farīna, -ae (f.)

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

3.0.1. Première occurrence dans les textes ou inscriptions

La première occurrence du substantif fărīna se trouve dans le Truculentus de Plaute (7 occurrences), daté du début du -IIe siècle av. J.-C. (-192) :

  • Pl. Truc. 906 :
    Oleo opust, <opus est> farina ; por<ro op>us est totum diem
    « Il faut de l’huile, il faut de la farine ; bref, il faut à tout instant du jour. » (selon le texte et la traduction retenus par A. Ernout, 1961, Paris, Belles Lettres, CUF)

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences au cours de la latinité

Il s’agit d’un terme de grande fréquence, même si dans le Dictionnaire fréquentiel et index inverse de la langue latine publié en 1981 par le LASLA, ce terme ne figure qu’à la quarante-huitième page sur cent et se caractérise donc par une place médiane au sein des lexèmes latins classés par ordre de fréquence décroissante avec 5 occurrences, 2 en prose et 3 en poésie. Cela s’explique par la nature des textes lemmatisés à cette date par le L.A.S.L.A. : ni Varron, ni Columelle, ni Celse, ni Pline l’Ancien, et seulement quelques pièces de Plaute. Les renseignements aimablement fournis par Dominique Longrée en juin 2013 permettent de corriger ces données. Avec un corpus plus étendu, correspondant aux données alors disponibles dans Opera latina par le Laboratoire d’Analyse Statistique des Langues Anciennes (LASLA), on dénombre 20 occurrences, 16 en prose à savoir : 14 dans le De Agricultura de Caton, 1 chez Sénèque (dans les Lettres à Lucilius), 1 chez Pétrone  ainsi que 4 en poésie, 1 chez Juvénal, 2 chez Perse et 1 chez Ovide, mais il faut souligner qu’il s’agit dans ce dernier cas d’une œuvre « technique », les Medicamina Faciei Femineae, 61.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

La rareté des emplois de fărīna au pluriel se justifie pour un nom de matière, normalement non-comptable et pourvu d’un sème de collectif (excluant a priori l’expression d’un pluriel adapté à des unités individualisées) dénoté par le suffixe -īna. Ce n’est que dans des acceptions secondaires, telles que « type de farine, ingrédient, pâte, glu » qu’un pluriel est envisageable.

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

La rareté des emplois de fărīna au pluriel se justifie pour un nom de matière, normalement non-comptable et pourvu d’un sème de collectif (excluant a priori l’expression d’un pluriel adapté à des unités individualisées) dénoté par le suffixe -īna. Ce n’est que dans des acceptions secondaires, telles que « type de farine, ingrédient, pâte, glu » qu’un pluriel est envisageable.

Période Nombre d’occurrences Fréquence relative (pour 1 000 000 mots)
IIIe-IIe siècle av. J.-C. 14 53
Ier siècle av. J.-C. 10 6
Ier siècle ap. J.-C. 269 100
IIe siècle ap. J.-C. 4 4
IIIe siècle ap. J.-C. 1 1
IVe siècle ap. J.-C. 64 10
Ve siècle ap. J.-C. 56 5
Total 418 17

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

3.2.1 Aperçu synthétique

Le substantif farīna appartient au lexique technique spécialisé et il est généralement attesté en prose. Usuel dans la langue courante quotidienne (comme le prouve le fait qu’il soit passé dans les langues romanes), il relève du vocabulaire commun fondamental dans la mesure où il dénote un élément de la nourriture des êtres humains et des animaux. Par là-même il appartient au vocabulaire technique de l’agriculture et de la cuisine. Il connaît en outre quelques emplois spécialisés, notamment dans le vocabulaire religieux, puisque, dans l’Italie antique, l’offrande de gâteaux faisait partie des sacrifices, ainsi que dans le vocabulaire médical, où la préparation des médicaments comportait souvent l’utilisation de pâtes fabriquées à partir d’ingrédients moulus en poudre, farīna.

