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hībernus, -a, -um

(adjectif)


6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Ancien et usuel pendant toute l’histoire de la langue latine, hībernus est entré dans les langues romanes sous sa forme substantivée.

6.2. Etymologie et origine

À l’intérieur du latin, hībernus, apparenté à hiems, s’inscrit, d’un point de vue strictement descriptif, dans une petite série comprenant par exemple nocturnus « de la nuit », hesternus « d’hier, de la veille », uernus « du printemps », auxquels il faut ajouter uesperna « repas du soir ». Mais les séquences -rn- que présentent ces lexèmes peuvent avoir des origines diverses.

La préhistoire de l’adjectif hībernus est particulièrement délicate1), tant pour les aspects morphologiques que pour les évolutions phonétiques en jeu.

En ce qui concerne la formation, il n’est pas du tout certain que la séquence -rn- de hībernus se rattache mécaniquement à un thème indo-européen en *-r/n-2). On admet généralement que le prototype de hībernus est dérivé d’un locatif en -r- (type qu’illustre le védique uṣar-), par addition d’un suffixe complexe *-Vno-, que l’on peut éventuellement reconstruire comme *-ino- et segmenter en *-i-no-, -i- pouvant alors s’analyser comme une ancienne désinence de locatif. Le grec possède de nombreux adjectifs de temps en -ινός3) qui sont au départ des dérivés en *-no- de locatifs en -i (comme ἐαρινός) ; c’est apparemment par mécoupure que fut constitué le suffixe -ινός de ἑσπερινός « du soir », de νυκτερινός « de la nuit ». Si l’on se limite au grec, il est malaisé d’apprécier l’âge d’une formation comme χειμερινός « qui est de l’hiver » : une mise en rapport directe avec hībernus est concevable, mais ne s’impose pas.

Si l’on pose, pour la préhistoire du latin, une évolution phonétique *ĝheimrinos > *heimbrinos > *heibrinos > *heibr̥2nos > hībernus, il faut admettre une chute de la nasale dans un groupe -mbr- issu de *-mr-, alors que la nasale persiste dans le développement d’un groupe *-msr- (*mēmsrom > membrum). Cette analyse est certes concevable, mais l’on ne peut guère aller au-delà de la simple hypothèse.

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1) Voir notamment la discussion de SZEMERENYI (1959).
2) Cf. BENVENISTE (1935, 16 et 26).
3) Pour une liste de ces adjectifs de temps en -ινός, cf. CHANTRAINE (1933, 200-201) et SCHWYZER (1939, 490).