impŭdīcĭtĭa, -ae f.

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Impŭdīcĭtĭa peut être analysé comme un composé formé du préfixe négatif in- et du substantif pudicitia, dont il est l’antonyme (sur la valeur précise de cette antonymie, voir §4 et §5.4.

Pŭdīcĭtĭa lui-même est un substantif dérivé à l’aide du suffixe productif -itia, qui s’ajoute à la base pŭdīc-, thème de l’adjectif pŭdīcus, -a, -um « pudique, vertueux, honnête ». Le suffixe –ĭtia, de date latine, comprend le suffixe -ia féminin (< *-yā- / *-yă-, de i.-e. *-yeh2- /*-yh2-), qui a servi à former des noms abstraits dès l’époque archaïque et durant toute la latinité.

Impŭdīc-ĭtĭa peut aussi être analysé comme un suffixé en -itia sur l’adjectif impudicus, composé déterminatif formé avec le préfixe négatif in- et l’adjectif pudīcus, -a, -um.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Une interprétation synchronique d’Isidore de Séville associe impudicus « impudique » à pōdex, -icis M. « anus », malgré la différence qualitative et quantitative des voyelles dans les deux radicaux latins synchroniques pŭd- et pōd- :

  • Isid. Orig. 10,148 :
    inpudicus a podice uocatus ; putorem enim foetorem dicit.

5.3. « Famille » synchronique du terme

5.4. Associations synchroniques dans le lexique latin

A. Antonymie

Impudicitia désigne l’impudeur comme un acte :

  • Pl. Amph. 820-821 :
    Istuc facinus, quod tu insimulas, nostro generi non decet.
    Tu si me inpudicitiai captas, capere non potes.

    « L’acte dont tu m’accuses, n’est pas digne de ma naissance. Si tu peux m’accuser de manquement à l’honneur, tu ne peux m’en convaincre. »

ou une conduite :

  • Cic. Dom. 126 :
    […] in Gabinio […], cuius impudicitiam pueritiae, libidines adulescentiae […] uidimus.
    « […] Gabinius, dont nous avons connu l’enfance impudique et l’adolescence débauchée […]. » (traduction P. Wuilleumier, 1952, CUF).

Corrélativement, le substantif n’est jamais sujet de verbes signifiant « inciter, pousser à ». Or ce sont là des caractéristiques de pudicitia si bien que l’antonymie s’établit avec celui-ci et non avec pudor. Les deux termes se font écho en :

  • Ps. Cic. Sall. 7 :
    Nam quod in aetatem increpuisti, tantum me abesse puto ab inpudicitia quantum tu a pudicitia.
    « Quant aux calomnies que tu as répandues sur ma jeunesse, j’estime que je suis aussi éloigné des mauvaises mœurs que toi des bonnes » (traduction A. Ernout, 1962, CUF)1).

Les sens des deux termes sont mis en parallèle :

impudicitia, “impudeur” pudicitia, “pudeur”
/absence de retenue/ /retenue/
/concernant la femme et l’homme dans leur vie intime/ /concernant la femme et l’homme dans leur vie intime/
/qui ne vivent pas conformément à leur dignité/ qui vivent conformément à leur dignité/
/et montrent une grande constance dans cette conduite / /et montrent une grande constance dans cette conduite/

L’annulation des sèmes 1 et 3 alors que les sèmes 2 et 4 restent communs caractérise une antonymie d’inversion2).

B. Synonymie

Impudicitia entre en relation avec les termes exprimant les actes condamnables contraires à la morale (lasciuia, libido, stuprum), mais il subsiste une nuance car impudicitia fait porter l’information sur la caractéristique amorale de la conduite par rapport à la nécessaire retenue :

  • Pl. Amph. frg. 16 :
    Ego hinc […] qui domi uxorem meam
    impudicitia impediuit, teneo, thensaurum stupri
    .
    « Cet homme, qui retient chez lui par sa conduite contraire à la pudeur ma femme, je le tiens, inépuisable dans ses adultères. »

Impudentia désigne l’impudeur en tant qu’elle empêche le sujet d’agir selon le pudor, mais quand il la dénomme comme caractéristique d’une conduite, il rejoint impudicitia, en particulier chez les auteurs chrétiens :

  • Aug. Civ. 14, 18 :
    […] et uerecundia naturali habent prouisum lupanaria ipsa secretum faciliusque potuit inpudicitia non habere uincla prohibitionis, quam inpudentia remouere latibula illius foeditatis.
    « […] les lupanars eux-mêmes par une retenue naturelle conservent le secret et l’impudeur a eu moins de difficultés pour s’affranchir des contraintes légales que l’absence de pudeur à supprimer les repaires de cette honte. »


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1) De même Tert. Pud. 18, 1.
2) Voir Cl. MOUSSY (2010, 147).