flāuus, a, um

(adjectif)



4.2. Exposé détaillé

La signification de flāuus ne se résume pas aux sens de « jaune » et de « blond » : à côté d’emplois prototypiques, l’adjectif s’applique à des nuances chromatiques précises.

A. « Jaune pâle, blond »

De manière récurrente, flāuus qualifie des réalités caractérisées par leur teinte jaune pâle, comme le sable et l’eau limoneuse, le miel, la cire, les blés et la chevelure :

  • Enn. Ann. Frg. 384 W. :
    uerrunt extemplo placide mare marmore flauo.
    « ils balaient aussitôt sans bruit la mer aux reflets jaunes. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Lucr. 1, 936-938 :
    sed ueluti pueris absinthia taetra medentes
    cum dare conantur, prius oras pocula circum
    contingunt mellis dulci flauoque liquore
    .
    « Mais quand les médecins veulent donner aux enfants la répugnante absinthe, ils parent auparavant les bords de la coupe d’une couche de miel blond et sucré. » (traduction A. Ernout, 1935, CUF)
  • Virg. En. 7, 30-32 :
    […] Hunc (= lucum) inter fluuio Tiberinus amoeno
    uerticibus rapidis et multa flauos harena
    in mare prorumpit
    […]
    « […] Entre ses arbres, en un aimable cours, en tourbillons rapides, Tibérinus, blond d’un sable abondant, s’élance dans la mer […] » (traduction J. Perret, 1978, CUF)
  • Virg. Géorg. 1, 316-317 :
    […] cum flauis messorem induceret aruis
    agricola
    […]
    « […] comme le paysan fait entrer le moissonneur dans les champs dorés […] » (traduction J.-F. Thomas)
  • Ov. M.. 3, 487-488 :
    […] sed, ut intabescere flauae
    igne leui cerae
    […]
    « […] comme la cire dorée fond devant une flamme légère […] » (traduction G. Lafaye, 1960, CUF)

Est encore dénoté parflauus le blond de la chevelure, un élément de la beauté idéalisé en raison de sa rareté même dans les sociétés méditerranéennes. Cette blondeur est celle de la puella comme du héros mythologique :

  • Stat. Theb. 3, 507 :
    […] flauaeque […] auis unca Mineruae.
    « […] la chouette au bec crochu de la blonde Minerve. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Ov. Hér. 20, 55 :
    Hoc faciunt flaui crines et eburnea ceruix.
    « C’est l’œuvre de tes cheveux blonds et de ton cou d’ivoire. » (traduction J.-F. Thomas),

et elle est un stéréotype de la séduction :

  • Tert. Cult. 2, 6, 15 (à propos des cheveux) :
    […] pro albo uel atro flauum facimus, gratiae faciliorem.
    « […] au lieu de blancs ou noirs, nous les rendrons blonds pour qu’ils aient plus de charme. » (traduction J.-F. Thomas)

B. « Jaune-brunâtre, fauve »

Sont encore qualifiés par flauus les pelages de couleur fauve de certains animaux, comme les faons ou les lions :

  • Stat. Silv. 1, 2, 226 :
    […] flauam maculoso nebrida tergo.
    « […] une peau fauve de faon au dos tacheté. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Stat. Theb. 4, 154-155 :
    […] flauae capiti tergoque leonum
    exuuiae gentilis honos
    […]
    « […] sur leur tête et sur leurs épaules, la fauve dépouille d’un lion, une marque d’honneur propre à leur race […] » (traduction R. Lesueur, 2000, CUF)

C. « Jaune à reflets rouges »

Les réalités qualifiées en prose de rutilus en raison de leurs reflets d’une couleur rouge très vive le sont aussi par flauus, surtout en poésie. L’or est rutilus (Luc. 9, 364 ; Juv. 14, 299 ; Sen. Oed. 137), mais aussi flauus :

  • Mart. 12, 65, 6 :
    uera minus flauo radiant electra metallo.
    « l’ambre véritable rayonne moins que son blond métal. » (traduction J.-F. Thomas)

et l’adjectif latin flauus est rapproché du grec πυρρός, -ά, -όν « roux » en parlant des personnes qui ont les cheveux rouges (mais aussi « fauve » pour les animaux et « rouge de feu, rouge ardent » pour diverses entités)

  • Hyg. Fab. 96, 1 :
    Nam uirgines Pyrrham nominarunt, quoniam capillis flauis fuit et graece rufum pyrrhon dicitur.
    « Les vierges appellent Achille Pyrrha parce qu’il avait les cheveux roux et que rouge se dit en grec πυρρός. » (traduction J.-Y. Boriaud, 1997, CUF)

Les Barbares sont rutili (Tib. 1, 7, 12 ; Tac. Germ. 14), mais aussi flaui :

  • Ov. Pont. 4, 2, 37-38 :
    Hic mea cui recitem nisi flauis scripta Corallis
    quasque alias gentes barbarus Hister habet ?

