laus, laudis f.

(substantif)


7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

Selon le REW 4944, les langues romanes présentent des descendants par la voie phonétique du latin laus, laudis ‘louange’ (Cf. aussi DÉRom http://www.atilf.fr/DERom/ s. v. laudare).

Dans le domaine italo-roman, on trouve dans les documents italiens à partir du XIIIe s. la forme lòde (< lat. laudem) ‘approbation, louange’, qui présente le passage traditionnel du lat. -au- au tosc. -o- et le maintien de la voyelle -e en fin de mot. Le DELI souligne qu’en italien ancien, loda , forme « normalisée » du point de vue morphologique, prédomine sur lode. Parmi les formes de l’italien ancien, il faut mentionner aussi le nom masculin lodo (voir Battaglia s.u.) qui se trouve dans la fameuse expression de Dante (Inf., III 35-36) « coloro / che visser sanza infamia e sanza lodo » (« ceux / qui vécurent sans infamie et sans louange ») et qui est expliqué comme nom déverbal de lodare, et la forme savante laude, qui montre la réintroduction de la diphtongue latine -au- (cf. § 7.2.).

Aussi bien dans le domaine italo-roman que dans le domaine gallo-roman, on trouve des formes nominales en sifflante, manifestement dérivées du nominatif latin laus. Dans le domaine italo-roman, on trouve ainsi le sicilien lausu (avec la conservation régulière de la diphtongue), les formes des dialectes des Pouilles losa ‘réputation’ (Tarente), louęsę ‘accusation’ (Molfetta, dans la province de Bari, où l’on observe la vélarisation de la voyelle -a- > -o- par effet de la voyelle -u- suivante), le corse losa ‘expertise’ (C. Salvioni, 1916, 778).

En français, le descendant direct du latin laus est le mot masculin los ‘louange, honneur, réputation’, qui a disparu en français moderne et est attesté seulement du XIe au XVIIe s., par exemple dans le passage suivant de la Chanson de Roland:

  • Respunt Rollanz : Ja fereie que fols !
    En dulce France en perdreie mun los!1)

Aussi bien en ancien français qu’en italien ancien, on observe une certaine variation phonétique des descendants du lat. laus : à côté de los, les dictionnaires enregistrent les formes loz , lous , loux , lox , lods , lauds , loos , laouds , lus .

Selon le REW, les noms roum. laudă, esp. loa et port. loa ‘louange’ sont des formations déverbales, c’est-à-dire des dérivés régressifs du verbe auquel a abouti lat. laudare dans ces langues :

  • cat. lloa, dérivé de cat. lloar < lat. laudare (DCELC) ;
  • esp. loa, dérivé d’esp. loar < lat. laudare (DCECH) ;
  • port. loa., dérivé de port. loar < lat. laudare.

7.1.2. Sémantique

Dans les différentes langues romanes où lat. laus est continué, la valeur générale du mot latin ‘louange, éloge’, ‘réputation’, ‘approbation’ est conservée, mais le mot connaît aussi de nouveaux emplois spécialisés :

- en français moderne, le seul descendant du mot latin se trouve dans la locution figée « payer les lods et ventes » (Littré, 1874, s.u.) : il s’agit d’une expression de la langue juridique, qui se réfère au droit dû au seigneur par celui qui acquiert un bien dans sa censive. « Los si est une chose que l’en doit à seignor, quant aucun vent sa terre » se lit dans un texte du XIIIèmesiècle cité par Littré (1874, s.v.). Lorsque anc.-fr. los sort de l’usage, dès l’époque classique, anc.-fr. löange prend le relais et exprime à la fois le sens d’« éloge » et celui de « titre de gloire, mérite ». En français moderne, ce dernier sens ne subsiste plus que dans certaines expressions lexicalisées : fr. chanter les louanges de quelqu’un, c’est tout à sa louange 2). Anc.-fr. löange est un dérivé du verbe anc.-fr. loer (< anc.-fr. lauder, 2e moitié du Xe s.) « prodiguer des louanges », puis « conseiller », « approuver », « se glorifier de », « être satisfait de ».

- en italien, le mot a connu des emplois spécialisés dans la langue ecclésiastique : le pluriel lodi désigne les prières du matin. En italien ancien, peut-être selon le modèle du latin ecclésiastique, le même signe linguistique lode / loda porte deux valeurs sémantiques différentes: ‘louange, éloge’ et ‘éloge à Dieu, prière’. La même polysémie s’observe dans les mots des langues germaniques all. Lob et angl. praise, qui n’ont pas de relation étymologique avec lat. laus, mais qui n’en montrent pas moins une double valeur sémantique. Le passage de lòde ‘louange’ à lòdi ‘louanges à Dieu, prières de louange à Dieu’ se comprend aisément.

Dans les autres langues considérées au § 7.1.1, le nom dérivé du verbe issu de lat. laudare n’est pas fréquent. Il fut remplacé ou tend à être remplacé, respectivement, par :

  • cat. lloança,
  • esp. alabanza, dérivé du verbe alabar « faire l’éloge », « célébrer par des paroles » ou « se vanter » ; ce verbe est hérité du lat. tard. alapāri « souffleter », de alapa, ae (f.) « soufflet » et, en particulier, « soufflet que l’on donnait pour affranchir un esclave » ; voir aussi alapator, oris (m.) : « vantard »;
  • port. louvação.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

L’ancien-français laude est un emprunt au latin laus, avec le sens de « louange, éloge » (attesté à la fin du XIIesiècle).

Le pluriel lat. laudes, dans son emploi ecclésiastique, fut emprunté en ancien français au début du XIIIesiècle : anc.-fr. laudes ([lo:d]). Le mot désigne une partie de l’office divin, cette dénomination s’expliquant par la récurrence de l’impératif laudate dans les Psaumes (notamment 146 à 150) (cf. TLFi ).

Dans la langue ecclésiastique, it. laude et it. lauda (pl. laudi / laude) désignent des poèmes composés en langue dite vulgaire, dans le mètre de la ballade, d’inspiration religieuse. Ces poèmes commencent à être composés par la Compagnie des Laudesi à la fin du XIIèmesiècle et se répandent durant le siècle suivant grâce à la prédication des Franciscains. Du point de vue sémantique, la re-création, par emprunt au latin, du mot laude / lauda ‘chant de louange à Dieu’ présente un changement de sens par métonymie par rapport à laude ‘louange, louange à Dieu’. A partir des formes savantes laude / lauda furent créés en italien les dérivés laudario ‘recueil de laudi ’ et laudése (1284) ‘celui qui chante les laudi ’.

En italien ancien, lat. laus et ses dérivés furent empruntés et connurent des emplois spécialisés dans le domaine juridique : le latin médiéval laudemium fut emprunté à travers it. laudèmio pour faire référence à la donation d’argent que le vassal faisait au seigneur, quand un nouveau souverain montait sur le trône (DEI s.u.). Le rapport sémantique entre la base lexicale laud- ‘louange’ et cette valeur être fondé sur le fait que cette donation (le laudèmio) était la manifestation de l’approbation du vassal.




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1) Voir aussi d’autres exemples dans Godefroy, s.u..
2) Voir DHLF, s.u. louer.