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lestrade
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desiderio
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-<html><div class="titre">fēmĭna, -ae (f.)</div></html> \\  <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html> +<html><class="lestitres">fēmĭna, -ae (f.)</p></html> <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html> 
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 ====== 4.2. Description des emplois et de leur évolution: exposé détaillé ====== ====== 4.2. Description des emplois et de leur évolution: exposé détaillé ======
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-Si l’on trouve à toutes les époques //f////ē////mina// pour un animal femelle, en revanche l’emploi de l’opposition //f////ē////mina vs  mās // pour des végétaux est restreint aux textes traitant de botanique (essentiellement Pline l’Ancien). Selon la conception antique de la botanique, on peut, par métaphore, avoir de telles dénominations binaires pour marquer la différence entre deux plantes considérées comme deux variétés de la même espèce. Le trait saillant extralinguistique justifiant ces dénominations est souvent (mais non exclusivement) la différence de taille, la plante dite « mâle » étant d’une grosseur supérieure à la plante correspondante dite « femelle »((J. ANDRE 1985, //passim//.)). Ainsi, au sein de l’espèce //harundo Indica// « bambou » (littéralement « roseau de l’Inde »), Pline l’Ancien mentionne-t-il que les Indiens distinguent deux sous-espèces, l’une « mâle » et l’autre « femelle » :+Si l’on trouve à toutes les époques //f////ē////mina// pour un animal femelle, en revanche l’emploi de l’opposition //f////ē////mina vs  mās // pour des végétaux est restreint aux textes traitant de botanique (essentiellement Pline l’Ancien). Selon la conception antique de la botanique, on peut, par métaphore, avoir de telles dénominations binaires pour marquer la différence entre deux plantes considérées comme deux variétés de la même espèce. Le trait saillant extralinguistique justifiant ces dénominations est souvent (mais non exclusivement) la différence de taille, la plante dite « mâle » étant d’une grosseur supérieure à la plante correspondante dite « femelle »((<html><a href=":dictionnaire:femina8#J. ANDRE 1985">J. ANDRE 1985</a></html>, //passim//.)). Ainsi, au sein de l’espèce //harundo Indica// « bambou » (littéralement « roseau de l’Inde »), Pline l’Ancien mentionne-t-il que les Indiens distinguent deux sous-espèces, l’une « mâle » et l’autre « femelle » :
  
  
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-    * Pl. //Truc//. 131-132 : \\ **//Mala // ** //tu // **//femina//**//s : oles eam unde es disciplinam. // \\ //Manifesto mendaci, // //mala, teneo te.// \\ « **Coquine ** que tu es ; tu as bien l’odeur de ton métier. Je te prends en flagrant délit de mensonge, coquine ! » (traduction A. Ernout, 1938, CUF).+    * <html><a name="Truc.131">Pl.</a></html>  //Truc//. 131-132 : \\ **//Mala // ** //tu // **//femina//**//s : oles eam unde es disciplinam. // \\ //Manifesto mendaci, // //mala, teneo te.// \\ « **Coquine ** que tu es ; tu as bien l’odeur de ton métier. Je te prends en flagrant délit de mensonge, coquine ! » (traduction A. Ernout, 1938, CUF).
  
