follis, -is (m.)

(substantif)



4.2. Description des emplois et de leur évolution: exposé détaillé

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Résumé et exemples

Follis présente une large extension sémantico-référentielle : il dénote des objets en forme d’outre en cuir très différents et, à partir de là, d’autres réalités ayant avec les premiers une ressemblance ou un lien logique.

A. Objets de cuir en forme d’outre

Le substantif follis s’applique à des objets qui sont des outres en cuir, mais qui ont des formes et des fonctions bien différentes.

A.1. Bourse en cuir

Cet emploi est l’un des plus anciens :

  • Pl. Aul. 302 (à propos de l’avare) :
    Quin cum it dormitum, follem obstringit ob gulam.
    « Mieux encore, quand il va se coucher, il s’attache une bourse de cuir devant la bouche. » (traduction A. Ernout, 1959, CUF)1).

A.2. Ballon en cuir

Il peut s’agir d’un ballon en cuir rempli de graines de fèves servant, comme le punching-ball moderne, à l’entraînement des pugilistes :

  • Pl. Rud. 721-722 :
    Extemplo hercle ego te follem pugillatorium
    faciam, et pendentem incursabo pugnis, periurissime.
    « Je te transforme aussitôt en ballon de boxe, tu m’entends ? Je te pends en l’air, et je te rosse à coups de poing, parjure abominable. » (traduction A. Ernout, 1962, CUF)

ou d’un ballon plus petit et plus léger :

  • Mart. 4, 19, 7 :
    plumea seu laxi partiris pondera follis
    « soit que tu renvoies de côté et d’autre la masse légère comme plume du flasque ballon » (traduction H. J. Izaac, 1961, CUF)2).

A.3. Sac

  • Plin. H.Nat. 12, 68 (à propos de la myrrhe) :
    Cetero passim a uulgo coemptam in folles conferciunt3).
    « Du reste, une fois achetée çà et là à une foule de gens, on l’entasse dans des sacs. » (traduction A. Ernout, 1949, CUF)

A.4. Soufflet de forge

Follis s’applique encore à l’outre en cuir qui permet d’envoyer de l’air à intervalles réguliers pour attiser le feu d’une forge :

  • Cic. Nat. 1, 54, 22 : … ex quo efficiuntur eae rerum formae et figurae, quas effici non posse sine follibus et incudibus non putatis.
    « C’est ainsi que se constituent les êtres de formes et de figures diverses dont vous ne pensez pas qu’on puisse les produire sans soufflets de forge et sans enclumes » (traduction J.-F. Thomas)4).

Dans ce passage, le pluriel follibus renvoie à une pluralité de soufflets, étant donné la généralité du propos. Mais parfois, c’est un seul objet qui est dénommé par le pluriel (il est entre les mains d’un seul utilisateur) :

  • Hor. Sat. 1, 4, 19-21 :
    At tu conclusas hirquinis follibus auras
    usque laborantis dum ferrum molliat ignis,
    ut mauis, imitare []
    « Et toi, l’air emprisonné dans les peaux de bouc du soufflet et peinant sans relâche jusqu’à ce que le feu amollisse le fer, imite-le, si tu préfères […] » (traduction J.-F. Thomas),

Le pluriel s’explique par la présence de deux outres jointes pour assurer la circulation de l’air, ce qui renforce l’idée d’effort (usque laborantis dum). Ailleurs, le singulier est usuel pour un objet unique, quel que soit le nombre d’outres qui le constituent. Il est habituel dans la prose narrative :

  • Liv. 38, 7, 12 :Scintillam leuem ignis inditam plumae, folle fabrili ad caput fistulae imposito, flando accenderunt.
    « Ils allumèrent le duvet à l’aide d’un brandon et le firent flamber avec un soufflet de forge relié à l’extrémité du tube. » (traduction R. Adam, 1982, CUF)

mais aussi dans la satire :

  • Pers. 5, 11-12 :
    Tu neque anhelanti, coquitur dum massa camino,
    folle premis uentos []
    « Toi, tu ne comprimes pas du vent dans un soufflet époumoné, pendant que le minerai cuit dans le fourneau […] » (traduction A. Cartault, 1951, CUF).

Le même mot est employé pour les outres d’Éole (Hyg. Fab. 125, 6 ; Apul. Apol. 31, 36).

B. Emplois métaphoriques

Une ressemblance fondée sur la forme de la cavité souple et creuse explique l’emploi du mot pour dénoter plusieurs choses.

