glōrĭa, -ae f.

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Le mot ne paraît pas avoir de correspondant exact dans les autres langues indo-européennes. Sa formation est de date latine, mais il est constitué d’éléments relevant du fonds indo-européen (cf. § 6.2.).

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Paul Diacre rapproche lat. gloria de gr. κλέος, en faisant, comme souvent, venir le premier du second :

  • P.F. 87, 26 L (= 98 M.):
    Gloria a Graeca uoce dicta : hanc enim illi κλέος uocant.
    « La gloire (gloria) vient d’un mot grec : en effet, les Grecs l’appellent κλέος. »

5.3. « Famille » synchronique du terme

A) Suffixés :

a) Sur gloria sont formés les substantifs et adjectifs suivants :

a.1) substantif → substantif :

le substantif diminutif glōri-ŏla, -ae F. « petite gloire » (Cic., Fam.) avec le suffixe diminutif productif -ulus, -a, -um issu de *-lo-, qui conserve le genre grammatical du substantif de base (cf. oppidum, -i Nt. « place-forte » → oppid-ulum, -i Nt. « fortin »).

a.2.) substantif → adjectif :

l’adjectif glōri-ōsus, -a, -um avec le suffixe -ōsus dénotant l’existence en grande quantité de ou des entité(s) dénotée(s) par la base, au sens de « glorieux, qui aime la gloire », littéralement « qui a beaucoup de gloria ».

a.2.1.) adjectif → adverbe :

Sur cet adjectif glōri-ōsus est bâti l’adverbe glōriōs-ē « glorieusement » (Cic. ; avec le -e long adverbial caractéristique des adverbes faits sur des adjectifs qualificatifs de la 1ère classe du type bonus).

a.2.2.) adjectif (ou adverbe) → adverbe :

Et sur l’adjectif glōriōsus ou bien sur ce dernier adverbe glōriōsēest bâti l’adverbe tardif glōriōs-iter à l’aide du suffixe adverbial -ĭtĕr, qui connaît une extension à l’époque tardive alors qu’il était attendu à l’époque classique seulement derrière un adjectif de la 2ème classe du type fortis « courageux » → fortiter « courageusement », et non derrière un adjectif du type bonus. Il peut s’agir aussi dans ce cas d’une hypercaractérisation tardive à l’aide du suffixe –iter productif afin de renforcer la nature adverbiale d’un adverbe déjà existant en –ē.

b) Sur gloria est formé un verbe :

  • substantif → verbe :

Gloria sert également de base de dérivation au verbe dénominatif déponent glōriā-rī « se glorifier » (intr.). Sur le thème d’infectum du verbe glōriā-rī « se glorifier » (intr.) sont bâtis :

b.1) verbe → substantif :

les substantifs glōriā-tiō « le fait de se glorifier » (Cic. ; nom de procès en –tiō, -tiōnis F.), et glōriā-tor « celui qui se glorifie » (Apulée ; nom d’agent en –tor, -tōr-is M.),

b.2.) verbe → adjectif :

les adjectifs glōgriā-bundus, -a, -um « glorieux, plein de gloire » (Gell. ; avec le suffixe -bundus), glōriā-bilis, -e (mot attesté seulement dans un glossaire tardif ; avec le suffixe de modalité –bilis, -e),

B) Composés :

a) Le verbe glōrĭfĭcāre (Tert.) et l’adjectif glōrĭfĭcus, -a, -um (Cod. Just.)

Ils relèvent de deux formations productives parallèles sémantiquement causatives, qui se développent particulièrement en latin tardif. On peut les analyser en : glōrĭ-fĭc-ā-re, glōrĭ-fĭc-us. Le 1er terme de ces composés se termine par le i bref de composition, de date latine. Le 2ème terme de composé est constitué du radical latin synchronique -fĭc- (allomorphe de făc-, -fĕc-, fēc-) associable au verbe faciō « faire, produire ». Ce radical -fĭc- sert ici de morphème causatif. Il est suivi respectivement du a long qui termine le thème d’infectum des verbes de la 1ère conjugaison (la plus productive en latin) et de la désinence adjectivale -us, -a, -um.

b) verbe simple → verbe préverbé :

Le verbe glōrĭfĭcāre a un préverbé en con- : con-glōrĭfĭcāre « glorifier ensemble » (Tert.).

c) un suffixé de composé : verbe composé → substantif suffixé :

Sur le thème d’infectum du verbeglōrĭfĭcā-r est bâti le substantif suffixé en tiō, -tiōnis F. : glōrĭfĭcā-tiō « glorification » (Aug., Serm.), qui fonctionne comme son nom de procès.

d) un composé possessif ou bahuvrīhi :

