impŭdīcĭtĭa, -ae f.

(substantif)



4.2. Exposé détaillé

Le problème est de déterminer si impudicitia fonctionne comme antonyme de pudicitia ou de pudor.

A. « Impudeur »

Impŭdīcĭtĭa s’emploie pour un acte contraire à la retenue, comme l’infidélité conjugale :

  • Pl. Amph. 820-821 :
    Istuc facinus, quod tu insimulas, nostro generi non decet.
    Tu si me inpudicitiai captas, capere non potes
    .
    « L’acte dont tu m’accuses, n’est pas digne de ma naissance. Si tu peux m’accuser de manquement à l’honneur, tu ne peux m’en convaincre. »
  • Tac. An. 13, 45, 1 :
    Non minus insignis eo anno impudicitia magnorum rei publicae malorum initium fecit.
    « Non moins notable cette année-là, un acte impudique marqua pour l’État le début de grands maux »1),

et plus souvent pour une conduite jugée globalement dans sa durée :

  • Cic. Dom. 126 :
    […] in Gabinio […], cuius impudicitiam pueritiae, libidines adulescentiae […] uidimus.
    « […] Gabinius, dont nous avons connu l’enfance impudique et l’adolescence débauchée […] » (traduction P. Wuilleumier, 1952, CUF)
  • Cic. Phil. 3, 15 :
    […] maledicta congessit, deprompta ex recordatione impudicitiae et stuprorum suorum.
    « […] il a accumulé des injures, empruntées au souvenir de sa propre immoralité et de ses mœurs infâmes. »
  • Sen. Ben. 6, 32, 1:
    Diuus Augustus filiam ultra inpudicitiae maledictum inpudicam relegauit […]
    « Le divin Auguste frappa de relégation sa fille dont la conduite impudique était allée au-delà du sens condamnable du mot impudeur … »2)
  • Tert. Spect. 17, 1 :
    Similiter et impudicitiam omnem amoliri iubemur. Hoc igitur modo etiam a theatro separamur quod est priuatum consistorium impudicitiae […].
    « De même également, il nous est ordonné de bannir toute impudicité. Nous voici donc de ce fait écartés surtout du théâtre qui est le domaine propre de l’impudicité […]. »

Le terme en vient ainsi à caractériser une conduite :

  • Val.-Max. 6, 1, 11 :
    […] uniuersae plebis sententia crimine inpudicitiae damnatus est.
    « […] la plèbe à l’unanimité le condamna pour atteinte à la pudeur » (traduction R. Combès, 1997, CUF)
  • Aug. Civ. 1, 19, 2 (à propos de Lucrèce) :
    Si non est illa inpudicitia qua inuita opprimitur, non est haec iustitia qua casta punitur.
    « Or s’il n’y a pas d’impudeur à être violenté contre son gré, il n’y a pas de justice à être puni pour sa pureté. »

L’impudeur est ainsi décrite comme un état de fait avéré et, corrélativement, le substantif n’est jamais sujet de verbes signifiant « inciter, pousser à ». Or ce sont là deux caractéristiques de pudicitia, si bien que l’antonymie s’établit avec celui-ci et non avec pudor. Les deux termes se font écho en :

  • Ps. Cic. Sall. 7 :
    Nam quod in aetatem increpuisti, tantum me abesse puto ab inpudicitia quantum tu a pudicitia.
    « Quant aux calomnies que tu as répandues sur ma jeunesse, j’estime que je suis aussi éloigné des mauvaises mœurs que toi des bonnes » (traduction A. Ernout, 1962, CUF)3).

Les sens des deux termes sont mis en parallèle :

impudicitia, “impudeur” pudicitia, “pudeur”
/absence de retenue/ /retenue/
/concernant la femme et l’homme dans leur vie intime/ /concernant la femme et l’homme dans leur vie intime/
/qui ne vivent pas conformément à leur dignité/ qui vivent conformément à leur dignité/
/et montrent une grande constance dans cette conduite / /et montrent une grande constance dans cette conduite/

L’annulation des sèmes 1 et 3 alors que les sèmes 2 et 4 restent communs caractérise une antonymie de négation4).

B. « Impudence »

Il existe cependant une autre valeur d’impudicitia plus éloignée de pudicitia, qui est illustrée par un exemple unique. L’esclave Toxile et son jeune serviteur parodient les relations entre le maître et l’esclave :

  • Pl. Pers 192-194 :
    TOX. Scelus tu pueri es, atque ob istanc rem ego aliqui te peculiabo.
    PAE. Scio fide hercle erili ut soleat inpudicitia opprobrari,
    nec subigi queantur umquam ut pro ea fide habeant iudicem.

    « TOX. Tu es un coquin de garçon, et pour ce que tu viens de faire je mettrai quelque chose dans ton pécule. PE. Promesses de maître ! je sais quels reproches d’impudence on a coutume de leur faire, sans jamais pouvoir les obliger à venir devant le juge pour ces promesses-là. »

Rien ne concerne la vie intime, l’obscène ou le vulgaire. Si l’esclave qualifie d’impudicitia les promesses du maître de lui verser quelque argent, c’est qu’il sait que le maître va trop loin et n’accordera rien. Le mot désigne l’impudence, plus que l’impudeur. Même si l’occurrence est apparemment unique, l’on peut constituer un sémème « impudence » : /absence de retenue/ /si bien que le sujet agit mal/.

La coexistence de ces deux valeurs est liée à l’influence d’impudicus qui, en plus d’« impudique »5), a quelques occurrences pour signifier « homme sans conscience », par exemple afin de qualifier, par injure, l’interlocuteur qui refuse de venir en aide :

  • Pl. As. 475-476 :
    […] Perii hercle ! age inpudice,
    sceleste, non audes mihi scelesto subuenire ?

    « Par Hercule, je suis mort ! Voyons, canaille, misérable, tu n’as pas le cœur de venir en aide à un misérable comme moi ? »6).


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1) De même Val.-Max. 8, 2, 3 ; Tac. An. 4, 52, 1 ; 6, 25, 2.
2) De même Sen. Helv. 16, 3 ; Tac. An. 1, 53, 1 ; 3, 24, 2 ; 5, 3, 2 ; 6, 51, 2 ; 12, 65, 2 ; Suet. Caes. 52, 6 ; Vesp. 13, 2 ; Aug. Civ. 1, 19, 25.
3) De même Tert. Pud. 18, 1.
4) L’antonymie de négation se caractérise en effet par l’annulation d’un sème dans les deux sémèmes mis en parallèle. Elle s’oppose à l’antonymie d’inversion quand, entre les sémèmes contraires, existe une relation nécessaire, comme entre inire et exire car il faut d’abord « entrer » pour ensuite « sortir ». Sur les deux types, voir Cl. MOUSSY (2010, 144-146).
5) Pl. Amph. 834 ; Cic. Cael. 30 ; Suet. Dom. 10, 8 ; Mart. 6, 70, 5.
6) De même Pl. Rud. 115.