On peut supposer aussi un sème spécifique pour //commentus// lié au jugement d’une erreur : « si tu es vu <à tort> », mais d’autres occurrences ne le suggèrent pas.))
  
-On peut supposer aussi un sème spécifique pour //commentus// lié au jugement d’une erreur : « si tu es vu <à tort> »mais d’autres occurrences ne le suggèrent pas.)).+Nous procédons de même pour la paire //iubeō// / //imperōr// que É. Évrard((É. ÉVRARD (2001724 et 726).))  qualifie de supplétive, à partir de 
  
-Nous procédons de même pour la paire //iubeō// / //imperōr// que ÉÉvrard  qualifie de supplétive, à partir de « quelques passages de César et de Cicéron où la parfaite synonymie des deux verbes semble évidente, mais résulte, nous semble-t-il, d’un phénomène de supplétisme. Ce sont des exemples où le donneur, le destinataire et le contenu de l’ordre sont les mêmes pour les deux verbes en co-occurrence (…) iubere à l’actif et une forme du passif d’imperare, ce dernier pouvant alors avoir pour sujet la chose ordonnée. (…) Tout se passe comme si l’éventuelle différence de sens entre imperare et iubere était neutralisée en raison de ce supplétisme ». Mais l’auteur trouve la situation strictement inverse (imperāre à l’actif et iubēre au passif) chez Cicéron : « Ici, c’est donc iubere qui est utilisé en supplétisme pour imperare » . Les deux lexèmes se rencontrent de surcroît en co-occurrence pour « marquer une sorte de hiérarchie dans les ordres donnés, imperare étant réservé à l’ordre principal et iubere aux modalités d’exécution ; soit [pour] distinguer les sources de l’autorité en action dans la circonstance évoquée » . Tout cela nous semble compliqué et on serait en peine s’il fallait grammaticaliser les formes des deux lexèmes dans un paradigme unique. Ce cas ressort peut-être simplement du travail littéraire de deux grands écrivains ; pour notre part, nous considérons ce cas comme un stylème d’auteurs, étant donné que l’équivalence des deux lexèmes reste partielle et occasionnelle.+    * AErnout: « quelques passages de César et de Cicéron où la parfaite synonymie des deux verbes semble évidente, mais résulte, nous semble-t-il, d’un phénomène de supplétisme. Ce sont des exemples où le donneur, le destinataire et le contenu de l’ordre sont les mêmes pour les deux verbes en co-occurrence (…) //iubere// à l’actif et une forme du passif d’//imperare//, ce dernier pouvant alors avoir pour sujet la chose ordonnée. (…) Tout se passe comme si l’éventuelle différence de sens entre //imperare// et //iubere// était neutralisée en raison de ce supplétisme ».  
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 +Mais l’auteur trouve la situation strictement inverse (//imperāre// à l’actif et //iubēre// au passif) chez Cicéron : 
  
 +    * A. Ernout: « Ici, c’est donc //iubere// qui est utilisé en supplétisme pour //imperare//((É. ÉVRARD (2001, 727).)) ».
  
-3.3. « Pseudo-supplétismes »+Les deux lexèmes se rencontrent de surcroît en co-occurrence pour 
  
-Il reste à classer tout ce que l’on a appelé les « pseudo-supplétismes », en synchronie ou par hétéroclisie (liée à une préverbation, une infixation ou une suffixation), pour les rejeter en bloc même si les grammairiens latins les ont considérés, dans leur terminologie, comme « supplétifs ». Les uns reposent sur des thèmes qui ont la même origine en indo-européen, mais se sont différenciés à la suite de l’évolution phonétique, si bien que la langue ne les rapproche plus clairement. Les autres sont dits « allomorphiques » parce qu’ils présentent des radicaux multipliés par des phénomènes d’affixation (préfixation et suffixation)qui ne masquent pas totalement leur origine commune. Il s’agit de ne pas confondre procédé de création lexicale et supplétisme. Par sa fonction sémantique, la préfixation particulière qu’est la préverbation réalise un apport sémantique dans la dénotation d’un procès, un apport complémentaire pour le signifié de la base (grâce à la préverbation, com-ēsse par exemple marque l’intensité du procès « manger » : « manger complètement »). Mais quand le préverbe d’un lexème perd son sens originel et que la forme préverbée vient au secours d’une ancienne forme défaillante, celle-ci commence à s’installer et à éliminer la forme simple non marquée et peu étoffée. Ce