farīna, -ae (f.)

(substantif)




4.2. Description des emplois et de leur évolution: exposé détaillé

A. Sens premier : « poudre obtenue à partir de grains de céréales écrasés»

A.1. Emploi absolu du terme comme générique

Nous citerons Caton à la période archaïque :

  • Cat. De agricultura 74 : Panem depsticium sic facito… ; farinam in mortarium indito, aquae paulatim addito, subigitoque pulchre.
    « Faîtes ainsi le pain depsticius…Mettez la farine dans le mortier, ajoutez de l’eau peu à peu et mélangez bien. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne légèrement remaniée)1)

A.2. Emploi dans un syntagme nominal comportant le substantif //farīna// déterminé par un adjectif de relation dérivé du nom d’une céréale particulière ou par le génitif de ce substantif précisant l’identité de la céréale utilisée.

Dans des textes traitant de l’agriculture,  on trouve ainsi chez Varron, avec un adjectif :

  • Varr. R. 2, 5,17 : Semestris uitulis obiciunt furfures triticios et farinam hordeaceam et teneram herbam et ut bibant mane et uesperi curant
    « Aux veaux de six mois, on donne du son de froment et de la farine d’orge, de l’herbe tendre et on veille à ce qu’ils boivent matin et soir. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne légèrement remaniée)

et, avec un génitif, chez Columelle dans un passage concernant les agneaux :

  • Col. Rust. 7, 3, 19 : Qui (sc. agni) cum firmi esse coeperunt, pascendi sunt intra stabulum cytiso uel Medica, tum etiam furfuribus aut, si permittit annona, farina hordei uel erui
    « Lorsqu’ils ont commencé à prendre de la vigueur, on doit les (= les agneaux) nourrir à l’étable avec du cytise ou de la luzerne, ou même avec du son et, si la récolte de l’année le permet, avec de la farine d’orge ou d’ers. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne légèrement remaniée).

On remarque ici que, dans l’alimentation des animaux, céréales et légumineuses sont associées à titre d’alternative. Dans les préparations médicales ou cosmétiques, des poudres de diverses origines sont souvent mêlées.

S’agissant de médecine, avec un adjectif, on peut citer Pline évoquant l’une des aurones, plantes médicinales :

  • Plin. H.N. 21, 161 : Concoquit panos cum farina hordeacia.
    « Avec la farine d’orge, elle mûrit les tumeurs. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne)

ou encore, à propos des oignons, cepae :

  • Pline H.N. 20, 39 : Coctam in cinere et epiphoris multi inposuere cum farina hordeacia et genitalium ulceribus
    « Cuit sous la cendre, beaucoup l’ont appliqué (sc. l’oignon), avec la farine d’orge sur les épiphores2) et sur les ulcérations des parties génitales. »

Pline fournit aussi plusieurs exemples de syntagmes comportant farīna accompagné d’un génitif déterminatif dans des préparations à usage médical ou cosmétique. On citera un passage traitant de la rave sauvage, siluestre rapum Nt. :

  • Plin. H.N. 20, 20 : Hoc ad leuigandam cutem in facie totoque corpore utuntur mixta farina pari mensura erui, hordei et tritici et lupini.
    « On l’emploie pour rendre unie la peau du visage et de tout le corps dans une farine où ont été mêlés en quantités égales ers, orge, blé et lupin. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne remaniée)

B. Par extension métonymique

B.1. « Pâte obtenue en mélangeant cette poudre avec de l’eau »

C’est le type de pâte utilisé en pâtisserie comme dans ce passage de Pétrone :

  • Pétr. Satiricon 33, 6 : Ouaque ex farina pingui figurata pertundimus.
    « et nous trouons nos œufs qui étaient faits en pâtisserie. » (traduction A. Ernout, C.U.F.), littéralement « modelés avec une pâte épaisse ».

B.2. En particulier, « glu »

En particulier, « glu », « colle faite avec de la farine » comme chez Pline, qui termine le chapitre sur l’utilisation de la farine d’orge en médecine, sous forme de bouillie ou d’emplâtre, par cette indication :

  • Plin. H.N. 22, 127 : Farina, qua chartae glutinantur, sanguinem excreantibus datur tepida sorbenda efficaciter.
    « La pâte à coller le papyrus prise tiède est bonne pour l’hémoptysie » (traduction de l’Itinera electronica en ligne), littéralement, «  la ‘farine’ avec laquelle sont collés les papyrus, à absorber tiède, se donne avec succès aux personnes qui crachent du sang. »

C. Par modification du contenu sémantique

C.1. « Poudre obtenue à partir de fruits de légumes secs - assimilables à des grains - écrasés», extension (métaphorique ?).