    « A qui lirais-je ici mes écrits, sinon aux blonds Coralles et aux autres peuples qui vivent sur les bords de l’Hister barbare ? » (traduction J. André, 1997, CUF)
  • Luc. 10, 129-131 :
    […] pars tam flauos gerit altera crines,
    ut nullis Caesar Rheni se dicat in aruis
    tam rutilas uidisse comas
    […]
    « […] une autre partie porte des cheveux d’un blond tel que César dit ne pas en avoir vu de si ardent sur les bords du Rhin […] » (traduction J.-F. Thomas)
  • Hier. Ep. 107, 2 :
    […] Getarum rutilus et flauus exercitus.
    « […] l’armée des Goths à la couleur rousse (rouge vif) et blonde. » (traduction J.-F. Thomas)

Ces reflets rouges expliquent l’emploi de l’adjectif pour les manifestations de la pudeur :

  • Ov. Her. 4, 72 :
    Flaua uerecundus finxerat ora rubor.
    « une chaste rougeur colorait les joues d’un noble incarnat. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Sen. Phaedr. 651-652 :
    […] Presserant uittae comam
    et ora flauus tenera tinguebat pudor
    .
    « […] Des bandelettes pressaient sa chevelure et la pudeur donnait à sa tendre face sa teinte incarnadine. » (traduction F.-R. Chaumartin, 2000, CUF)

Il n’est pas indifférent que les deux occurrences concernent Hippolyte : s’il a la rougeur de la honte, la jeunesse de sa tendre face en atténue l’éclat, et c’est l’association de ces deux propriétés, présentes comme on l’a vu dans le sémantisme de flauus, qui justifient l’application du mot à ce personnage.

L’adjectif flauus est d’autre part appliqué aux olives :

  • Virg. En. 5, 307-308 :
    […] Tres praemia primi
    accipient flauaque caput nectentur oliua

    « Les trois premiers recevront des prix et couronneront leur tête des feuilles dorées de l’olive » (traduction J. Perret, 1978, CUF)

Comme l’explique J. André (1949, 130-132), il n’est pas nécessaire de modifier le texte en fulua, dans la mesure où le prisme sémantique de flauus lui permet de dénoter les reflets dorés que prend le gris-vert de l’olivier sous l’effet du soleil. Il convient alors peut-être de corriger la traduction de M. Lavarenne (1931, CUF) pour Prudence Perist. 4, 53 :

  • Prudence Perist. 4, 53 :
    […] uerticem flauis oleis reuincta […]
    « […] la tête couronnée du pâle olivier […] » (traduction M. Lavarenne, 1931, Paris, CUF)

en « […] la tête couronnée de l’olivier doré […] ».

Conclusion

La variété des nuances chromatiques exprimées par flauus est surtout marquée dans les textes poétiques, où l’adjectif a d’ailleurs ses occurrences les plus nombreuses ; cela est dû à la place que tient, dans les différents genres, la sensualité des couleurs. Toutes les teintes observées se retrouvent dans l’analyse donnée par Aulu-Gelle :

  • Aulu-Gelle, N. A. 2, 26, 12 :
    Flauus’ contra uidetur e uiridi et rufo at albo concretus ; sic ‘flauentes comae’ et, quod mirari quodam uideo, frondes olearum a Vergilio ‘flauae’ dicuntur.
    « Flauus au contraire paraît formé de vert, de rouge et de blanc ; ainsi Virgile dit flauentes comae, « cheveux blonds », et, ce qui étonne certains, je le constate, il qualifie de flauae, blonds, les feuillages des oliviers. » (traduction R. Marache, 1967, CUF).

En allant du jaune clair à une nuance proche du rouge en passant par le gris-vert doré (J. André, 1949, 132), le spectre chromatique couvert par le latin flauus est large et ne correspond pas à celui du fr. jaune. Sur ce plan-là comme sur d’autres, les représentations des couleurs données par les deux langues ne coïncident pas (voir M. Fruyt, 2006, 29-30).


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