n’est pas du supplétisme, puisqu’il n’y a pas de changement de radical et/ou de racine, mais, par sa forme plus longue et son sens plus intensif, comēsse vient synchroniquement suppléer ēsse, remédiant à sa double défectuosité, phonologique par son manque d’étoffe phonique, paradigmatique en raison de la pluralité des radicaux (quatre au total). Il est donc nécessaire de rejeter du supplétisme tous les participes de fréquentatifs en -tāre qui se sont imposés devant le simple, comme saliō / saltātus ; canō / cantātus ; sustineō / sustentātus ; ostendō / ostentātus ; exerceō / exercitātus. Cette série, posée par OPanagl (2000246-247n’entre donc pas dans la définition que nous avons retenue du supplétisme+    * A. Ernout: « marquer une sorte de hiérarchie dans les ordres donnés//imperare// étant réservé à l’ordre principal et //iubere// aux modalités d’exécution ; soit [pour] distinguer les sources de l’autorité en action dans la circonstance évoquée((ÉÉVRARD (2001730).)) »
  
-Les grammairiens latins présentent de nombreuses paires infectum / perfectum comme supplétives, mais il y a très peu de chances pour que la majorité de ces formes ait jamais eu une réalité dans la langue parlée. Ils se sont plu à combler des paradigmes défectifs parce que la défectivité les gênaient sur le plan métalinguistique, mais non langagier. Ils parlent d’une paire inchoō, incohō / orsus sum, qui ne coïncide pas avec la conception moderne du supplétisme : le perfectum de inchoāre est attesté, certes, avec une fréquence croissante (les exemples sont peu nombreux en latin classique, si ce n’est chez Cicéron, qui est également le premier à l’attester ; les occurrences sont plus fréquentes en latin tardif). Une autre paire, metō / messem fēcī , qui repose sur le figement d’un verbe support (facere) et de son objet, est présentée par les grammairiens latins et citée par O. Panagl comme type de « supplétisme plus faible » (2000, 247 et 249), mais elle n’est garantie par aucun exemple dans les textesUne troisième paire angor / anxius sum  doit être le fruit d’une utilisation de la construction attributive du verbe « être » avec l’adjectif anxius pour combler la défectivité, à partir de l’adjectif qui prend la place d’un participe en –tus défectif  l’actif angere n’a pas non plus de perfectum. Un quatrième couple arguor / conuictus sum , de même, ne correspond à rien dans les textes. Une cinquième paire uēscōr / pāstus sum  est différemment posée par R. C. Romanelli, pour qui uēscōr / altus sum  s’explique par l’incompatibilité de la racine durative du premier avec une formation de parfait ; mais aucune des deux paires ne peut être confrontée à l’examen des textes et leur synonymie est loin d’être évidente : ni les grammairiens latinsni R. C. Romanelli ne précisent si l’action de « se nourrir » concerne, dans l’un ou l’autre cas, un animal ou une personne. Leur réalité est donc fort douteuse. Le perfectum stetī de stō sert en latin en face de sistō comme en face de stō. Or Priscien pose un couple sistō / statuī de statuō . Sistō emprunteen fait, son perfectum à l’un ou à l’autre des deux lexèmes selon sa construction (intransitive, « se tenir », ou transitive, « établir »). De toute manière, l’origine commune de tous ces thèmes est clairement décelable dans leur structure consonantique ( )st-, diversement redoublée. Les grammairiens latins et O. Panagl  font fonctionner reminīscōr avec recordātus sum. Mais une étude plus approfondie serait indispensable pour confirmer ce supplétisme. Cet exemple nous paraît, en fait, marginal : il relève plutôt du lexique. On pose d’ordinaire les paires noscō / nōuī et reminīscor / meminī . Enfin, la distribution aspectuelle que Nonius Marcellus attribue à ēdŭcāre / alere  est fausse. La différence entre les deux verbes ne relève pas de notre sujet, c’est seulement du lexique : « prendre soin matériellement d’un enfant » / « nourrir »+Tout cela nous semble compliqué et on serait en peine s’il fallait grammaticaliser les formes des deux lexèmes dans un paradigme uniqueCe cas ressort peut-être simplement du travail littéraire de deux grands écrivains ; pour notre partnous considérons ce cas comme un stylème d’auteursétant donné que l’équivalence des deux lexèmes reste partielle et occasionnelle.