  
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-La date d’apparition de cette signification est incertaine : pour J.N. Adams((J.N. ADAMS (1972, 234 //sq.//).)), elle est présente dès l’époque archaïque, mais certains exemples plautiniens((Notamment //Truc//.131, cité ci-dessus.)) doivent probablement amener à nuancer cette vue. Elle est attestée de façon certaine à partir de Cicéron, qui en use dans ses discours avec une visée rhétorique((Voir F. SANTORO L’HOIR (1992)): l’intégralité du chapitre 2 est consacrée à cette question.)). Chez cet auteur, en effet, //f////ē ////mina// ne s’applique qu’aux femmes nées libres (le terme ne renvoyant jamais à une affranchie ou, //a fortiori,// à une esclave), ou à une femme appartenant à l’une des grandes familles de Rome. La naissance libre conférant en elle-même une forme de distinction sociale, l’on pourrait alors attribuer à //f////ē////mina// un sème du type /de bonne naissance/. En outre, une connotation laudative semble attachée à ce terme : les adjectifs épithètes susceptibles de qualifier le substantif //f////ē////mina// chez Cicéron sont invariablement connotés positivement, et ils sont très fréquemment au superlatif :+La date d’apparition de cette signification est incertaine : pour J.N. Adams((<html><a href=":dictionnaire:femina8#J.N. ADAMS (1972, 234 sq.)">J.N. ADAMS (1972, 234 sq.)</a></html>)), elle est présente dès l’époque archaïque, mais certains exemples plautiniens((Notamment <html><a href="#Truc.131">Truc.131</a></html>, cité ci-dessus.)) doivent probablement amener à nuancer cette vue. Elle est attestée de façon certaine à partir de Cicéron, qui en use dans ses discours avec une visée rhétorique((Voir <html><a href=":dictionnaire:femina8#F. SANTORO L’HOIR (1992)">F. SANTORO L’HOIR (1992)</a></html> : l’intégralité du chapitre 2 est consacrée à cette question.)). Chez cet auteur, en effet, //f////ē ////mina// ne s’applique qu’aux femmes nées libres (le terme ne renvoyant jamais à une affranchie ou, //a fortiori,// à une esclave), ou à une femme appartenant à l’une des grandes familles de Rome. La naissance libre conférant en elle-même une forme de distinction sociale, l’on pourrait alors attribuer à //f////ē////mina// un sème du type /de bonne naissance/. En outre, une connotation laudative semble attachée à ce terme : les adjectifs épithètes susceptibles de qualifier le substantif //f////ē////mina// chez Cicéron sont invariablement connotés positivement, et ils sont très fréquemment au superlatif :
  
  
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-Enfin, par le sème /de bonne naissance/, //f////ēmina// « dame » peut être opposé à //mulier//, qui ne porte jamais ce sème. Cicéron en tire parti dans ses discours, soulignant le contraste entre les //f////ēminae//, femmes de bien qui font d’honnêtes témoins parce que leur rang social et leur valeur morale sont reconnus, et les //mulierēs// qui sont « ignobles » au sens étymologique du terme, dont on ne sait rien et dont la parole n’est pas nécessairement digne de foi. L’opposition entre //f////ē mina//et //mulier// s’observe également en dehors des //Discours//, par exemple dans sa correspondance :+Enfin, par le sème /de bonne naissance/, //f////ēmina// « dame » peut être opposé à //mulier//, qui ne porte jamais ce sème. Cicéron en tire parti dans ses discours, soulignant le contraste entre les //f////ēminae//, femmes de bien qui font d’honnêtes témoins parce que leur rang social et leur valeur morale sont reconnus, et les //mulierēs// qui sont « ignobles » au sens étymologique du terme, dont on ne sait rien et dont la parole n’est pas nécessairement digne de foi. L’opposition entre //f////ēmina// et //mulier// s’observe également en dehors des //Discours//, par exemple dans sa correspondance :
  
  
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-Comment expliquer l’apparition d’une signification appréciative pour le terme //fēmina// ? Une telle évolution sémantique paraît surprenante dans la mesure où, d’une part, //fēmina// peut renvoyer à toute femelle animale, et que, d’autre part, les caractéristiques que la société romaine attribue traditionnellement aux femmes sont généralement connotées négativement. A. M. Martín-Rodríguez((A. M. MARTÍN RODRÍGUEZ (2001, 856).)) propose l’explication suivante : si //fēmina// est bien, à l’origine, un participe-adjectif pouvant s’appliquer à toute femelle qui allaite ses petits, son signifié serait en lien non seulement avec la notion de sexe féminin, mais aussi avec celle de procréation. Or, la procréation est sans doute l’une des plus importantes fonctions sociales de la femme romaine. Il n’est donc pas surprenant que le bon accomplissement de cette fonction soit valorisé. +Comment expliquer l’apparition d’une signification appréciative pour le terme //fēmina// ? Une telle évolution sémantique paraît surprenante dans la mesure où, d’une part, //fēmina// peut renvoyer à toute femelle animale, et que, d’autre part, les caractéristiques que la société romaine attribue traditionnellement aux femmes sont généralement connotées négativement. A. M. Martín-Rodríguez((<html><a href=":dictionnaire:femina8#A. M. MARTÍN RODRÍGUEZ (2001, 856).">A. M. MARTÍN RODRÍGUEZ (2001, 856).</a></html>)) propose l’explication suivante : si //fēmina// est bien, à l’origine, un participe-adjectif pouvant s’appliquer à toute femelle qui allaite ses petits, son signifié serait en lien non seulement avec la notion de sexe féminin, mais aussi avec celle de procréation. Or, la procréation est sans doute l’une des plus importantes fonctions sociales de la femme romaine. Il n’est donc pas surprenant que le bon accomplissement de cette fonction soit valorisé. 
  
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