flōs, flōris (m.)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Flōs est probablement un ancien thème en *s au masculin, soit *bhleh3-os signifiant (selon de Vaan, 227) angl. « blossoming », fr. « qui est en fleur » (pour un arbre, une plante, etc.), d’où le sens angl. « flower », fr. « fleur ». Mais il pourrait également (selon Stüber 2002, 76) être formé à l’aide d’un suffixe de nom d’agent en *‑ōs à valeur collective (cf. § 6.2 ).

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

5.3. « Famille » synchronique du terme

5.3.1. Dérivés par suffixation

Lat. flōs a servi de base de suffixation à plusieurs adjectifs désubstantivaux :

- flōr-ĭdus, -a, -um « fleuri, couvert de fleurs », « brillant, éclatant », dont est dérivé le diminutif flōr-ĭd-ŭlus, -a, -um , ainsi que l’adverbe flōr-ĭd-ē « de manière brillante, éclatante » ;

- flōr-ĕus, -a, -um « de fleurs », « couvert de fleurs, fleurissant » ;

- flōr-ālis, -e « couvert de fleur » est aussi un dérivé du nom de la déesse des fleurs, Flōra , et il signifie alors « de Flore » ; il est substantivé au neutre pluriel pour désigner les Floralies (Flōr-ālĭa, -ium ou-ōrum ), fêtes en l’honneur de Flore.

- flōr-ōsus, -a, -um « fleuri » (hapax tardif) ;

- flōr-ulentus, -a, -um « émaillé de fleurs » ; « qui est dans la fleur de l’âge » (tardif).

Le substantif flōs a également servi de base de suffixation à deux verbes dénominatifs :

- flōrĕō, flōr-ē-re, -ŭī (-ē- d’état) « fleurir, être en fleur », « être fleuri de, garni de », dont le participe présent flōrēns, -ntis fut employé comme adjectif au sens de « fleurissant, en fleur » ainsi que « brillant, éclatant, étincelant » ;

- flōrĭō, -ī-re : même sens que le précédent ; sur le thème d’infectum de flōrī-re est bâti le nom de procès en -tio:flōrī-tĭō, -ōnis (f.) « floraison ».

Sur le thème d’infectum du verbe d’état flōrē-re, est formé, avec un suffixe inchoatif ou transformatif en -scō, le verbe flōrē-scō, -ĭs, -ĕ-re « commencer à fleurir, entrer en fleur », « devenir florissant, brillant », « abonder ».

Sur flōs « fleur », on trouve également dans une glose tardive (hapax) le substantif flōr-ētum, -ī, (n.) « jardin de fleurs » formé avec le suffixe -ētum de collectif, qui s’ajoute à une base dénotant une plante, pour signifier « espace planté avec cette plante » (cf. ros-ētum « roseraie » sur rosa « rose »). En synchronie, flōrus, -a, -um peut être rapproché de flōs même si les deux termes n’ont pas de lien morphologique ou sémantique direct. Sur ce point, voir flōrus, § 6.2.

5.3.2. Composés

Flōs se trouve aussi comme premier terme de plusieurs composés sous la forme flōrĭ- avec addition attendue à la finale du ĭ de composition :

  • a) composés bahuvrīhi ou possessifs

- flōrĭ-color , -ōris (adjectif) « qui a l’éclat des fleurs »

- flōrĭ-com-us , -a, -um « couronné de fleurs » (litt. « qui a une chevelure de fleurs »)

  • b) composés à second terme verbal régissant :

- flōrĭ-fer , -era, -erum « qui porte des fleurs, fleuri » ; flōri-fertum , -i (n.) « offrande d’épis » (attesté chez P.-Festus).

- flōri-gen-us , -a, -um « qui produit des fleurs, fleuri »

- flōri-ger , -era, erum a le même sens que flōri-fer

- flōri-leg-us , -a, -um « qui choisit (recueille, butine) les fleurs »

- flōri-sap-us , -a, -um « qui a la saveur des fleurs »

- flōri-par-us , -a, -um « qui enfante des fleurs ».

Tous ces adjectifs composés ont la structure prosodique des composés poétiques tels que les a définis J. Perret : ils constituent des choriambes de quatre syllabes : « syllabe longue + syllabe brève terminée par ĭ + frontière de morphème de composition + syllabe brève + syllabe longue » : flōrĭcŏlōr(em), flōrĭgĕnum.

