Différences

Cette page vous donne les différences entre la révision choisie et la version actuelle de la page.

dictionnaire:fama6 [2011/11/04 22:30]
lecaude
dictionnaire:fama6 [2014/12/17 13:21] (Version actuelle)
desiderio
Ligne 1: Ligne 1:
-<html><div class="titre">fāma, -ae (f.)</div></html> +<html><class="lestitres">fāma, -ae (f.)</p></html> <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html> 
- +\\
 ---- ----
 +\\
 +====== 6. Histoire du lexème ======
  
 +===== 6.1. Histoire et évolution des emplois au cours de la latinité ===== 
  
-**6Histoire du lexème ** +//Fama// apparaît avec toutes ses valeurs en latin préclassiqueCelles-ci perdurent ensuite, mais avec des différences de fréquence : celle de « gloire » reste globalement peu attestée. En latin tardif et en particulier chez les auteurs chrétiens, des évolutions plus importantes s’observent. Le sens de « gloire »  s’efface et le substantif est en général accompagné d’un adjectif indiquant si la réputation est bonne ou mauvaise :
  
 +  *Aug. //Ciu. // 11, 18 : […] //per gloriam et ignobilitatem, per infamiam et bonam famam// […]. \\ « […] par la gloire et l’absence de gloire, par la mauvaise réputation et par la bonne […]. »
  
-6.1. __Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois__ +Le sens de « rumeur » est bien attesté, ainsi que celui d’« histoire racontée »En revanche, le mot perd son application aux récits légendaires, désignés alors par //[[:dictionnaire:fabula|fabula]]//, qui permet d’exprimer plus précisément le caractère « a-réel » ou faux de ces récits dans la perspective des auteurs chrétiens.
  
  
-//Fama // apparaît avec toutes ses valeurs en latin préclassique. Celles-ci perdurent ensuite, mais avec des différences de fréquence : celle de « gloire » reste globalement peu attestée. En latin tardif et en particulier chez les auteurs chrétiens, des évolutions plus importantes s’observent. Le sens de « gloire »  s’efface et le substantif est en général accompagné d’un adjectif indiquant si la réputation est bonne ou mauvaise : +===== 6.2. Etymologie et origine =====
- +
- +
-Aug. //Ciu. // 11, 18 : […] //per gloriam et ignobilitatem, per infamiam et bonam famam // […]. +
- +
- +
-« […] par la gloire et l’absence de gloire, par la mauvaise réputation et par la bonne […]. » +
- +
- +
-Le sens de « rumeur » est bien attesté, ainsi que celui d’« histoire racontée ». En revanche, le mot perd son application aux récits légendaires, désignés alors par [[:dictionnaire:fabula|//fabula//]], qui permet d’exprimer plus précisément le caractère « a-réel » ou faux de ces récits dans la perspective des auteurs chrétiens. +
- +
- +
-6.2. __Etymologie et origine__  +
- +
- +
-****  +
- +
- +
-//Fāma// est un substantif dans lequel se retrouve la racine i.-e. %%*%%//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « parler », racine extrêmement bien connue dans les langues indo-européennes. En latin, cette famille est bien représentée, par des formes nominales principalement, ainsi que par un verbe primaire, //for, fārī//. C’est un verbe défectif[[:dictionnaire:1|[1]]], archaïque, qui appartient au vieux formulaire religieux et juridique, et signifie « commencer à parler, dire », avec un sens inceptif, selon P. Flobert (1975 : 51-52). //Fārī// fut inclus dans la première conjugaison à cause du /ā/ du radical. C’est une situation comparable à celle de //stā-re//, bâti sur la racine i.-e. %%*%%//steh<sub>2</sub>-//. +
- +
- +
-On pose pour l’indo-européen une racine %%*%%//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « parler », dont on trouve des produits en slave, arménien, grec, germanique : +
- +
- +
--v.-r. //baju// « je raconte », //basnĭ// « récit » ; +
- +
- +
--v.-angl. //bōian// « se vanter » ;+
  
 +//Fāma// est un substantif dans lequel se retrouve la racine i.-e. *//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « parler », racine extrêmement bien connue dans les langues indo-européennes. En latin, cette famille est bien représentée, par des formes nominales principalement, ainsi que par un verbe primaire, //for, fārī//. C’est un verbe défectif((Voir les formes attestées dans P. FLOBERT (1975, 52). La première personne du singulier *//for// n’est pas attestée dans les textes, il n’est pas sûr qu’elle existait.)), archaïque, qui appartient au vieux formulaire religieux et juridique, et signifie « commencer à parler, dire », avec un sens inceptif, selon P. Flobert (1975 : 51-52). //Fārī// fut inclus dans la première conjugaison à cause du /ā/ du radical. C’est une situation comparable à celle de //stā-re//, bâti sur la racine i.-e. *//steh<sub>2</sub>-//.
  
 +On pose pour l’indo-européen une racine *//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « parler », dont on trouve des produits en slave, arménien, grec, germanique : \\
 +-v.-r. //baju// « je raconte », //basnĭ// « récit » ; \\
 +-v.-angl. //bōian// « se vanter » ; \\
 -arm. //bay// « inquit », //ban// « discours », //bay// « parole ». -arm. //bay// « inquit », //ban// « discours », //bay// « parole ».
  
