iterum

(adverbe)




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4.2. Exposé détaillé

A. « Pour la seconde fois »

Iterum est employé habituellement pour exprimer la deuxième place par rapport à une échelle ordonnée ou à une échelle numérique. Il peut renvoyer à une référence d’ordre chronologique, comme dans l’exemple ci-dessous :

  • Pl. Men. 410-411 :
    ubi rex Agathocles regnator fuit
    , et iterum Phintia,
    tertium Liparo.
    « où régna le roi Agathocle, ensuite Phintias, puis en troisième lieu Liparon. »

ou classer des arguments par ordre d’importance, comme dans les vers qui suivent :

  • Pl. Mil. 297-298 :
    Primumdum , si falso insimulas Philocomasium, hoc perieris :
    iterum
    , si id uerumst,… perieris.
    « Primo, si c’est à tort que tu accuses Philocomasie, de ce fait tu es un homme mort. Secundo, si c’est vrai, tu es encore un homme mort. »

La référence au deuxième élément dans une échelle chronologiquement orientée est particulièrement claire dans les passages où il est précédé de semel :

  • Cic. Dom. 134 : audierat ex illo se a me bis salutem accepisse, separatim semel ,iterum cum uniuersis.
    « il lui avait entendu dire que je l’avais sauvé deux fois, d’abord personnellement, puis collectivement. »

Dans tous ces cas, iterum signale la deuxième occurrence qui coïncide avec la première répétition d’une action. Avec cette valeur, iterum ajouté à un substantif indiquant une charge peut entrer dans des expressions formulaires : iterum consul, iterum tribunus :

  • Liv. 7, 28, 6 : aedes Monetae dedicatur C. Marcio Rutilo tertium, T. Manlio Torquato iterum consulibus.
    « sous le troisième consulat de Gaius Marcius Rutulus et le second de Titus Manlius Torquatus, on dédie le temple de Monéta. »

Il entraîne presque toujours la lecture répétitive du prédicat, mais, à la différence de rursus qui, dans la lecture répétitive, n’est pas sensible au nombre de fois que la prédication est répétée, iterum indique exclusivement la deuxième fois. Dans les passages suivants, qui font l’objet d’une lecture répétitive, il s’agit très clairement de la deuxième fois :

  • Pl. Poen. 1077 : Iterum mihi gnatus uideor, quom te repperi.
    « Je crois renaître à la vie en te retrouvant. »
  • Cels. 3,18 : Ergo etiam si semel datum ueratrum parum profecerit, interposito tempore iterum dari debet.
    « Ainsi donc, si, après avoir donné une fois l’ellébore, on s’aperçoit qu’il n’a pas suffisamment agi, on le donne de nouveau au bout d’un certain temps. »

Dans quelques cas, iterum est employé en même temps qu’un verbe répété:

  • Plin. Nat. 20, 82 : si decocta iterum decoquatur.
    « si, après ébullition, on le fait rebouillir. »

Le nombre de fois où l’action est répétée est indiqué quand iterum est relié par une conjonction coordonnante copulative ou disjonctive à un autre adverbe de quantité numérique tel que, par exemple, semel ou saepius. Cet emploi n’est pas attesté en latin archaïque ; il est, en revanche, assez fréquent chez plusieurs auteurs non classiques. La combinaison semel atque iterum peut renvoyer à un nombre précis, « deux fois » (mais pas plus) :

  • Suet. Aug. 27, 10 : tribuniciam potestatem perpetuam recepit, in qua semel atque iterum per singula lustra collegam sibi cooptauit.
    « Il reçut la puissance tribunicienne à perpétuité et par deux fois, pour deux lustres différents, il s’adjoignit un collègue. »

B. « Plusieurs fois » (non borné à deux)

Dans d’autres cas, la tournure n’a pas d’implicature liée en haut,

c’est-à-dire qu’elle n’est pas limitée au nombre deux, mais ouverte à une répétition non bornée. Considérons deux passages de Pline le Jeune : dans le premier, la tournure renvoie au nombre deux, alors que dans le second, elle renvoie à un nombre non borné de répétitions1):

  • Plin. Epist. 4, 3, 1 : quod semel atque iterum consul fuisti similis antiquis.
    « Que dans vos deux consulats vous vous soyez montré grand à l’égal des anciens. »
  • Plin. Epist. 6, 16, 18 : ibi super abiectum linteum recubans semel atque iterum frigidam poposcit.
    « Là, on étendit un linge sur lequel il se coucha ; il demanda à plusieurs reprises de l’eau fraîche. »

En général, le sens de « plusieurs fois » se rencontre lorsque iterum est coordonné à saepius :

  • Cic. Fam. 13, 42, 2 : id ut re experiatur iterum et saepius te rogo.
    « Que l’événement le lui prouve : c’est la prière que je te renouvelle instamment. »

Mais lorsque semel et iterum sont reliés par une conjonction disjonctive, la tournure renvoie à une toute petite quantité, un ou deux au maximum, comme le montre l’exemple suivant, où la tournure semel aut iterum signale une petite quantité au point le plus bas de l’échelle, une quantité encore plus petite que celle indiquée par raro :

  • Cic. Brut. 308 : primas in causis agebat Hortensius, magis magisque cotidie probabatur Antistius, Piso saepe dicebat, minus saepe Pomponius, raro Carbo, semel aut iterum Philippus.
    « Hortensius était l’avocat le plus en vue ; Antistius de jour en jour était plus était plus goûté ; Piso parlait souvent, Pomponius moins souvent, Carbo rarement ; Philippus ne parla qu’une ou deux fois. »

La tournure semel aut iterum exprime une implicature scalaire bornée vers le haut, dont le sens est « un ou deux fois, mais pas plus ».

C. Quelques traces d’une valeur contre-directionnelle

Pour conclure, iterum ne présente pas d’emploi restitutif. Les seuls exemples où il peut avoir le sens de « en arrière » sont ceux dans lesquels il se rencontre avec rursus, retro ou avec un verbe préverbé par re-:

  • Ter. Ad. 525 : prius…quam huc reuorti posset iterum.
    « avant qu’il puisse refaire le chemin de retour. »
  • Sen. Breu. 8, 5 : nemo restituet annos, nemo iterum te tibi reddet.
    « Personne ne ramènera les années en arrière, personne ne te rendra une seconde fois à toi-même. »

Seuls quelques passages non classiques peuvent avoir l’interprétation contre-directionnelle, si le verbe a un sens oppositif :

  • Sen. Oed. 332-333 :
    quid istud est quod esse prolatum uolunt
    iterum que nolunt ?
    « quel est donc ce secret qu’ils veulent voir révélé, puis ne le veulent plus. »
  • Sen. Nat. 3, 28, 6 : ad mensuram enim crescit iterumque decrescit.
    « car elle monte jusqu’à la mesure voulue et puis redescend. »

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1) Le renvoi à un nombre élevé de répétitions s’obtient si l’on coordonne deux occurrences du même adverbe : Plin. Paneg . 79,1 ille nos instituit et induxit, ut te iterum iterumque consulem habere cupiamus . Cette tournure qui est tout à fait équivalente à saepissime est fréquente chez les poètes : Verg. Aen . 3,433 et repetens iterumque iterumque monebo ; Ov. Ars 2,121 Haec Troiae casus iterumque iterumque rogabat.