laus, laudis f.

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Le thème consonantique laud- est présent en synchronie dans toute la flexion sauf au nominatif-vocatif, où la dentale a subi une assimilation régressive (de sonorité et de mode d’articulation) exercée à partir de la sifflante sourde finale –s, qui était la désinence de nominatif animé. Le s géminé final qui en est résulté s’est ensuite simplifié en une sifflante simple à la finale absolue : *laud-s > *lauss > laus.

Le mot est hérité, mais son étymologie demeure obscure (cf. § 6.2).

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Les étymologistes Cassiodore et Isidore rapprochent laus de laurus, -i « laurier », parce que, selon eux, on couronnait de lauriers ceux qui méritaient des éloges pour leur victoire.

Cassiodore fait venir laus de laurus et Isidore, laurus de laus :

  • Cassiod. in psalm. 33, 21. 54A. : laus…a lauro dicta est, quae solebat coronare uictores. (Maltby)
  • Isid. Or. 17, 7, 2 : laurus a uerbo laudis dicta ; hac enim cum laudibus uictorum coronabantur. Apud antiquos autem laudea nominabantur ; postea ‘d’ littera sublata et subrogata ‘r’ dicta est laurus. (Maltby)

Quant au verbe laudare (cf. § 5.3 et 6.2), son sens premier serait « nommer, appeler, invoquer » selon Aulu-Gelle :

  • Gell. 2, 6, 13 : laudare significat prisca lingua nominare appellareque,

Cette valeur est effectivement illustrée par ce vers de Plaute :

  • Pl. Cap. 426 : Iouem supremum testem laudo .

5.3. « Famille » synchronique du terme

De laus, laudis le latin a tiré par dérivation le verbe dénominatif en a long : laudo, - ā re, - ā ui, - ā tum « louer, approuver », « vanter, faire valoir », « prononcer un éloge funèbre », « faire une déposition élogieuse en faveur de quelqu’un », « citer, nommer ».

Le thème d’infectum laudā- du verbe laudāre a servi de base de dérivation aux lexèmes suivants :

- l’adjectif laudā-tus, -a, -um « loué, estimé, considéré, renommé » (qui est, en fait, le participe parfait passif en *-to- adjectivisé) et l’adverbe qui en est tiré laudātē « honorablement » (avec le morphème adverbial en e long);

- le nom de procès laud ā- tiō, -tiōn-is (f.) « discours à la louange de, éloge, panégyrique », « éloge funèbre », « déposition élogieuse dans un procès » ;

- le nom d’agent laud ā- tor, -tōr-is (m.) « celui qui loue, panégyriste, apologiste », « celui qui prononce un éloge funèbre », « témoin à décharge dans un procès », et le féminin correspondant laud ā- trīx, - trīc-is (f.) « celle qui loue » ;

- l’adjectif laud ā -bĭlis, -e « louable, digne d’éloges », « estimé, renommé » et ses dérivés : l’adverbe laudā-bĭlĭ-tĕr « d’une manière louable, honorablement, avec honneur » et le substantif laudā-bĭlĭ-tās, -tāt-is (f.) « honneur, excellence » ;

- l’adjectif lauda-ndus, -a, -um : « qui mérite l’éloge par ses travaux » et, au neutre pluriel, « belles actions » ;

- l’adjectif laud ā -tōrius, -a, -um « approbateur » ;

- l’adjectif laud ā- tīuus, a, um « qui concerne l’éloge, démonstratif (en rhétorique) » et l’adverbe qui en est dérivé laud ā- tīu-ē « d’une manière démonstrative ».

Le morphème lexical (ou radical synchronique) laud- sert également de premier élément de composé dans :

- laudĭ-cēn-us, -ī (m.)

« parasite » litt. « qui dîne grâce à ses éloges»1), hapax de Pline le Jeune Ep. 2,14,5). Les deux termes de ce composé sont associables à laud- « louange » (suivi d’uni bref de composition) et cēn- « dîner », radical synchronique présent dans le substantifcēna, -ae « dîner » et le verbe dénominatif cēnāre « dîner ». Il s’agit d’une formation thématique agentive, qui rappelle le nom du cuisinier cocus (< coquus), -ī (m.) comme « celui qui cuit » sur le radical synchronique coqu- (allomorphe coc-) présent dans le verbe coquere « cuire ».

- laudĭ-dignus, -a, -um « digne de louange, louable », attesté seulement dans une glose, est un composé déterminatif d’un type rare et artificiel en latin, puisque le premier terme est associable à un substantif (laud- avec le i bref de composition);

- laudĭ-fĭcō, -fĭc-ā-re « louer, célébrer », attesté dans une glose, appartient à la formation, productive en latin tardif, des verbes causatifs-factitifs en °-fĭc-ā-re. Ce second terme de composé verbal est bâti sur l’allomorphe -fĭc- du morphème făc- de causatif, attesté, par exemple, dans le verbe facere « faire » (cf. à l’époque classique le verbe aedĭ-fĭcāre « construire un bâtiment, édifier »). De manière attendue, le premier terme, associable au substantif laud-, se termine avec le i bref de composition.

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Au sens d’« éloge », laus entretient :

-une relation de synonymie avec laudatio et praeconium ;

-une relation d’antonymie avec uituperatio (Rhet. Her. 2, 45 ; Cic. Prou. 44 ; Quint. Inst. 3, 7, 22) et probrum « outrage, injures » (Cic. Dom. 76 ; Quint. Inst. 3, 1, 22 ; Tac. Hist. 2, 21, 4).

Au sein du champ lexical de la notoriété, les rapports sont plus complexes : en effet, si la gloire désignée par laus n’est pas toujours celle que dénomme gloria 2), laus équivaut à existimatio pour le sens de « estime ».



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1) Selon l’interprétation de P. Flobert, Grand Gaffiot.
2) Voir supra.