  
-Même les linguistes modernes ont parlé de supplétisme pour certains couples, alors que les textes ne permettent pas de confirmer leur existence à ce titre dans la langue. Il est nécessaire de noter que le supplétisme est plus ou moins grammaticalisé : il y a gradation entre le lexical et le grammatical. Le DELL et R. C. Romanelli présentent les deux lexèmes uerberō / uāpulō  comme supplétifs, mais ceux-ci ne fonctionnent ensemble que chez Plaute et Térence  et en aucun cas ce n’est du supplétisme : ce sont seulement des lexèmes en relation de conversion, « frapper, maltraiter » / « être battu, recevoir des coups, avoir mal », ce qui a servi le jeu comique : la personne qui est objet de V1 comme patient est sujet de V2. D’ailleurs, uerberāre présente chez Plaute des attestations à la voix passive (uerberārī, etc.). La paire docēre « enseigner, instruire » / discere « apprendre, s’instruire »  est à infirmer par les mêmes arguments ; le passif de docēre est bien attesté. La répartition entre les préverbés en °faciō factitifs transitifs et les préverbés en °suēscō, pour lesquels le sujet grammatical est le siège du procès  est plus sémantique que paradigmatique. Le cas est similaire pour les préverbés en °faciō transitifs et les lexèmes en -ēscō intransitifs , qui leur empruntent à l’occasion leur participe puisqu’ils sont défectifs au perfectum. 
  
-Il faut distinguer supplétisme et allomorphie Peut-être trouvera-t-on un cas d’allomorphie tellement forte que, avec le temps, les locuteurs ont le sentiment d’avoir un vrai supplétismePar exemple, on doit rejeter tout perfectum qui repose sur un thème différent de celui de l’infectum par affixation (préverbation ou suffixation)Les variantes morphologiques d’un même radical latin sont nombreuses : gignō / genuī / genitus ; accumbō, incumbō / accubuī, incubui ; excellō / (excelluī) ? ; sedeō et sīdō / sēdī, sessum ; strīdeō / strīdī ; pendeō / pependī ; teneō et tendō / arch. tetinī ; rīdeō / rīsī, rīsum ; fulgeō / fulsī ; ēmineō ; ēminui ; immineō / imminuī ; fluō / flūxī, flūxus et fluctus ; fruor / frūctus ; misceō / mixtus ; crēscō / crēuī ; tous les lexèmes en -ēscō / -uī  ; uīuēscō / uixī ; scīsco, cōnscīscō / scīuī, cōnscīuī, scītus, cōnscītus ; obdormīscō / obdormīuī ; proficīscōr / prōfectus sum, prōfectus ; oblīuīscōr / oblitus sum, oblitus ; nancīscōr / nānctus sum, nānctus ; pacīscōr, dēpacīscōr / pactus, dēpactus ; ulcīscōr / ultus sum ; nāscōr / nātus sum ; irāscōr / irātus sum ; pāscōr / pāstus sum ; pāscō / pāuī  ; mētior / mensus sum apīscor / aptus sum ; tollō / sustulī, sublātus ; auferō / abstulī, ablātum ; fatiscor / dēfessus sum. Les lexèmes qui empruntent le perfectum d’un lexème différemment suffixé mais étymologiquement apparenté ne sont en rien supplétifs : lauāre / lauī (de lauere), lautum  ; sonāre / sonuī (de sonere), sonītus  ; tonāre / tonuī (de tonere), (tonitrus)  ; secāre / secuī (d’un *sec- thématique), sectus ; iuuāre / iūuī (d’un *iuu- thématique), (iūtus ?) .+    * **3.3« Pseudo-supplétismes »**
  
-Les semi-déponents n’ont aucun lien avec le supplétisme de voix puisqu’il n’y a pas de changement de radical entre l’infectum de voix active et le perfectum de voix passive : audeō ausus sum ; gaudeō gāuīsus sum ; fīdō fisus sum ; soleō solitus sum ; confīdō confīsus sum ; diffīdō diffīsus sum ; mereō meritus sum ; pudet puditum est (à côté de puduit) ; concrēscō concrētus sum  mereor meruī , pas plus que queō / quitus sum .