flōs, flōris (m.)

(substantif)



4.1 Description des emplois et de leur évolution : résumé et exemples

A. « Fleur, floraison »

  • Cic. Verr. II, 4, 107 (à propos du bois d’Henna en Sicile) : […] quam circa sunt laetissimi flores omni tempore anni []
    « […] (Henna), autour de laquelle se trouvent les fleurs les plus riantes tout au long de l’année […] » (traduction J.-F. Thomas)

Au singulier, avec une valeur collective pour tout type de fleurs :

  • Ov. Fast. 4, 432 :
    et mecum plenos flore referte sinus !
    « […] et venez ramasser avec moi des brassées pleines de fleurs! » (traduction J.-F. Thomas)

ou toutes les fleurs d’une même espèce :

  • Virg. Géorg. 4, 271-272 :
    Est etiam flos in pratis, cui nomen amello
    fecere agricolae, facilis quaerentibus herba.
    « Il est aussi dans les prés une fleur que les cultivateurs ont nommée amelle, plante facile à trouver. » (traduction E. de Saint-Denis, 1998, CUF)

Également pour le « nouvel état de la fleur », la « floraison » :

  • Col. 2, 11 (à propos du blé) : […] diebus quibus post florem ad maturitatem uenit.
    « […] les jours où après la floraison le blé vient à maturité. » (traduction J.-F. Thomas)

B. « Odeur fine et agréable »

  • Pl. Curc. 96 :
    Flos ueteris uini meis naribus obiectust.
    « Un bouquet de vin vieux a frappé mes narines. » (traduction A. Ernout, 1961, CUF)

C. « Substance fine qui se développe en surface »

  • Cat. Agr. 88, 2 (à propos de la saumure) : […] usque adeo in sole habeto, donec concreuerit. Inde flos salis fiet []
    « […] qu’on la laisse au soleil jusqu’à cristallisation. Cela donnera la fleur de sel […] » (traduction J.-F. Thomas)
  • Plin. H.Nat. 34, 107 (à propos de la fleur de cuivre) : Fit aere fuso et in alias fornaces tralato ;ibi flatu crebriore excutiuntur uelut milii squamae quas uocant florem […]
    « On l’obtient à partir du cuivre déjà fondu que l’on porte dans d’autres fourneaux ; là, sous l’action d’un courant d’air plus actif, se détachent des écailles semblables à la balle du millet ; c’est ce qu’on appelle la fleur de cuivre […] » (traduction H. Le Bonniec, 1953, CUF)
  • Col. 12, 30, 1 : [] si uinum florere incipiet, saepius curare oportebit :ne flos eius pessum eat, et saporem uitiet.
    « […] si le vin commence à se couvrir de fleur, il faudra le soigner plus souvent, de peur que la fleur ne gagne et ne gâte le goût. » (traduction J. André, 1988, CUF)

D. « Épanouissement »

D.1. La fleur de l’âge et emplois équivalents

  • Ter. Eun. 318-319 :
    […] CH. Anni ? Sedecim.
    PA. Flos ipsus. […]
    « Chréréa : - L’âge ? Seize ans. Parménon : - La fleur même ! » (traduction J.-F. Thomas)

Acception plus concrète pour les manifestations de cette jeunesse :

  • Virg. En. 8, 160 (à propos d’Énée) :
    Tum mihi prima genas uestibat flore iuuentas.
    « La prime jeunesse, alors, revêtait mon teint de ses fleurs. » (traduction J. Perret, 1978, CUF)

De là une opposition avec la maladie ou la mort :

  • Liv. 28, 35, 7 : […] quod plenius nitidiusque ex morbo uelut renouatus flos iuuentae []
    « […] au sortir de la maladie, la fleur de la jeunesse en quelque sorte épanouie une seconde fois […] » (traduction J.-F. Thomas)

Mais la vieillesse peut aussi être vécue comme un aboutissement, qualifié alors de flos :

  • Sen. Ep. 26, 2 : Animus mihi facit controuersiam de senectute ; hunc ait esse florem suum.
    « L’âme débat avec moi sur la question de la vieillesse : elle dit qu’elle est sa fleur. » (traduction J.-F. Thomas)

Encore chez les auteurs plus tardifs :

  • Prud. Perist. 3, 108-110 :
    Ingemit anxia nobilitas,
    flore quod occidis in tenero,
    proxima dotibus et thalamis.
    « Ta famille gémit, angoissée de te voir mourir à la fleur de l’âge, si près du moment d’être dotée et épousée. » (traduction J.-F. Thomas)

Ce dernier emploi tend vers la quantification, car la flos uanitatis a, par rapport à la spes aeternitatis, une ampleur qui pourrait vaincre cette dernière.

