fĕrē, fermē

(adverbes)



§ 5. Situation du lexème dans le système du lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème

Une analyse de ferme et, plus encore, de fere est difficile en synchronie. En effet, on s’attend à ce que ces deux adverbes en -e long, fere et ferme, soient dérivés d’adjectifs de la première classe, comme recte l’est de rectus. Mais ce rattachement fait problème et les interprétations synchroniques des auteurs latins n’apportent aucun éclaircissement.

5.2. Réflexions métalinguistiques des auteurs latins

Varron est le seul à évoquer ferme, dont il dit seulement que fere l’a remplacé (Ling. 7, 92, cf. ci-dessus). Le même Varron fait venir fere et ferme de ferre, “porter” :

  • Varr. Ling. 7, 92 : utrumque (=fere et ferme) dictum a ferendo, quod id quod fertur est in motu atque aduentat.

Priscien fait venir fere de ferus, “sauvage” ou “animal sauvage” (GLK III, 68, 23), tout en notant une discontinuité sémantique :

  • Priscien GLK III, 71, 8 : sciendum tamen quod quaedam aduerbia non plane seruant significationem, quae in nominibus est, a quibus deriuantur, ut ferus fere, sanus, sane, sensus, sensim.

ce qui ne l’empêche pas d’imaginer une solution fantaisiste :

  • Priscien GLK III, 71, 10 : ‘fere’ (…) pro ‘iuxta’, quod celeribus omnia iuxta sunt.
    « fere, “presque”, pour iuxta, “à proximité”, parce que pour ceux qui sont rapides1), tout est à proximité ».

Même s’il y a une part de vérité dans l’étymologie de Priscien (cf. ci-dessous), aucune des deux explications n’est satisfaisante et l’on peut dire que fere et ferme sont immotivés en synchronie.

5.3. Famille synchronique du terme

Les adverbes fere, ferme sont isolés dans le lexique latin.

5.4. Relations avec les autres lexèmes

Il y aurait lieu de faire une étude comparative des adverbes qui sont des parasynonymes de fere et ferme, tels que :

- circiter, plus minus (plus aut minus) et quasi, “environ”, “à peu près”, ainsi que paene (étudié par A. Bertocchi2)) et prope, “presque”, pour l’adverbe de constituant,

- mais aussi de plerumque, “ordinairement”, pour l’adverbe d’énoncé.

Une autre étude comparative pourrait porter :

- sur subtiliter, recte, “précisément”, “exactement”, comme antonymes de fere ou ferme, “environ”, “à peu près”,

- et sur omnino (selon une suggestion d’A. Orlandini3)), plane, perfecte, “complètement”, “tout à fait”, comme antonymes de fere ou ferme, “presque”.

Mais on ne voit guère quel antonyme de fere ou ferme, “en général”, “ordinairement”, on pourrait retenir.

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1) G. Bannier, auteur de l’article FERE du T.L.L., glose ainsi celeribus (T.L.L. VI, 492, 66): ”(sc. quadrupedibus, i. feris)”.
2) A. Bertocchi : “Some Semantic and Pragmatic Properties of paene”, in Akten des VIII. internationalen Kolloquiums zur lateinichen Linguistik, A. Bammesberger und F. Heberlein (éd.), Heidelberg, Winter, 1996, p. 457-472.
3) A. Orlandini : Grammaire fondamentale du latin, VIII, Négation et argumentation en latin, Louvain-Paris, Peeters, 2001, p. 233 : “dans un énoncé positif, omnino signale la réalisation complète de la prédication”.