+Il reste à classer tout ce que l’on a appelé les « pseudo-supplétismes », en synchronie ou par hétéroclisie (liée à une préverbation, une infixation ou une suffixation), pour les rejeter en bloc même si les grammairiens latins les ont considérés, dans leur terminologie, comme « supplétifs ». Les uns reposent sur des thèmes qui ont la même origine en indo-européen, mais se sont différenciés à la suite de l’évolution phonétique, si bien que la langue ne les rapproche plus clairement. Les autres sont dits « allomorphiques » parce qu’ils présentent des radicaux multipliés par des phénomènes d’affixation (préfixation et suffixation), qui ne masquent pas totalement leur origine commune. Il s’agit de ne pas confondre procédé de création lexicale et supplétisme. Par sa fonction sémantique, la préfixation particulière qu’est la préverbation réalise un apport sémantique dans la dénotation d’un procès, un apport complémentaire pour le signifié de la base (grâce à la préverbation, **//com-ēsse//** par exemple marque l’intensité du procès « manger » : « manger complètement »). Mais quand le préverbe d’un lexème perd son sens originel et que la forme préverbée vient au secours d’une ancienne forme défaillante, celle-ci commence à s’installer et à éliminer la forme simple non marquée et peu étoffée. Ce n’est pas du supplétisme, puisqu’il n’y a pas de changement de radical et/ou de racine, mais, par sa forme plus longue et son sens plus intensif, **//comēsse//** vient synchroniquement suppléer **//ēsse//**, remédiant à sa double défectuosité, phonologique par son manque d’étoffe phonique, paradigmatique en raison de la pluralité des radicaux (quatre au total). Il est donc nécessaire de rejeter du supplétisme tous les participes de fréquentatifs en //-tāre// qui se sont imposés devant le simple, comme **//saliō//** / **//saltātus//** **//canō//** / **//cantātus//** **//sustineō//** / **//sustentātus//** ; **//ostendō//** / **//ostentātus//** ; **//exerceō//** / **//exercitātus//**. Cette sérieposée par O. Panagl (2000, 246-247) n’entre donc pas dans la définition que nous avons retenue du supplétisme
  
-Il faut refuser enfin tous les paradigmes présentant des radicaux différents en raison de l’évolution phonétique des formes. Ce sont des variantes morphologiques du radical latin par exemplepour le verbe « être »s- es-Certains qualifient sumsumussunt esestestis de paradigme supplétif mais l’étymologie commune des formes est évidente en diachronie. Nous rejetons les thèmes qui se sont différenciés par accident phonétique entre les personnes d’un même tempspossum potes eunt īmusītis entre l’indicatif et l’infinitifuolō uelle ; dās dăre entre l’infectum et le perfectumăgō ēgī actus ; făciō fēcī factus iăciō iēcī iactus căpiō cēpī captus stā- / stĕtī ; tangō te-tĭgī pellō pe-pulī cădō ce-cĭdī cănō ce-cĭnīEn outreil n’y a jamais eu de « supplétisme personnel » pour le verbe posse « pouvoir » : potĕs est issu d’« une agglutination de séquenceconstituée de l’adjectif potis, -e : « capable de » et du verbe sum », d’où un radical latin pot- « pouvoir » qui s’est étendu à toute la flexion du verbe « pouvoir ». La variante pos- est phonétiquement conditionnéenon pas supplétivePar ailleursmême si le thème du parfait potuī et le participe présent potēns ont été empruntés à un verbe *potēre, en diachronie le radical est étymologiquement apparenté à la même racine que potis, *pet- « être maître de, être possesseur de ». Le cas posse / potuīpotēns est donc à la limite du supplétisme en diachroniemais ce sont plutôt des variantes morphologiquesEn synchronie, de toute façonon a seulement une variation pot- / pos- d’un même radical latin.+Les grammairiens latins présentent de nombreuses paires //infectum// / //perfectum// comme supplétives, mais il y a très peu de chances pour que la majorité de ces formes ait jamais eu une réalité dans la langue parléeIls se sont plu à combler des paradigmes défectifs parce que la défectivité les gênaient sur le plan métalinguistique, mais non langagier. Ils parlent d’une paire **//inchoō, incohō//** / **//orsus sum//**, qui ne coïncide pas avec la conception moderne du supplétisme le //perfectum// de //inchoāre// est attestécertes, avec une fréquence croissante (les exemples sont peu nombreux en latin classique, si ce n’est chez Cicéron, qui est également le premier à l’attester ; les occurrences sont plus fréquentes en latin tardif). Une autre paire**//metō//** / **//messem fēcī//**((CfCharisius//gramm.