follis, -is (m.)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Le mot n’est pas motivé en latin. Voir § 6.2.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Isidore de Séville rend compte de l’emploi par métonymie ou synecdoque de follis « bourse » au sens de « pièce d’argent » (sens C) :

  • Isid. Orig. 16, 18, 11 : Folles dicuntur a sacculo quo conduntur, a continente id quod continetur appellatum.
    « Les folles (‘pièces’) sont appelées ainsi d’après la bourse où elles se trouvent placées, le contenu étant appelé d’après le contenant. » (trad. P. Lecaudé)

5.3. « Famille » synchronique du terme

Le substantif follis a servi de base de dérivation à :

a) des verbes de très faible fréquence et d’époque tardive :

- folleō, foll-ē-re « avoir le va-et-vient du soufflet », hapax chez Jérôme, au sens figuré ; il pourrait s’agir d’un verbe dénominatif d’état en -ē- au sens de « se comporter comme un soufflet » (avec élision de la voyelle ĭ finale du thème substantival de base).

- follescō, follescĕre « s’enfler comme un soufflet » ; ce verbe est attesté seulement en latin médiéval avec un très petit nombre d’occurrences ; on pourrait penser à un verbe suffixé avec -scō inchoatif sur la base du verbe d’état précédent follēre.

- follĭcō, follĭcāre « haleter avec bruit (comme un soufflet) » ; il peut s’agir d’un suffixe verbal -cāre derrière le i final de la base, mais le verbe peut aussi être intégré dans le groupement (productif à l’époque tardive) des verbes en -ĭcāre.

b) deux adjectifs attestés une seule fois chacun :

-follīnus, -a, -um « d’outre, de soufflet » : il s’agit d’un hapax, cité par Priscien (2, 58) parmi les adjectifs dérivés en …ī-nus ou -īnus, formés avec le suffixe *-no- à partir de thèmes substantivaux en i de la 3e déclinaison ayant le même nombre de syllabes au nominatif et au génitif (Herculīnus, Verrīnus, collīnus, follīnus):

  • Priscien GLK 2, 58 : et ab aliis, quae pares habent tam in nominatiuo quam in genetiuo syllabas, ‘Hercules Herculis Herculinus’, ‘Verres Verris Verrinus’, ‘collis collinus’, ‘follis follinus’

-follī-tus, -a, -um « pourvu d’une bourse en cuir, qui possède une bourse », adjectif possessif formé avec le suffixe -tus, -a, -um (< *-to-) dé-substantival avec allongement présuffixal secondaire du ĭ final du thème folli- (cf. pour ce traitement : aurĭs « oreille » à aurī-tus, -a, -um « qui est pourvu d’oreilles »).

c) des substantifs :

- follĭ-cŭlus, -ī (m.) est forgé à l’aide du suffixe de diminutif -culus « petit sac (de cuir) » ; comme follis, le diminutif a servi à dénoter plusieurs réalités extra-linguistiques : une balle ou un ballon de cuir, l’enveloppe de certains légumes, fruits, grains, épis, l’enveloppe des larves ou encore les membranes de l’estomac et des intestins. De ce substantif est dérivé l’adjectif folli-cul-ōsus, -a, -um , hapax attesté chez le Pseudo-Apulée, où il dénomme une espèce de pavot :

  • Ps.-Apul. Herb. 53 : Mecon Latini papauer dicunt, eius alia est usualis, quae etiam folliculosa uocatur, alia agrestis et altera ryas appellatur
    « le mèkôn, les Latins l’appellent pavot (papauer) ; il en existe une espèce commune, qui est aussi appelée folliculosa , et une sauvage ; la seconde est appelée ryas ».

- Paul Diacre mentionne un substantif folliculāre, -is (n.) « partie en cuir de la rame », d’où viendrait l’expression uita folliculāris « vie de rameur » selon la traduction donnée par le Gaffiot :

  • P.-Festus 75,12-13 L. (= 85 M.) : Folliculare appellatur pars remi, quae folliculo est tecta, a quo uita follicularis.
    « une partie de la rame qui est protégée par un folliculus (« petit sac ») est appelée folliculare, d’où vient l’expression uita follicularis. »

Il faut aussi signaler le composé très tardif et très rare (5 attestations dans les Monumenta Germaniae Historica) folli-gena, -ae (m. et f.) « engendré par le soufflet », qui entre dans le groupement des composés en °-gena « né de, originaire de » (indi-gena, etc.)

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

La diversité des applications sémantico-référentielles met le substantif follis en relation avec de nombreux termes. Il n’y a guère que lorsqu’il dénote le soufflet qu’il n’a pas d’équivalent, ce qui confirme son emploi technique lexicalisé, et lorsqu’il dénote le ballon. Ses autres emplois recoupent ceux d’autres termes comme saccus « bourse, sac », membrana, tegmentum, operimentum « membrane, enveloppe », pulmo « poumon », stomachus « estomac, ventre », uenter « ventre », ainsi que certains termes relevant du vocabulaire de la monnaie.


Aller au § 4 ou Retour au plan ou Aller au § 6