hībernus, -a, -um

(adjectif)


4.2. Exposé détaillé

I. « Qui concerne l’hiver » considéré dans son acception météorologique et ses attributs (froid, eau etc.)

A. Proprement

A.1. Qui concerne la "uīs" de l’hiver, ce qui est le propre de l’hiver

L’adjectif est alors appliqué à des noms régents désignant vent ou tempête comme uentus « vent », procella ou tempestās « tempête », par exemple chez Virgile :

  • Virg. En. 5, 126 : hiberni condunt ubi sidera Cori.
    « quand les bises [littéralement « les corus » c’est-à-dire les vents du Nord-Ouest] d’hiver cachent les astres. » (traduction CUF)

Il peut aussi qualifier pluie, gel, gelée blanche (pruīna), grêle (grando), neige (nix, niuis) et autres précipitations :

  • Catulle 80, 1-2 : quare rosea ista labella hiberna fiant candidiora niue.
    « Pourquoi tes lèvres roses deviennent-elles plus blanches que la neige hivernale ? » (traduction CUF)

Il s’agit du gel dans ce passage de Martial :

  • Martial 4, 18, 3-4 : in iugulum pueri […] /decidit hiberno praegrauis unda gelu
    « une eau transformée en un lourd glaçon (litt. ‘alourdie’) par le gel hivernal tomba sur la gorge d’un enfant. » (traduction CUF)

A.2. Qui subit la "hiemālem uīm"

Les noms qualifiés désignent dans ce cas des éléments naturels (terre, montagnes, fleuves, air ciel, mer) :

  • Hor. Sat. 1, 7, 26-27 : […] Ruebat flumen ut hibernum
    « Il se précipitait comme un fleuve grossi par l’hiver » (litt. « d’hiver, sous l’effet de l’hiver ») (traduction CUF)

ou des divisions de la durée temporelle (tempus,nox,annus,diēs,brūma) :

  • Hor. Epod. 2, 29-30 : Atcum tonantis annus hibernus Ioui imbres niuesque comparat.
    « Mais quand la saison hivernale de Jupiter tonnant amène pluies et neiges. » (traduction CUF)

B. Métaphoriquement

Parmi les occurrences d’hībernus dans un emploi métaphorique, on citera un passage de Pline le Jeune où l’adjectif qualifieporticus :

  • Plin. Ep. 5, 6, 31 : incipit porticus ante medium diem hiberna, inclinato die aestiua
    [là] prend naissance une colonnade où l’on trouve l’hiver (litt. ‘hivernale’) jusqu’à midi et l’été (litt. ‘estivale’) sur le soir. »

II. « Qui concerne l’hiver » comme saison c’est-à-dire comme division de la durée temporelle de l’année

A. Appliqué à des substantifs qui dénotent des divisions de la durée temporelle

A.1. Dans le vocabulaire général

Les noms qualifiés les plus fréquents sont alors tempus et mensis. On en trouve un exemple parmi beaucoup d’autres chez Varron :

  • Varr. R. 1, 28, 2 : [primi uerni temporis…aestiui…autumnalis…] hiberni ex a.d.IV, id. Nou.
    « [on fait partir les premiers jours du printemps …, de l’été …, de l’automne … ], de l’hiver du quatrième jour avant les ides de Novembre. » (traduction CUF)

A.2. Emplois techniques

Avec des noms régents référant par exemple à la course du soleil, par exemple chez Columelle :

  • Col. 7, 3, 11 : magis ante aestiuum quam hibernum solstitium.
    « plus avant le solstice d’été qu’avant celui d’hiver. »

B. Appliqué à des entités qui peuvent être qualifiées par l’hiver

B.1. Parce qu’elles dénotent des évènements ou des productions qui ont lieu en hiver

Cérémonies du culte, légumes et autres récoltes, animaux :

  • Martial 4, 29, 4 : [Rara iuuant : …]hibernae pretium sic meruere rosae .
    « [On aime la rareté : ] / c’est pour cela que les roses d’hiver sont si estimées. » (traduction CUF)

Hībernus est dans ce cas un adjectif de relation au sens large du terme.