// p. 329 ; Priscien, //GLK II//p. 419 ; Phocas//GLK V//, p. 436 ; Dosithée, //GLK VII//, p. 407.)) , qui repose sur le figement d’un verbe support (//facere//) et de son objet, est présentée par les grammairiens latins et citée par O. Panagl comme type de « supplétisme plus faible » (2000, 247 et 249), mais elle n’est garantie par aucun exemple dans les textes. Une troisième paire **//angor//** / **//anxius sum//**((Cf. Charisius, gramm. p. 325 ; Diomède, GLK I, p. 380.))  doit être le fruit d’une utilisation de la construction attributive du verbe « être » avec l’adjectif //anxius// pour combler la défectivité, à partir de l’adjectif qui prend la place d’un participe en //–tus// défectif((Les grammairiens latins complètent de même trois séries de paradigmes en fournissant à des perfecto-présents un équivalent présent constitué d’une « périphrase verbale » avec un adjectif ou un participe : Charisius, //gramm.// p. 339 et 385 Diomède, //KGL I//p.387 Priscien, //KGL II//, 510 Bède le Vénérable, //GLK VII//, p. 278 Dosithée, //GLK VII//, p. 425 //meminī// / //memor sum// ; //odī// / //exōsus sum// //nōuī// / //nōtum habēre//). Ces périphrases verbales représentent le figement de syntagmes libres constitués du verbe « être » et d’un adjectif, qui est parfois presque une forme nominale du verbe (//memor// joue le rôle de quasi-participe présent de //meminī//). Les formes de perfecto-présents dénotent un état (et non une action) ; la périphrase verbale leur servant de présent dénote également un état.)) l’actif //angere// n’a pas non plus de //perfectum//. Un quatrième couple **//arguor//** / **//conuictus sum//**((Cf. //GLK// I, p. 249 et 380), de même, ne correspond à rien dans les textes. Une cinquième paire **//uēscōr//** / **//pāstus sum//**((Cf. Charisius, //gramm.// p. 325, 345 et 467 Diomède, //GLK// I, p. 249, 262 et 380 Rémi d’Auxerre, //Don.// p. 255.))  est différemment posée par R. C. Romanelli, pour qui **//uēscōr//** / **//altus sum//**((R. C. ROMANELLI (1975,  221-222) ne donne pas d’exemple de la paire qu’il pose. Nous n’avons nous-même trouvé qu’un passage, chez les grammairiens latins, qui reprend le parfait //altus sum//, mais celui-ci est mis en relation avec //alor// : Diomède, //GLK// I, p. 375.))  s’explique par l’incompatibilité de la racine durative du premier avec une formation de parfait ; mais aucune des deux paires ne peut être confrontée à l’examen des textes et leur synonymie est loin d’être évidente : ni les grammairiens latinsni R. C. Romanelli ne précisent si l’action de « se nourrir » concerne, dans l’un ou l’autre cas, un animal ou une personne. Leur réalité est donc fort douteuse. Le //perfectum// //stetī// de //stō// sert en latin en face de //sistō// comme en face de //stō//. Or Priscien pose un couple **//sistō//** / **//statuī//** de //statuō//((Cf. Priscien, //GLK// II, p. 419.)) . //Sistō// emprunte, en fait, son //perfectum// à l’un ou à l’autre des deux lexèmes selon sa construction (intransitive, « se tenir », ou transitive, « établir »)De toute manière, l’origine commune de tous ces thèmes est clairement décelable dans leur structure consonantique //( )st-//diversement redoubléeLes grammairiens latins et O. Panagl((Cf. Charisius//gramm.// p. 325 et 467 ; Diomède, I, p. 380 ; O. PANAGL (2000, 247). Nous avons trouvé comme exemples à l’appui de leur paire : Térence, //Hec.// 385 ; Plaute, //Most.// 85.))  