farīna, -ae (f.)

(substantif)




5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

La formation de farīna a été évoquée en 2.3. On peut ajouter qu’il est assuré que ce lexème est dérivé du substantif far, farris qui désigne une sorte de blé, épeautre ou amidonnier. L’hypothèse de la substantivation d’un ancien adjectif de relation se heurte au fait que cet adjectif *farīnus, - a, - um n’est pas attesté moyen du suffixe -īna. Mais cela ne serait pas rédhibitoire s’il entrait dans un schéma dérivationnel attesté en latin. Or les adjectifs latins en -inus dérivés de noms de végétaux ont normalement un i bref et n’ont pas une valeur générique1) : équivalant aux adjectifs grecs en -ινος, ils dénotent, plutôt que l’appartenance, une ressemblance avec le phytonyme désigné par la base. Ainsi cerasinus signifie « qui a la couleur de la cerise » et crocinus, « qui a l’odeur ou la couleur du crocus ».

Farīna entre mieux dans le groupe des substantifs féminins en -īna à valeur collective dénotant une quantité globalement conçue de ce que désigne la base2) comme porrīna « champ planté de poireaux » ou rapīna « champ de raves » attestés dès Caton selon un modèle dérivationnel hérité de l’indo-européen si l’on considère les correspondants des langues balto-slaves et indo-iraniennes3) mais encore cēpīna « champ d’oignons » ou nāpīna « champ de navets » qui apparaissent chez Celse. Agnīna « viande d’agneau », porcīna « viande de porc » et aussi pruīna « gelée blanche, tas de gel » appartiennent au même ensemble.

5.2. « Famille » latine du terme et dérivés de //farīna//

Comme sa base far, farīna appartient au vocabulaire commun mais est particulièrement fréquent dans les vocabulaires techniques de l’agriculture et de la médecine. Certains dérivés de far ont aussi connu des emplois particuliers dans la langue des institutions religieuses et politiques. On notera le terme confarreatio, nom du mariage scellé par un sacrifice comportant entre autres l’offrande d’un pain (fait avec de la farine de céréales) à Jupiter.

Mais par son sémantisme premier, qui demeure le plus fréquent, farīna est à rapprocher de verbes comme molere « moudre », pinsere «  piler », subigere « pétrir », terere « broyer ».

Farīna est un lexème bien ancré dans le vocabulaire fondamental du latin et productif tout au long de la latinité. Il a servi de base à plusieurs dérivés comme farīnārius employé dès Caton comme adjectif et connu depuis la loi salique comme substantif au sens de « meule » ou « moulin ». D’autres adjectifs sont plus récents comme farīnāceus (ou farīnācius) “de farine” qui se trouve chez Ambroise et Jérôme ; farīnātus employé dans l’Itala a sensiblement le même sens. Farīnulentus attesté chez Apulée partage avec farīnōsus que l’on rencontre chez Chiron le sens de “qui a l’aspect de la farine”. Enfin la Vulgate et la littérature chrétienne présentent le diminutif farīnula.

5.3. Associations avec d’autres lexèmes latins

Farīna est fréquemment précisé par des adjectifs de relation qui indiquent la nature de la céréale, du végétal ou du minéral mis en poudre : auenacea « d’avoine », eruea « de lentille », fabacea « de fève », frumentacea « de blé », hordeacea « d’orge », puluerea « de poussière » (farine fine), siliginea « du plus pur froment » (fleur de farine), triticea « de froment ». Par ailleurs, les adjectifs qui qualifient farīna dans son acception première ou dans ses acceptions métonymiques évoquent son aspect, sa couleur ou ses qualités physiques ou axiologiques, inhérentes ou occasionnelles. Les plus fréquents sont arida « desséchée », calida « chaude », cana, candida « blanche », decocta « réduite par la cuisson », dulcis « douce », minuta « réduite », solida « solidifiée », subtilis, tenuis « fine ».


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1) Cf. Kircher-Durand Chantal (éd.), 2002, 139-143.
2) Cf. Kircher-Durand Chantal (éd.), 2002, 128-130.
3) L’existence de formes lituaniennes comparables aux latines a été soulignée dès K. Brugmann 1906, Grundriss II, 1, §189, p. 174 ; J. Lowell-Butler 1971 ( 10-21) a étudié de près ces données lituaniennes. Les collectifs indo-iraniens comme skr. maugdīna- “champ de haricots” sont cités dans l’Altindische Grammatik de J. Wackernagel et A. Debrunner éd. 1957 (II, 2, § 266 a, 433-434).