Dans cet emploi, farina est attesté dans des textes relatifs à l’agriculture et à l’alimentation. La farine de lentille et celle de fève sont fréquemment citées. Ainsi Caton donne-t-il une recette pour rendre doux un vin dur (Vinum asperum lene fieri), utilisant entre autres de la farine de lentille :

  • Cat. Agr. 109 : Vinum asperum quod erit, lene et suaue si uoles facere, sic facito. De eruo farinam facito lib. IV et uini cyathos IV conspergito sapa. Postea facito laterculos. Sinito combibant noctem et diem. Postea commisceto cum eo uino in dolio, et oblinito post dies LX. Id uinum erit lene, et suaue, et bono colore, et bene odoratum.
    «  Si tu veux rendre un vin sec doux et suave, fais cette préparation : prépare quatre livres de farine de lentille et recouvre-les d’une décoction de quatre cyathes de vin. Ensuite, fais-en des petits pâtés. Laisse-les macérer une nuit et un jour. Ensuite mélange <cette préparation> avec le vin <sec> dans un tonneau et tiens-le fermé au moins soixante jours. Ce vin sera doux et agréable au goût, de belle couleur et de bon arôme. »

Le traité de médecine de Celse mentionne aussi l’emploi de farine de lentille ou de fève et d’autres plantes légumineuses :

  • Cels., 5, 28, 19 : Deinde in balneo super uitliginem inspergunt farina<m> ex faba, tum haec inducunt.
    «  Puis dans le bain, on répand de la farine de fève sur le mal, après quoi l’on fait usage du topique. » (traduction de Philippe Remacle dans l’Itinera electronica en ligne).

Il s’agit de traiter les taches (uitligo, -inis) mélaniques et le remède topique est une préparation à base de soufre, d’alun, de nitre, de myrte sec et de vinaigre.

C.2. « Poudre obtenue à partir de divers végétaux utilisés dans l’alimentation ».

Cet emploi est attesté dans des textes relatifs à l’alimentation des animaux comme dans ce passage de Varron qui indique comment engraisser les poules :

  • Varr. R. 3, 9, 20 : Ex iis euulsis ex alis pinnis et e cauda farciunt turundis hordeaceis partim admixtis farina lolleacia aut semine lini ex aqua dulci.
    «  Après leur avoir arraché les plumes des ailes et de la queue, on leur donne en abondance des boulettes faites avec de la farine d’orge à laquelle on peut ajouter aussi de la farine d’ivraie ou de la graine de lin pétrie dans de l’eau tiède. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne remaniée).

Dans le domaine médical, on citera encore Pline l’Ancien, qui, dans un chapitre sur les myrtes, après avoir évoqué les vertus des baies, mentionne celles des feuilles :

  • Plin. H.N. 23, 161 : Foliorum arentium farina sudores cohibet inspersa uel in febri.
    « La poudre des feuilles sèches jetée sur le corps arrête les sueurs, même dans la fièvre. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne).

C.3. « Poudre obtenue à partir de divers minéraux ».

Cet emploi de farina ne concerne que les textes traitant de médecine ou de cosmétique. On l’illustrera par un passage de Pline l’Ancien dans un chapitre sur les morsures de serpent :

  • Plin. H.N. 28, 40 : Serpentium uero ictum contusi dentis humani farina
    «  Une dent humaine réduite en poudre <littéralement, « la poudre d’une dent humaine broyée »> est un antidote contre la morsure des serpents. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne).

Dans la préparation des remèdes et onguents, sont souvent mélangées (avec un liant qui est le plus souvent l’eau mais parfois un autre liquide, huile ou miel par exemple) des substances de nature différente : céréales, autres végétaux et minéraux préalablement réduits en poudre, comme on le voit dans ce passage de Celse. Ainsi se justifie l’extension des emplois de farina :

  • Celse VI, 5, 4 : In ea pares portiones <sunt> myrobalani magmatis, cretae Cimoliae subcaeruleae, nucum amararum, farinae hordei atque erui, struthi albi, sertulae Campanae seminis. Quae omnia contrita melle quam amarissimo coguntur, inlitumque <id> uespere mane <eluitur.>
    « On y fait entrer des parties égales d’extrait de myrobolanum, de terre cimolée bleuâtre, d’amandes amères, de farine d’orge et d’orobe, d’herbe à foulon blanche et de graines de mélilot. Toutes ces drogues, mêlées ensemble, sont liées avec du miel extrêmement amer ; on étend le soir sur les taches une couche de ce mélange, qu’on enlève le matin par des lotions. » (traduction de l’Itinera electronica en ligne).


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1) Sauf indication donnée entre parenthèses, les traductions sont de Chantal KIRCHER.
2) Au sens d’écoulement d’humeur ou larmoiement et non au sens rhétorique.