 +Cette racine *//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « parler » est homonyme de *//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « montrer, manifester, mettre en lumière », qu’on retrouve dans les formes grecques φάος (> att. φῶς), φαίνω. Les deux racines n’en faisaient probablement qu’une à l’origine, le sens de « parler » provenant de celui de « mettre en lumière, expliquer, exposer ». Le grec est la seule langue qui présente à la fois les deux emplois de la racine.
  
-Cette racine %%*%%//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « parler » est homonyme de %%*%%//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>-// « montrermanifestermettre en lumière »qu’on retrouve dans les formes grecques φάος (> attφῶς)φαίνωLes deux racines n’en faisaient probablement qu’une à l’originele sens de « parler » provenant de celui de « mettre en lumièreexpliquerexposer ». Le grec est la seule langue qui présente à la fois les deux emplois de la racine.+En latin, presque toutes les formes reposent sur un degré plein invariable //fā-// < *//b<sup>h</sup>ā-//, y compris le participe //fātus//alors qu’on attendrait le degré zéro dans le participe en //*-to-//. Toutefoisun degré zéro se rencontre dans le dérivé //făteor//, dont la formation n’est pas claire dans le détail. Il est assez probable((C’est le point de vue retenu par MLEUMANN//Lateinische Grammatik//, 555.)) qu’il s’agisse du dénominatifavec suffixe de verbe d’état //-ē-//d’un participe ancien *//fătus//remplacé par //fātus//, sur la base normalisée //fā-//. //Făteor// serait alors comparable à //lăteō//, //lătēre//, dénominatif d’un participe *//lătus//. Un radical //făt-// se retrouve dans le nom //*infitiae//, connu exclusivement dans la locution //infitiās īre// « nier ».
  
 +//Fāma// est un dérivé très ancien, comparable au grec φήμη, dor. φᾱμᾱ. //Fāma// ne peut guère être un emprunt au grec : il s’agit soit d’un héritage commun, soit de créations parallèles. En latin, les suffixes hérités //*-mos/*-mā// ont cessé depuis longtemps d’être productifs.
  
-En latin, presque toutes les formes reposent sur un degré plein invariable //fā-// < %%*%%//b<sup>h</sup>ā-//, y compris le participe //fātus//, alors qu’on attendrait le degré zéro dans le participe en //%%*%%-to-//. Toutefois, un degré zéro se rencontre dans le dérivé //făteor//, dont la formation n’est pas claire dans le détail. Il est assez probable[[:dictionnaire:2|[2]]] qu’il s’agisse du dénominatif, avec suffixe de verbe d’état //-ē-//, d’un participe ancien %%*%%//fătus//, remplacé par //fātus//, sur la base normalisée //fā-//. //Făteor// serait alors comparable à //lăteō//, //lătēre//, dénominatif d’un participe %%*%%//lătus//. Un radical //făt-// se retrouve dans le nom //%%*%%infitiae//, connu exclusivement dans la locution //infitiās īre// « nier ». +L’osque possède des formes verbales en //faama//- qui proviennent du dénominatif d’un substantif *//faama// disparu((cf. //[[WOU]]// //s.v//. //faamat//.)) \\ 
- +//faamat // 3<sup>e</sup> sg. prst indic. \\ 
- +//faamant// 3<sup>e</sup> pl. prst indic. \\ 
-//Fāma// est un dérivé très ancien, comparable au grec φήμη, dor. φᾱμᾱ. //Fāma// ne peut guère être un emprunt au grec il s’agit soit d’un héritage commun, soit de créations parallèles. En latin, les suffixes hérités //%%*%%-mos/%%*%%-mā// ont cessé depuis longtemps d’être productifs. +//famatted//, //faamatted // 3<sup>e</sup> sg. pft indic.
- +
- +
-L’osque possède des formes verbales en //faama//- qui proviennent du dénominatif d’un substantif %%*%%//faama// disparu[[:dictionnaire:3|[3]]]: +
- +
- +
-//faamat // 3<sup>e</sup>sg. prst indic. +
- +
- +
-//faamant// 3<sup>e</sup>pl. prst indic. +
- +
- +
-//famatted//, //faamatted // 3<sup>e</sup>sg. pft indic. +
- +
- +
-Formes préfixées en //ad//- : +
- +
- +
-αfααματεδ, αfαματεδ 3<sup>e</sup>sg. pft indic. +
- +
- +
-ατfαματτεν[ς 3<sup>e</sup>pl. pft indic.+
  
 +Formes préfixées en //ad//- : \\
 +αfααματεδ, αfαματεδ 3<sup>e</sup> sg. pft indic. \\
 +ατfαματτεν[ς 3<sup>e</sup> pl. pft indic.
  
 Toutefois, le sens de ce verbe, « commander, ordonner », est assez loin de celui de lat. //fāma//. Toutefois, le sens de ce verbe, « commander, ordonner », est assez loin de celui de lat. //fāma//.
  
 +\\
 +\\
  
-**\\  **  +[[:dictionnaire:fama5|Page précédente]] ou [[:dictionnaire:fama|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:fama7|Page suivante]]
- +
- +
----- +
- +
- +
-[[:dictionnaire:1|[1]]] Voir les formes attestées dans P. FLOBERT (1975, 52). La première personne du singulier %%*%%//for// n’est pas attestée dans les textes, il n’est pas sûr qu’elle existait. +
- +
- +
-[[:dictionnaire:2|[2]]] C’est le point de vue retenu par M. LEUMANN, //Lateinische Grammatik//, 555. +
- +
- +
-[[:dictionnaire:3|[3]]] cf. //WOU// //s.v//. //faamat//. +