font fonctionner **//reminīscōr//** avec **//recordātus sum//**. Mais une étude plus approfondie serait indispensable pour confirmer ce supplétisme. Cet exemple nous paraît, en faitmarginal : il relève plutôt du lexique. On pose d’ordinaire les paires **//noscō//** / **//nōuī//** et **//reminīscor//** / **//meminī//**((Leur //perfectum// est un « perfecto-présent » qui a « une valeur sémantique aspecto-temporelle de présentdénotant l’état acquis à la suite de la réalisation d’une ou de plusieurs actions passées », comme le soulignent MFRUYT et A. ORLANDINI (2003719-720).)) . Enfinla distribution aspectuelle que Nonius Marcellus attribue à **//ēdŭcāre//** / **//alere//**((CfNonius Marcellus422, 8.))  est fausse. La différence entre les deux verbes ne relève pas de notre sujetc’est seulement du lexique : « prendre soin matériellement d’un enfant » / « nourrir »
  
-Il serait erroné de croire que la majorité des supplétismes reposent sur l’opposition entre l’infectum et le perfectum Même si le latin hérité de très vieux supplétismes, comme sum fuīon ne peut se contenter de cet héritage. Malgré toutcertains auteurs ont voulu découvrir des supplétismes inaperçus dont beaucoup sont probablement fort douteuxFinalement, les plus sûrs sont encore ceux qu’on reconnus de toute éternité.+Même les linguistes modernes ont parlé de supplétisme pour certains couples, alors que les textes ne permettent pas de confirmer leur existence à ce titre dans la langue. Il est nécessaire de noter que le supplétisme est plus ou moins grammaticalisé : il y a gradation entre le lexical et le grammaticalLe DELL et R. C. Romanelli présentent les deux lexèmes **//uerberō//** / **//uāpulō//**((Voir DELL, s.u. ; R. C. ROMANELLI (1975, 244 et 250). //Vāpulāre// connu la gloire grâce aux grammairiens latins, qui s’en servent pour illustrer l’absence de corrélation nécessaire entre voix (active en l’occurrence) et « diathèse » (passive en l’occurrence).))  comme supplétifsmais ceux-ci ne fonctionnent ensemble que chez Plaute et Térence((Cf. par exemple, Térence, Ad. 213.))  et en aucun cas ce n’est du supplétisme : ce sont seulement des lexèmes en relation de conversion, « frapper, maltraiter » / « être battu, recevoir des coups, avoir mal », ce qui a servi le jeu comique : la personne qui est objet de V1 comme patient est sujet de V2. D’ailleurs, //uerberāre// présente chez Plaute des attestations à la voix passive (//uerberārī//, etc.). La paire **//docēre//** « enseigner, instruire » / **//discere//** « apprendre, s’instruire »((B. GARCÍA-HERNÁNDEZ (1998, 212-213) se demande si l’« opposition diathétique » de ces deux verbes relève du niveau lexical ou du niveau grammatical : « Une opposition de diathèse lexicalecomme celle des termes « causatif » (//docere//) et « non-causatif » (//discere//), n’est pas moins paradigmatique que l’opposition grammaticale « actif » (//docet//) et « passif » (//docetur//) »En faitl’auteur cherche à montrer qu’ « entre les niveaux lexical et grammatical il n’y pas une barrière infranchissable, mais des états intermédiaires où les oppositions lexicales tendent à se caractériser morphologiquement au moyen de l’alternance vocalique (//doceo// - //disco//) (…) ». D. CARCHEREUX ))  est à infirmer par les mêmes arguments ; le passif de //docēre// est bien attesté. La répartition entre les préverbés en **//°faciō//** factitifs transitifs et les préverbés en **//°suēscō//**, pour lesquels le sujet grammatical est le siège du procès((Par exemple, //adsuefaciō// / //adsuēscō// « habituer » / « s’habituer », //consuēfaciō// / //cōnsuēscō// « accoutumer » / « s’accoutumer ».))  est plus sémantique que paradigmatique. Le cas est similaire pour les préverbés en **//°faciō//** transitifs et les lexèmes en **//-ēscō//** intransitifs((Par exemple, //ārefaciō// / //ārēscō// « dessécher » / « se déchesser », //calefaciō// / //calēscō// « échauffer » / « s’échauffer », //liquefaciō// / //liquēscō// « liquéfier » / « devenir liquide ».)) , qui leur empruntent à l’occasion leur participe puisqu’ils sont défectifs au //perfectum//.