D.2. L’élite

  • Cic. Flacc. 61 : Aspiciant hunc florem legatorum laudatorumque Flacci ex uera atque integra Graecia.
    « Qu’ils jettent les yeux sur cette élite de délégués qui viennent faire l’apologie de Flaccus, ces délégués de la Grèce véritable et authentique » (traduction A. Boulanger, 1959, CUF)

D.3. « Flōs » appliqué à des objets dans la plénitude de leur réalisation

  • Lucr. 1, 897-900 :
    […] fit […] ut altis
    arboribus uicina cacumina summa terantur
    inter se, ualidis facere id cogentibus austris,
    donec flammai fulserunt flore coorto.
    « […] il arrive dans les hautes montagnes que les cimes voisines des grands arbres s’entrechoquent sous la contrainte des autans impétueux, jusqu’à ce que la fleur de la flamme s’épanouisse et les embrase. » (traduction A. Ernout, 1941, CUF)

D. 4. Les fleurs de la rhétorique

  • Sen. Contr. 9 pr. 1 : […] argumentationes, quia molestae sunt et minimum habent floris, relinquit.
    « […] il laisse de côté les preuves, parce qu’elles sont ennuyeuses et qu’elles ont trop peu d’ornement. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Quint. I. O. 12, 10, 13 : […] non aliter ab ipsis inimicis male audire quam nimiis floribus et ingenii affluentia petunt.
    « […] il ne peut être critiqué par ses adversaires que pour l’abus des fleurs de la rhétorique et la luxuriance du talent. » (traduction J.-F. Thomas)

Chez les auteurs chrétiens, flōs prend souvent des connotations dépréciatives :

  • Hier. Ep. 107, 9 : Mementote uos parentes uirginis, et magis eam exemplis docere posse, quam uoce ; cito flores pereunt.
    « Souvenez-vous que vous êtes les parents d’une vierge, et qu’elle peut apprendre plus par les exemples que par la parole. Les fleurs meurent vite. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Hier. Ep. 65, 19 : [] tota pulchritudine posita magis in sensuum nomine quam in flore uerborum []
    « […] toute la beauté réside plus dans les sentiments que dans la fleur des mots […] » (traduction J.-F. Thomas)

E. Sémantique et allégorie chez les auteurs chrétiens

La fleur peut, par exemple, représenter le Christ :

  • Tert. Adu. Marc. 3, 404, 22 (à propos de l’incarnation du Christ) :
    Si enim plenitudo in illo spiritu constitit, agnosco uirgam de radice Iesse : flos eius meus erit Christus, in quo requieuit secundum Esaiam spiritus sapientiae et intellectus.
    « Si en effet la splendeur de l’esprit s’est établie en lui, je reconnais là le rameau issu de la racine de Jessé : sa fleur sera mon Christ en qui repose, selon Isaïe, l’esprit de sagesse. » (traduction R. Braun, 1994, Sources Chrétiennes)

ou la spiritualité des Saintes Écritures :

  • Hier. Ep. 108, 28 : Flores uisi sunt in terra, tempus sectionis aduenit et credo uidere bona domini in terra uiuentium.
    « On a vu des fleurs sur le sol ; l’époque de la taille est arrivée ; je crois déjà voir les joies du Seigneur dans la terre des vivants. » (traduction J. Labourt, 1955, CUF)

ou encore la gloire des combattants du Christ :

  • Cypr. Ep. 10, 5 : In caelestibus castris et pax et acies habent flores suos quibus miles Christi ob gloriam coronetur.
    « Dans le camp de Dieu, la paix et la lutte ont chacune leurs fleurs et le soldat du Christ peut s’en faire des couronnes de gloire. » (traduction J.-F. Thomas)

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