fĕrē, fermē

(adverbes)



§ 3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

Fere et ferme sont employés à peu près également chez les auteurs archaïques, mais fere est ensuite plus fréquent, tandis que ferme se raréfie après l’époque cicéronienne. Selon Varron, fere a remplacé ferme. En effet, citant une occurrence de ferme dans un vers de Naevius, Varron commente (Ling. 7, 92) : ferme’ dicitur quod nunc ‘fere. Aucun des deux adverbes n’a de comparatif, ni de superlatif.

3.0.1. Première occurrence

La première occurrence de ferme se trouve dans le fragment de Naevius (Trag. 56) cité et commenté par Varron (Ling. 7, 92) : circumueniri uideo<r> ferme iniuria. Plaute offre les premières occurrences de fere.

3.0.2. Fréquence d’emploi

On peut parler d’une assez faible fréquence pour ferme (à peu près trois colonnes dans l’article ferme du T.L.L., VI, 521, 47-524, 39) et d’une fréquence élevée pour fere (presque neuf colonnes dans l’article fere du T.L.L., VI, 491, 72-500, 55). Dans ce dernier article (492, 15-55), un tableau comparatif du nombre d’occurrences de fere et de ferme, chez les différents auteurs, permet de se faire une idée de leur importance respective.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

3.1. Distribution diachronique

Si fere est attesté dans toute la latinité, ferme, aussi fréquent que fere chez les auteurs archaïques, disparaît presque après l’époque cicéronienne, sauf chez certains historiens (Tite-Live, Velléius, Tacite) et chez des auteurs archaïsants du +IIe siècle apr. J.-Ch. (Aulu-Gelle et Apulée). Ni fere, ni ferme n’ont de postérité dans les langues romanes.

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Le D.E.L.L. leur consacre un seul article, p. 226A, de même que l’O.L.D., p. 685C-686A.

Si, après l’époque classique, ferme est presque absent de la poésie (alors que Lucrèce offre encore 5 ferme pour 8 fere), fere n’y est pas beaucoup plus attesté, si l’on en croit le tableau comparatif donné dans l’article fere du T.L.L. : c’est que le type d’emploi le plus fréquent pour les deux adverbes, qui les associe à l’indication de données précises, souvent chiffrées, correspond plus à ce que l’on rencontre en prose, notamment dans des traités de rhétorique (Cicéron, Quintilien), chez les historiens (César, Tite-Live), ou chez les auteurs techniques (Celse, Columelle, Pline l’Ancien).

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

L’article consacré à fere et ferme dans EM, D.E.L.L. (p. 226A) voit un provincialisme dans l’emploi fréquent de ferme chez Tite-Live. Ne serait-ce pas plutôt une recherche d’archaïsme ?

3.4. Distribution par auteur, par oeuvre