  
 +Il faut distinguer supplétisme et allomorphie Peut-être trouvera-t-on un cas d’allomorphie tellement forte que, avec le temps, les locuteurs ont le sentiment d’avoir un vrai supplétisme. Par exemple, on doit rejeter tout //perfectum// qui repose sur un thème différent de celui de l’//infectum// par affixation (préverbation ou suffixation). Les variantes morphologiques d’un même radical latin sont nombreuses : //gignō// / //genuī// / //genitus// ; //accumbō//, //incumbō// / //accubuī//, //incubui// ; //excellō// / (//excelluī//) ? ; //sedeō// et //sīdō// / //sēdī//, //sessum// ; //strīdeō// / //strīdī// ; //pendeō// / //pependī// ; //teneō// et //tendō// / arch. //tetinī// ; //rīdeō// / //rīsī//, //rīsum// ; //fulgeō// / //fulsī// ; //ēmineō// ; //ēminui// ; //immineō// / //imminuī// ; //fluō// / //flūxī//, //flūxus// et //fluctus// ; //fruor// / //frūctus// ; //misceō// / //mixtus// ; //crēscō// / //crēuī// ; tous les lexèmes en //-ēscō// / //-uī//((Par exemple, //albeō//, //albescō// / //albuī// ; //algeō//, //algescō//  / //alsī// ; //ardeō//, //ardescō// / //arsī// ; //dureō//, //durescō// / //duruī// ; //luceō//, //lucescō// / //lūxī// ; //nigreō//, //nigrescō// / //nigruī// ; //paueō//, //pauescō// / //pauī// ; //putreō//, //putrescō// / //putruī// ; //seneō//, //senescō// / //senuī// ; //sordeō//, //sordescō// / //sorduī// ; //tepeō//, //tepescō// / //tepuī// ; //timeō//, //timescō// / //timuī// ; //ualeō//, //ualescō// / //ualuī// ; //uireō//, //uirescō// / //uiruī//. Cf. M. KELLER, (1992 : 335-420) et G. HAVERLING (2000). Il est bien connu que les verbes en //-eō// partagent leur thème de //perfectum// avec les verbes en //-scō//. Il ne s’agit pas de supplétisme, sachant que le suffixe //-sc-// ou le redoublement du thème sont limités au thème d’//infectum//. Ce ne sont même pas des variantes morphologiques du radical. Ce sont des thèmes différents à l’//infectum// et au //perfectum//.))  ; //uīuēscō// / //uixī// ; //scīsco//, //cōnscīscō// / //scīuī//, //cōnscīuī//, //scītus//, //cōnscītus// ; //obdormīscō// / //obdormīuī// ; //proficīscōr// / //prōfectus sum//, //prōfectus// ; //oblīuīscōr// / //oblitus sum//, //oblitus// ; //nancīscōr// / //nānctus sum//, //nānctus// ; //pacīscōr//, //dēpacīscōr// / //pactus//, //dēpactus// ; //ulcīscōr// / //ultus sum// ; //nāscōr// / //nātus sum// ; //irāscōr// / //irātus sum// ; //pāscōr// / //pāstus sum// ; //pāscō// / //pāuī//((Pour la déponentisation de //pāscōr//, le passif intrinsèque de //pāscō// à époque ancienne, cf. P. FLOBERT (1975, 413-414).))  ; //mētior// / //mensus sum apīscor// / //aptus sum// ; //tollō// / //sustulī//, //sublātus// ; //auferō// / //abstulī//, //ablātum// ; //fatiscor// / //dēfessus sum//. Les lexèmes qui empruntent le //perfectum// d’un lexème différemment suffixé mais étymologiquement apparenté ne sont en rien supplétifs : //lauāre// / //lauī// (de //lauere//), //lautum//((Cf. Quintilien, //Inst.// 1, 4, 13.))  ; //sonāre// / //sonuī// (de //sonere//), //sonītus//((Le DELL propose //sonāuī// à l’époque impériale, mais nous n’en avons trouvé qu’une occurrence chez un grammairien du VIème siècle, qui considère de plus ce parfait comme fautif et n’accepte que //sonuī//. Quant à //sonātūrum//, il n’est attesté qu’une fois, chez Horace (//S.// 1, 4, 43), et Priscien (//Gram.// 11) note la forme qu’on attendrait, //sonītūrum//, parallèlement à une autre anomalie, //intonāta// au lieu de //*intonīta// attendu (//Epo.// 2, 49).))  ; //tonāre// / //tonuī// (de //tonere//), (//tonitrus//)((Cf. Priscien, //GLK,// II, p. 473.))  ; //secāre// / //secuī// (d’un //*sec-// thématique), //sectus// ; //iuuāre// / //iūuī// (d’un //*iuu-// thématique), (//iūtus// ?)((Par exemple, César, //G.// 1, 26, 6.)) .
  
 +Les semi-déponents n’ont aucun lien avec le supplétisme de voix puisqu’il n’y a pas de changement de radical entre l’//infectum// de voix active et le //perfectum// de voix passive : //audeō// / //ausus sum// ; //gaudeō// / //gāuīsus sum// ; //fīdō// / //fisus sum// ; //soleō// / //solitus sum// ; //confīdō// / //confīsus sum// ; //diffīdō// / //diffīsus sum// ; //mereō// / //meritus sum// ; //pudet// / //puditum est// (à côté de //puduit//) ; //concrēscō// / //concrētus sum//((Selon A. ERNOUT (1929, 97).))  ; //mereor// / //meruī//((Cf. P. FLOBERT (1975, 198-199), pour l’inversion de ce pseudo-supplétisme à la fois temporel et de voix.)) , pas plus que //queō// / //quitus sum//((Cf. Diomède, //GLK//, I, p. 385. Ce thème de //perfectum// est très rare.)) .