5.4. Association synchronique avec d’autres lexèmes

La polysémie de flōs, riche de valeurs différentes, le met en rapport avec des termes très divers, appartenant à des champs lexicaux distincts. Les relations ainsi établies ne sont pas les mêmes selon la nature des significations.

Flōs présente deux sens techniques principaux. Dans le sens de « fleur », il n’a pas de synonyme, d’autant qu’il est le terme générique :

  • Plin. H. Nat. 12, 110 (à propos d’une épine) : In eodem tractu aspalathos nascitur, spina candida magnitudine arboris modicae, flore rosae.
    « Dans la même contrée naît l’aspalathos ; c’est une épine blanche, de taille médiocre, àfleur couleur de rose. » (traduction A. Ernout, 1949, CUF)

Ses antonymes dénotent des composantes du monde naturel, mais la relation s’établit à plusieurs niveaux. Le niveau est très général quand la fleur est distinguée des grands domaines de la nature (animaux, pierres) :

  • Ov. M. 10, 260-261 (à propos de Pygmalion envers sa statue) :
    Munera fert illi, conchas teretesque lapillos
    et paruas uolucres et flores mille colorum
    « Il lui apporte ces cadeaux qui plaisent aux jeunes filles, des coquillages, des cailloux polis, de petits oiseaux, des fleurs de mille couleurs. » (traduction G. Lafaye, 1960, CUF)

mais l’opposition se situe aussi, au sein du monde végétal, par rapport aux autres composantes de la plante :

  • Plin. H. Nat. 1, livre 23 : Medicinae ex singulorum generum flore, foliis, fructu []
    « Remèdes tirés de la fleur, des feuilles, des fruits de chaque espèce […] »
  • Plin. H. Nat. 26, 30 (à propos du béchion) : Folia sunt maiuscula quam hederae V aut VII, subalbida a terra, superne pallida, sine caule, sine flore, sine semine, radice tenui.
    « Ses feuilles, au nombre de 5 ou de 7, un peu plus grandes que celles du lierre, sont blanchâtres en dessous et pâles au-dessus ; la plante n’a ni tige, ni fleurs, ni graines, et sa racine est mince. » (traduction A. Ernout, 1957, CUF)

Cette imbrication des niveaux d’opposition est une caractéristique du vocabulaire technique et elle est liée à la taxinomie des connaissances.

À l’inverse, la spécificité des produits comme la fleur de sel fait que l’emploi de flos est isolé dans le champ lexical des substances et qu’il entre en relation avec un seul terme, rūbīgō « rouille » :

  • Plin. H. Nat. 31, 90 (à propos des salines) : Appellatur et flos salis, in totum diuersa res umidiorisque naturae et crocei coloris aut rufi, ueluti rubigo salis, odore quoque ingrato ceu gari dissentiens a sale, non modo a spuma.
    « On appelle aussi fleur de sel une substance totalement différente, naturellement plus aqueuse, d’une couleur safran ou rousse, comme une rouille de sel, et qui, par son odeur désagréable comme celle du garum, se distingue du sel, et pas seulement de l’écume du sel. » (G. Serbat, 1972, CUF).

Les autres emplois, relevant du sens général d’« épanouissement », n’appartiennent pas à la langue technique et, de ce fait, entrent en relation avec un grand nombre de termes. Une place particulière revient à ceux qui, exprimant eux aussi l’excellence, le font comme flos, sur la base d’une métaphore concrète, celle de la parure. Ce sont decus, ornāmentum et lūmen :

  • Cic. Flacc. 75 : At Castricium quibus uerbis, di immortales ! ‘decus patriae, ornamentum populi, florem iuuentutis’ appellant.
    « Quant à Castricius, par quels termes le désigne-t-on, dieux immortels ! ‘l’honneur de la patrie, l’ornement du peuple romain, la fleur de la jeunesse’. » (traduction A. Boulanger, 1959, CUF)
  • Cic. Brut. 233 : […] uerba non abiecta, res compositae diligenter ; nullus flos tamen neque lumen ullum [].
    « […] des mots sans bassesse, des arguments disposés avec soin ; mais nulle fleur, nul éclat dans le style […]. » (traduction J.-F. Thomas)


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