impudentia, -ae f.

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Impudentia est analysable en synchronie et en diachronie comme : impudēns « impudent, impudique » → impudent-ia « le fait d’être impudent, impudique ».

Impudentia est un substantif dérivé de l’adjectif impudēns, impudentis à l’aide du suffixe substantival et dé-adjectival -ia féminin (hérité : *-yā- / *-yă- de i.-e. *-yeh2- /*-yh2-), qui a servi à former de manière productive des noms abstraits de qualité durant toute la latinité.

Impudēns est un composé déterminatif dont le premier terme est le préfixe négatif productif in- (ici im- par assimilation régressive de point d’articulation) et le second terme pudēns (pudentis), adjectif qualificatif provenant de l’adjectivation du participe présent du verbe d’état pudēre « avoir de la pudeur, avoir honte ».

Im-pud-e-nt-ia est ainsi analysable en 5 éléments morphologiques : im- préfixe négatif ; pud- radical synchronique latin, morphème lexical dénotant la pudeur et / ou la honte ; -e- représentant de -ē- d’état qui termine le thème verbal d’infectum du verbe pudē-re ; -nt- morphème grammatical de participe présent actif ; -ia suffixe substantif dé-adjectival féminin.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

L’adjectif impudens est expliqué par Isidore de Séville par rapprochement avec deux autres lexèmes comportant le même radical latin pud- : pudor et pudicitia, la personne qualifiée d’impudens étant interprétée comme dépourvue de pudor « pudeur, retenue, réserve » et de pudicitia « pudeur, pudicité » :

  • Isid. Orig. 10,148 :
    inpudens , eo quod ab eo pudor et pudicitia procul abest.

Isidore souligne ainsi les relations d’antonymie d’impudens avec pudor et pudicitia (cf. § 6.1.), fondées sur le morphème négatif im-.

5.3. « Famille » synchronique du terme

Voir pudicitia.

5.4. Associations synchroniques dans le lexique latin

A. Impudentia « impudence »

Impudentia est le terme le plus fréquent pour désigner l’impudence en tant qu’absence de retenue si bien que le sujet agit mal, mais il entre en relation avec audacia et petulantia :

  • Cic. Verr. II, 3, 166 :
    rem tam improbam, crimen tantae audaciae tantaeque impudentiae propter inopiam testium ac litterarum praetermittam ?
    « Un fait d’une telle improbité, une faute de tant d’audace et de tant d’impudence, vais-je, faute de témoins et de lettres, le laisser échapper ? »
  • Cic. Caec. 103 :
    Qui quoniam … suum ius non deseruit neque quicquam illius audaciae petulantiaeque concessit
    « Mais comme Cécina n’a rien abandonné de son droit, n’a rien cédé à l’effronterie et à l’impudence de son adversaire … »

Il s’établit une antonymie d’inversion1) avec pudor et modestia :

  • Quint. 6, 4, 10 :
    Quare bonus altercator uitio iracundiae careat … ;… nec usquam plus loci recipit urbanitas. Hoc, dum ordo est et pudor : contra turbantis audendum et impudentiae fortiter resistendum.
    « C’est pourquoi le bon disputeur doit se garder du vice de la colère … et nulle part, il n’y a meilleure place pour l’urbanité. Cela vaut tant qu’il y a ordre et décence ; en revanche contre les trublions, il faut oser, et à l’impudence il faut résister avec courage. »
  • Liv. 32, 21, 6 :
    neque modestia Philippi neque impudentia Romani
    « … ni la modération de Philippe ni la présomption des Romains … »

B. Impudentia « impudeur »

Impudentia désigne aussi l’impudeur, souvent avec l’idée qu’elle empêche le sujet d’agir selon la morale. Il a alors pour antonyme de négation pudor :

  • Cic. Cael. 50 (à propos de Clodia) :
    Aut enim pudor tuus defendet nihil a M. Caelio petulantius esse factum, aut impudentia et huic et ceteris magnam ad se defendendum facultatem dabit.
    « … car, ou bien ta pudeur te défendra contre toute entreprise trop poussée de la part de Caelius ou bien ton absence de pudeur lui donnera, ainsi qu’à nous autres, un bon moyen pour se défendre » (traduction J. Cousin, 1997, CUF).

Cependant, en particulier dans le latin des Chrétiens, le sème /(absence de retenue) portant les hommes à agir contre leur dignité/ peut s’effacer et impudentia s’applique à l’impudeur comme manière d’être, si bien qu’il entre en relation d’antonymie avec pudicus et pudicitia :

  • Tert. Cult. 2, 12, 3 :
    Cur non mores meos habitus pronuntiat, ne spiritus per aures ab impudentia uulneretur ? Liceat uideri pudicam, certe impudicam si licet.
    « Pourquoi ma tenue n’annonce-t-elle pas mes mœurs pour parer aux impudences qui blessent l’âme par les oreilles ? Que la pudeur ait le droit de paraître, si l’impudeur, elle, a ce droit. » (traduction M. Turcan, 1971, Du Cerf)

et impudentia rejoint impudicitia pour la conduite contraire à la pudeur :

  • Aug. Civ. 14, 18 :
    et uerecundia naturali habent prouisum lupanaria ipsa secretum faciliusque potuit inpudicitia non habere uincla prohibitionis, quam inpudentia remouere latibula illius foeditatis.
    « … les lupanars eux-mêmes par une retenue naturelle conservent le secret et l’impudeur a eu moins de difficultés pour s’affranchir des contraintes légales que l’absence de pudeur à supprimer les repaires de cette honte. »


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1) Voir Cl. MOUSSY (2010, 147).