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 +Il faut refuser enfin tous les paradigmes présentant des radicaux différents en raison de l’évolution phonétique des formes. Ce sont des variantes morphologiques du radical latin : par exemple, pour le verbe « être », //s- / es-//. Certains qualifient //sum//, //sumus//, //sunt// / //es//, //est//, //estis// de paradigme supplétif((Ce n’est pas du supplétisme, mais I. A. MEL‘ČUK (1992, 98) étudie ce type qu’il qualifie de « supplétisme » dans le français //suis// / //est// (qui n’en est pas un diachroniquement, puisque l’on peut remonter à une seule racine, cf. L. VESELINOVA ( 2000, 65). A. CARSTAIRS (1994) se demande si ces irrégularités sont d’ordre phonologique ou morphologique et adopte plutôt la première supposition. Ce même auteur (1988, 1990) étudie d’autres cas de « supplétions phonologiques », dans d’autres langues, sans distinguer les variantes du radical des vrais supplétismes (comme italien « aller », va(d)- pour les formes accentuées / //and-// pour les formes non accentuées ; sankrit //asthi// / //asthn-// / //astahn-// ou //asthān-//). Nous ajoutons, pour illustration, les lexèmes de l’ancien-français à alternance radicale par suite du glissement de l’accent, du radical sur la désinence : //je desjun// / //nous disnons// ; //lief// / //levons// ; //cuevre// / //covrons// ; //pleur// / //plorons// ; etc. ; en français moderne, //je viens// / //nous venons// / //je vins// ; //etc.// Ce sont des variantes du radical français, ce ne sont pas des supplétismes.)) , mais l’étymologie commune des formes est évidente en diachronie. Nous rejetons les thèmes qui se sont différenciés par accident phonétique entre les personnes d’un même temps, //possum// / //potes// ; //eō//, //eunt// / //īmus//, //ītis// ; entre l’indicatif et l’infinitif, //uolō// / //uelle// ; //dās// / //dăre// ; entre l’//infectum// et le //perfectum//, //ăgō// / //ēgī// / //actus// ; //făciō// / //fēcī// / //factus// ; //iăciō// / //iēcī// / //iactus// ; //căpiō// / //cēpī// / //captus// ; //stā-// / //stĕtī// ; //tangō// / //te-tĭgī// ; //pellō// / //pe-pulī// ; //cădō// / //ce-cĭdī// ; //cănō// / //ce-cĭnī//. En outre, il n’y a jamais eu de « supplétisme personnel » pour le verbe //posse// « pouvoir » : //potĕs// est issu d’« une agglutination de séquence, constituée de l’adjectif //potis, -e// : « capable de » et du verbe //sum// », d’où un radical latin //pot-// « pouvoir » qui s’est étendu à toute la flexion du verbe « pouvoir ». La variante //pos-// est phonétiquement conditionnée, non pas supplétive. Par ailleurs, même si le thème du parfait //potuī// et le participe présent //potēns// ont été empruntés à un verbe //*potēre//, en diachronie le radical est étymologiquement apparenté à la même racine que //potis//, //*pet-// « être maître de, être possesseur de ». Le cas //posse// / //potuī//, //potēns// est donc à la limite du supplétisme en diachronie, mais ce sont plutôt des variantes morphologiques. En synchronie, de toute façon, on a seulement une variation //pot-// / //pos-// d’un même radical latin.
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 +Il serait erroné de croire que la majorité des supplétismes reposent sur l’opposition entre l’//infectum// et le //perfectum//((C’est ce qu’affirment B. A. RUDES (1980, 656) et D. CARCHEREUX (2000, 13) : « En latin, le plus répandu des types de supplétismes repose sur l’opposition //infectum// / //perfectum// ». )) . Même si le latin a hérité de très vieux supplétismes, comme //sum// / //fuī//, on ne peut se contenter de cet héritage. Malgré tout, certains auteurs ont voulu découvrir des supplétismes inaperçus dont beaucoup sont probablement fort douteux. Finalement, les plus sûrs sont encore ceux qu’on a reconnus de toute éternité.
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