L’adjectif in-glōri-us, -a, -um « sans gloire, obscur » (Cic., Leg., Tusc. ; Virg., G.) est un composé du type in-ops « privé de richesse ». Le 1er terme est le préfixe ĭn- négatif issu de i.-e. *n̥-. Le 2ème terme est associable au substantif gloria. L’ensemble est un adjectif (du 1er groupe en -us, -a, -um).

e) des composés déterminatifs avec un préfixe en 1er terme :

  • e.1.) On a un préfixé adjectival en prae- intensif dans l’adjectif prae-glōriōsus, -a, -um, où le préfixe prae- intensifie la valeur sémantique de la base gloriosus au sens de « très gloriosus, très illustre ». Le terme n’est pas bien attesté (CIL 6, 1710).
  • e.2.) Le substantif in-gloriatio est tardif et mal attesté : il s’agit d’un préfixé en in- négatif sur la base du nom de procès gloriatio (cf. ci-dessus, dérivé du verbe gloriari).
gloria subst.

glori-ola, -ae F. subst.

glori-osus, -a, -um adj.

  • glorios-e adv.
  • glorios-iter adv.
  • → (prae-gloriosus adj.)

gloria-ri verbe

  • gloria-tio subst. → (in-gloriatio subst.)
  • gloria-tor subst.
  • gloria-bundus adj.
  • → (gloria-bilis adj.)

in-glor-ius adj.

glori-fic-a-re verbe

con-glorificare verbe
glorifica-tio subst.

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

5.4.1. Les parasynonymes

5.4.1.1. Gloria et laus

Il existe une répartition sémantico-syntaxique entre les substantifs gloria et laus (laudis F.) : seul gloria entre dans la structure « esse + abl. », qui est habituelle pour exprimer les propriétés inhérentes du sujet. En revanche, c’est laus qui est utilisé comme complément prépositionnel d’« esse in+ abl. », syntagme usuel exprimant l’état où le sujet se trouve placé par un phénomène extérieur.

À la faveur de certains contextes, gloria et laus mettent l’accent chacun sur une composante de la notion de gloire, selon qu’elle s’impose à l’admiration du groupe social (gloria) ou qu’elle est donnée par celui-ci (laus). Laus s’applique aussi à la gloire bien acquise, hors des passions de l’ambition (voir laus)

5.4.1.2. Gloria et decus

Le substantif decus (-oris Nt.), au sens de « gloire », est globalement proche de gloria. Deux différences s’observent parfois. Dans l’unique exemple cicéronien où decus a ce sens (Rep. 6, 25) sont opposés la gloria fragile, car gagnée chez les hommes, et le decus immortel que connaît l’âme dans le monde supérieur où elle vit éternellement. La dégradation de l’idéal de gloire lors des guerres civiles fait qu’Horace n’utilise jamais gloria à propos d’Auguste, mais decus (Od. 3, 25, 5). Enfin, à plusieurs reprises, decus, qui signifie aussi « parure, éclat », s’emploie pour une gloire véritablement mise en scène avec éclat, tel un spectacle ; d’ailleurs, le mot se trouve même en rapport sémantico-logique avec spectaculum « spectacle » dans ce passage de Valère Maxime, où il est question de Flamininus qui vient de sortir de leur esclavage en Grèce des citoyens romains :

  • Val.-Max. 5, 2, 6 :
    Geminarunt ea decus imperatoris, a quo simul et deuicti hostes et conseruati ciues spectaculum patriae praebuerunt.
    « C’est ce qui a redoublé la gloire d’un général, qui avait à montrer en spectacle à sa patrie à la fois les ennemis qu’il avait vaincus et les citoyens qu’il avait sauvés. »

5.4.1.3. Gloria et fama

Une équivalence sémantique existe entre les deux lexèmes quand fama (-ae F.) signifie « gloire », comme dans ce passage de Tite-Live :

  • Liv. 40, 43, 4 :
    […] Q. Fuluius Flaccus ex Hispania rediit Romam cum magna fama gestarum rerum.

Le syntagme verbal redire Romam cum (magna) fama est parallèle à redire cum gloria d’un autre passage de Tite-Live :

  • Liv. 6, 10, 6 :
    […] uictorem exercitum tribuni cum magna gloria Romam reduxerunt.

En revanche, il n’existe pas de synonymie entre fama « bonne réputation » et gloria, qui ne connaît pas cette valeur((Voir fama).

5.4.2. Les antonymes

Les deux valeurs de gloria « gloire » et « vanité » sont en relation d’antonymie interne. En effet, si le noyau commun est bien /l’image qui s’impose à l’attention de tous/, celle-ci consiste en une notoriété dans le groupe social (« gloire ») ou en une prééminence que le sujet veut imposer (« vanité »).

Une antonymie générale s’établit avec les termes désignant le déshonneur en tant qu’impossibilité de mériter l’estime collective (dedecus, turpitudo, flagitium, probrum, infamia, ignominia).


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