B.2. Parce que l’on ne s’en sert qu’en hiver

Vêtements, étables, fruits, camp militaire, édifices. Il en est ainsi chez Plaute :

  • Pl. Mil. 688-689 : [conficiantur]tunicae [] hibernae bonae
    Ne algeas hac hieme.
    « [qu’on te fasse] de bonnes tuniques d’hiver pour que tu n’aies pas froid cet hiver. »

Hībernus est alors un adjectif servant à dater.

III. Emplois substantivés

A. Pour dénoter un moment de la durée temporelle

A.1. Au neutre pluriel

Hīberna, -ōrum désigne ainsi les quartiers d’hiver, c’est-à-dire un temps de repos dans le vocabulaire militaire :

  • Virg. En. I, 266 : ternaque transierint Rutulis hiberna subactis
    « et le troisième hiver aura passé sur la soumission des Rutules. »

A.2. Au masculin singulier ou au neutre singulier à la place de "hiems" pour désigner la saison d’hiver.

Dans l’Octavius de Minucius Felix :

  • Minuc. XXXIV, 11 : ita corpus in saeculo, ut arbores in hiberno
    « le corps pendant la durée de ce monde est comme les arbres pendant l’hiver. »

On soulignera que la plupart des occurrences sont à l’accusatif, au génitif ou à l’ablatif (singulier) et qu’il est donc impossible de préciser s’il s’agit du masculin ou du neutre. Le masculin est utilisé entre autres par Isidore de Séville qui donne une étymologie surprenante en ce qui concerne le signifiant et qui se comprend en raison de la neutralisation de u et b à son époque :

  • Isid. Orig. 5, 35, 7 : hibernus autem inter hiemem et uernum est quasi hieuernus qui plerumque a parte totum, hiemem, significat.
    « hibernus , entre hiems et uernus, équivaut à hieuernus qui souvent, par extension [sémantique] de la partie au tout, signifie hiems ».

L’utilisation de hībernum (tempus) pour désigner la saison d’hiver en latin tardif et dans la plupart des langues romanes montre la prépondérance de ce nom régent qui l’emporta sur les autres au point de supprimer l’emploi de hībernus comme adjectif.

A3. A l’ablatif singulier

Hībernō connaît, en latin tardif toujours, un emploi d’adverbe de temps et il signifie alors « en hiver ». C’est le cas chez Grégoire de Tours :

  • Greg.-Tur. Stell. 12, p. 861, 6 : uerno hibernoque
    « au printemps et en hiver ».

B. Pour dénoter un lieu qui n’est utilisé qu’en hiver

Hībernus dénote également, au neutre pluriel, un lieu d’hivernage pour le bétail ou un camp militaire, lieux qui ne sont utilisés qu’en hiver ; ainsi à la fin du chapitre IX du livre II de l’Economie rurale de Varron, chapitre consacré aux chiens:

  • Varr. Res rusticae II, 9, 16 : Quod si sunt regiones ubi bestiae sint multae, debent esse plures ; quod accidit iis qui per calles siluestros longinquos solent comitari in aestiua et hiberna.

« Il faut plus [de chiens] dans une contrée où les bêtes féroces sont en grand nombre ; et c’est le cas de ceux qui ont l’habitude de conduire leurs troupeaux par des chemins écartés et à travers les forêts là où ils doivent passer l’été ou l’hiver. »

Et chez César:

  • Cés. G. 3, 3, 1 : cum neque opus hibernorum munitionesque plene essent perfectae.
    « comme on n’avait pas entièrement achevé le camp d’hiver et ses défenses. »

Hīberna a une acception plus générale que hībernacula qui désigne précisément les baraquements d’hiver.


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