3.2.2 Analyse détaillée des occurrences

Dès sa première attestation et jusqu’au +IIIe siècle ap. J.C., farīna est principalement employé dans des traités d’agriculture et de médecine, notamment chez Caton (De agricultura), Varron (Res rusticae), Columelle (Res rustica), Celse (De medicina). On trouve en outre 192 occurrences de ce substantif dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Il est important de noter que ce substantif n’est jamais employé chez les auteurs classiques (Cicéron, César, Salluste, Virgile), en prose comme en poésie.

Aux +IVe et Ve siècles ap. J.C., le nombre d’occurrences augmente légèrement : farīna se trouve chez les auteurs chrétiens et cette augmentation est liée à la quantité importante des textes attestés à cette époque. Parfois ces auteurs l’emploient lorsqu’ils font référence au pain et à sa fabrication, de manière littérale. Le pain, en tant que nourriture essentielle, est fréquemment cité dans l’Ancien Testament. Mais la plupart du temps, les exégètes commentent des passages de la Bible où farīna est utilisé de manière métaphorique. Augustin cite, par exemple, la parabole biblique du levain dans le Tractatus in Iohannis evangelium :

  • Tractatus in Iohannis evangelium, 9, 17, 12 : unde dominus ait : simile est regnum caelorum fermento, quod accepit mulier et abscondit in farinae mensuris tribus, quoadusque fermentaretur totum.
    « Et le Seigneur dit : le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la masse soit levée. » (traduction Janyce Desiderio)

Cette allégorie, métaphore de l’église, se retrouve, en effet, dans deux Evangiles :

  • Matthieu, 13, 33 : aliam parabolam locutus est eis simile est regnum caelorum fermento quod acceptum mulier abscondit in farinae satis tribus donec fermentatum est totum ;

et

  • Luc, 13, 21 : simile est fermento quod acceptum mulier abscondit in farinae sata tria donec fermentaretur totum.

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

3.4.1 Aperçu synthétique

Le substantif farīna se trouve surtout dans les traités techniques de Caton, Varron, Columelle traitant de l’agriculture, de l’élevage, de la viticulture, ainsi que dans les traités de médecine de Celse et des autres spécialistes de cette science. Pline l’Ancien également, dans son encyclopédie, rassemble des données sur l’alimentation des animaux ainsi que la préparation de remèdes et d’onguents cosmétiques.

A part cela, dans la littérature générale, on trouve fărīna chez Juvénal (1 occurrence), Perse (2 occurrences), Pétrone (1 occurrence), Sénèque (1 occurrence dans les Lettres à Lucilius). Ovide emploie ce terme dans une œuvre « technique », les Medicamina Faciei Femineae, 61.

3.4.2. Analyse détaillée des occurrences

La fréquence relative des occurrences est la plus haute chez Caton (811 / 1 000 000), et reste élevée chez Pline l’Ancien (473) ou Celse (346).

L’absence du substantif farīna chez Cicéron et les autres auteurs classiques est significative de son caractère spécialisé.

Enfin, son emploi chez les auteurs chrétiens, bien que notable, ne semble pas être majeur (fréquence relative chez Augustin : 5).

• Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Plaute
1

• Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Térence Caton (Agr.)
0 13

• Période III. Cicéron : la fin de la République

Cicéron César Varron (R.R.) Salluste
0 0 3 0

• Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (43 av. JC-14 ap. JC)

Tite-Live Ovide Virgile Vitruve
0 1 0 3

• Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Pline l’Ancien Columelle Celse
192 20 35

• Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C)

Martial Juvénal
3 1

• Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Aulu-Gelle Apulée Suétone
1 1 1

• Période VIII. Tertullien et l’Histoire auguste : des Sévères à Constantin (193-337)

Tertullien Lactance
0 0

• Période IX. du milieu du IVe s. au début du Ve, l’Empire après Constantin jusqu’à Honorius (337-423)

Augustin
24



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