fēmĭna, -ae (f.)

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

3.0.1. Première occurrence dans les textes ou inscriptions

Les premières occurrences de fēmina apparaissent dès l’époque archaïque, chez Plaute ; il a dès cette époque le sens double de « femme » (être humain de sexe féminin) et de « femelle » (animal de sexe féminin). Lorsqu’il signifie « femelle », il est souvent employé comme déterminant d’un substantif, comme dans le second exemple ci-dessous avec musca femina « mouche femelle ». Il entre souvent en opposition avec masculus, mas « mâle, être humain masculin », comme on le voit dans le premier exemple, où il a le sens de « femme » :

  • Pl. Cist. 705 :
    - Quis me reuocat ? - Bona femina et malus masculus uolunt te.
    « - Qui m’appelle ? – C’est une honnête femme et un mauvais garçon qui ont deux mots à te dire. » (traduction A. Ernout, 1935, CUF)
  • Pl. Truc. 283-284 :
    Quas tu mulieres
    mihi narras, ubi musca nulla feminast in aedibus ?

    « De quelles femmes me parles-tu ? On ne trouverait pas même une mouche femelle dans toute la maison. » (traduction A. Ernout, 1940, CUF)

3.0.2. Fréquence d’emploi

Fēmina est un lexème fréquent, largement attesté durant toute la latinité, depuis Plaute jusqu’aux textes chrétiens. Il est polysémique (« femelle » et « femme ») ; dans sa signification « femme », il est concurrencé par mulier (cf. l’exemple précédent Pl. Truc. 283), et la préférence accordée à l’un ou l’autre des deux lexèmes par les auteurs évolue nettement au cours de la latinité.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Occurrences de fēmina Occurrences de mulier
IIIe-IIesiècle av. J.-C. 24 306
Iersiècle av. J.-C. 176 396
Iersiècle ap. J.-C. 726 377
IIesiècle ap. J.-C. 255 290
IIIesiècle ap. J.-C. 142 226
IVesiècle ap. J.-C. 607 1880
Vesiècle ap. J.-C. 1228 2446
Ensemble de la période 3158 5921

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

À l’époque archaïque et classique (du IIIe au Iersiècle av. J.-C.), fēmina est un terme de très faible fréquence ; il dénote usuellement une femelle, mais pour une femme, c’est presque systématiquement mulier qui est utilisé. Quand un auteur antérieur au Iersiècle ap. J.-C. emploie fēmina (plutôt que mulier), c’est toujours par souci d’« expressivité », c.-à-d. pour éviter d’employer le terme usuel et donc « banal » et attendu ; cependant, fēmina ne paraît pas lié à un niveau de langue particulier, le terme étant employé par des locuteurs de classes sociales variées et dans des tournures tant familières que recherchées. Chez Cicéron, fēmina demeure très peu attesté, mais semble avoir acquis une connotation méliorative et s’être restreint à un niveau de langue élevé, tandis que mulier serait neutre et appartiendrait au registre courant. Pour l’ensemble de la période archaïque et classique, les donnés numériques montrent que fēmina « femme » est le terme marqué par rapport à mulier « femme », puisque fēmina porte des éléments de sens que mulier ne possède pas.

L’usage change à l’époque augustéenne : fēmina est de plus en plus employé et dépasse mulier en fréquence. Les causes de ce changement sont difficiles à déterminer ; on peut évoquer le développement de la poésie en hexamètres et pentamètres dactyliques (les formes mŭlĭĕr, mŭlĭĕrem, mŭlĭĕris etc., avec leurs 3 voyelles brèves successives, sont quasiment impossibles à utiliser dans ces mètres dactyliques). Elle aurait favorisé la généralisation de l’usage de fēmina en poésie, puis l’influence du lexique poétique sur la prose de la même époque.

Mais, fait singulier, cette évolution ne se poursuit pas : dès le IIesiècle ap. J.-C., mulier redevient le terme le plus employé dans les textes latins et le reste au moins jusqu’au Vesiècle. Il semble que, durant la période post-classique et tardive, mulier soit employé là où la prose écrite reste relativement proche de la langue parlée (par exemple chez Pétrone ou dans les Sermons d’Augustin), mais que fēmina apparaisse dans les textes de niveau de langue plus élevé (textes poétiques ou scientifiques ; chez Augustin, quand il cite des passages biblique1).

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

3.4. Distribution par auteur

Les données ici rassemblées sont issues de la base de données CLCLT-5 ; outre le recensement effectué pour le lexème fēmina, le nombre d’occurrences de mulier est donné à titre de comparaison, afin de mesurer les préférences linguistiques des différents auteurs concernant le choix entre ces deux para-synonymes. Comme fēmina signifie à la fois « femelle » et « femme », il n’est pas le synonyme de mulier dans toutes ses occurrences, ce qui gêne notre appréciation pour l’évolution diachronique des préférences linguistiques dans le choix entre mulier et fēmina « femme »2).

Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Plaute
fēmina 18
mulier 279

Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Térence Caton
fēmina 1 2
mulier 60 4

Période III. Cicéron, la fin de la République (80-43 av. J.-C.)

Cicéron César Salluste Varron Lucrèce Catulle
fēmina 42 3 0 40 6 4
mulier 238 10 10 34 6 6

Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (de 43 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.)

Virgile Horace Ovide Tite-Live Vitruve
fēmina 10 5 94 65 3
mulier 1 13 6 73 3

Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Sénèque Lucain Celse Columelle Pline l’Anc. Pétrone Quinte-Curce Val.-Max.
fēmina 68 3 36 64 352 12 31 37
mulier 6 0 30 12 167 33 2 22

Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C.)

Quintilien Tacite Pline le Jeune Stace Juvénal Martial
fēmina 19 100 19 3 9 8
mulier 21 20 4 0 6 1

Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Apulée Suétone Aulu-Gelle
fēmina 40 27 24
mulier 104 14 58

Période VIII. Tertullien et l’Histoire Auguste : des Sévères à Constantin (193-337)

Tertullien Minucius Félix Arnobe Histoire Auguste Cyprien Lactance
fēmina 164 1 23 23 12 51
mulier 183 1 3 63 42 48

Période IX. Du milieu du IVeau début du Ves. : de Constantin à Honorius (337-423)

Augustin Jérôme Amm. Marc. Egérie Macrobe Donat Mart. Cap. Ausone
fēmina 999 238 25 5 29 0 42 6
mulier 1717 664 15 7 22 0 4 1

Période X. Du milieu du Ve siècle à la fin du VIesiècle

Grégoire de Tours Priscien
fēmina 7 21
mulier 87 35


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2) À titre indicatif, les séquences de la recherche sont, pour femina : femin* #feminin* #femine* #feminal* #feminil* #feminibus #feminum, et pour mulier : mulier* #mulieros* #mulierar* #mulierc*. Cette recherche sur la base de données CLCLT-5 ne peut se prétendre exacte, étant donné l’homographie entre fēmină et fēminā (nom. et abl. sg de fēmina, -ae, F. « femme ») d’une part, et, de l’autre, fĕmina (nom.-acc. pl. de fĕmen, -inis ou fĕmur, gén. femoris et feminis Nt. « cuisse »), ainsi que l’homographie entre fēminīs (dat.-abl. pl. de fēmina, ae, F) et fĕminis (gén. sg. de fĕmen/fĕmur, Nt.).