B.1. Les poumons eux-mêmes et l’enveloppe des poumons

  • Juv. 7, 111 :
    Tunc inmensa caui spirant mendacia folles.
    « Alors du creux de leurs poumons, ils expectorent d’énormes mensonges. » (traduction J. Gérard, 1983, CUF)
  • Tert. Anim. 10 : […] non spirari sine pulmonum follibus []
    « […] on ne souffle pas sans les membranes des poumons […] » (traduction J.-F. Thomas).

B.2. L’estomac et la paroi de l’estomac

  • Macr. Sat. 7, 4, 17 : orificium [] recipit deuorata et in follem uentris recondit. Hic est stomachus.
    « l’orifice reçoit […] les aliments absorbés et les entasse dans la cavité du ventre, c’est-à-dire l’estomac. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Aug. Iul. 2, 693 : […] ne tui stomachi follis indigesta maledictorum cruditate rumpatur.
    « […] pour que ne se rompe pas sous l’effet d’une indigestion de mauvais propos la membrane de ton estomac. » (traduction J.-F. Thomas),

B.3. L’enveloppe corporelle

Follis dénote l’enveloppe corporelle d’un être humain avec une connotation dépréciative dans un contexte chrétien :

  • Tert. Apol. 50, 6 : Anaxarchus cum in exemplum ptisanae pilo contunderetur : ‘Tunde, tunde, aiebat, Anaxarchi follem, Anaxarchum enim non tundis’.
    « Anaxarque, tandis qu’on le broyait par un pilon à la manière de l’orge, disait : ‘Broie, broie l’enveloppe d’Anaxarque, car ce n’est pas Anaxarque que tu broies’. » (traduction J.-F. Thomas),

ou avec une connotation plus favorable :

  • Arn. J. Com. Ps. 149, 1 : […] laudantes nomen eius in choro, id est cum omni populo, in tympano, id est in extensione follis nostri corporei.
    « […] louant son nom en chœur, c’est-à-dire avec tout le peuple, sur un tambourin, c’est-à-dire avec toute la peau de notre corps. » (traduction J.-F. Thomas).

C. Emploi métonymique : pièce d’argent

À partir de son emploi pour la bourse en cuir, le mot s’utilise (par synecdoque ou métonymie) pour l’argent qui y est contenu :

  • Aug. Civ. 22, 8 : […] quasi a martyribus quinquagenos folles, unde uestimentum emeret, petiuisset []
    « […] comme s’il avait demandé aux martyrs cinquante pièces pour s’acheter un manteau » (traduction J.-F. Thomas).

La pièce ainsi désignée est, à l’époque d’Augustin, familière à ses contemporains puisqu’il en fait état dans ses Sermons:

  • Aug. Serm. 45, 70 : […] non tibi uideatur iam finisse auaritiam quia inuenit eum contemnentem folles centum.
    « […] ne te semblerait-il pas avoir déjà mis un terme à sa cupidité, puisqu’il l’a vu se désintéresser de 100 pièces. » (traduction J.-F. Thomas).

Il ne s’agit sans doute pas d’un emploi généralisant, car la pièce en question est évaluée comme l’équivalent de deux deniers.

D. Conclusion

À partir de son sens général « objet en forme d’outre de cuir », follis a des emplois techniques fondés sur les relations habituelles de métaphore et de métonymie. Le terme apparaît ainsi dans des listes d’outils :

  • Vitr. 10, 1, 6 : […] machinationes ad manum cotidianae, ut sunt molae, folles fabrorum, raedae …
    « […] systèmes mécaniques d’un usage quotidien, par exemple les meules, les soufflets de forge, les chars à banc […] » (traduction L. Callebat, 2003, CUF)

Mais il y a des vocabulaires techniques où il n’apparaît pas : il n’est pas utilisé par Celse pour la membrane de l’estomac et l’estomac lui-même. En revanche, l’image de la membrane résistante est à la base d’emplois plus expressifs pour évoquer la légèreté d’un ballon, un jeu futile, ou la matérialité du corps et les excès de l’ingestion, le follis étant le réservoir illimité, par exemple, des mensonges et de la médisance.


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1) De même Juv. 13, 60 ; 14, 281 ; Gell. 16, 4, 2 ; Apul., M. 4, 9, 6.
2) De même Mart. 7, 32, 7 ; 12, 82, 5 ; 14, 45, 2 ; 14, 47, 2.
3) De même Apul. M. 4, 9, 6
4) De même Pline H.Nat. 33, 108 ; 33, 123 ; 36, 143.