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fāma, -ae (f.)


6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Fama apparaît avec toutes ses valeurs en latin préclassique. Celles-ci perdurent ensuite, mais avec des différences de fréquence : celle de « gloire » reste globalement peu attestée. En latin tardif et en particulier chez les auteurs chrétiens, des évolutions plus importantes s’observent. Le sens de « gloire » s’efface et le substantif est en général accompagné d’un adjectif indiquant si la réputation est bonne ou mauvaise :

Aug. Ciu. 11, 18 : […] per gloriam et ignobilitatem, per infamiam et bonam famam […].

« […] par la gloire et l’absence de gloire, par la mauvaise réputation et par la bonne […]. »

Le sens de « rumeur » est bien attesté, ainsi que celui d’« histoire racontée ». En revanche, le mot perd son application aux récits légendaires, désignés alors par //fabula//, qui permet d’exprimer plus précisément le caractère « a-réel » ou faux de ces récits dans la perspective des auteurs chrétiens.

6.2. Etymologie et origine

Fāma est un substantif dans lequel se retrouve la racine i.-e. *bheh2- « parler », racine extrêmement bien connue dans les langues indo-européennes. En latin, cette famille est bien représentée, par des formes nominales principalement, ainsi que par un verbe primaire, for, fārī. C’est un verbe défectif[1], archaïque, qui appartient au vieux formulaire religieux et juridique, et signifie « commencer à parler, dire », avec un sens inceptif, selon P. Flobert (1975 : 51-52). Fārī fut inclus dans la première conjugaison à cause du /ā/ du radical. C’est une situation comparable à celle de stā-re, bâti sur la racine i.-e. *steh2-.

On pose pour l’indo-européen une racine *bheh2- « parler », dont on trouve des produits en slave, arménien, grec, germanique :

-v.-r. baju « je raconte », basnĭ « récit » ;

-v.-angl. bōian « se vanter » ;

-arm. bay « inquit », ban « discours », bay « parole ».

Cette racine *bheh2- « parler » est homonyme de *bheh2- « montrer, manifester, mettre en lumière », qu’on retrouve dans les formes grecques φάος (> att. φῶς), φαίνω. Les deux racines n’en faisaient probablement qu’une à l’origine, le sens de « parler » provenant de celui de « mettre en lumière, expliquer, exposer ». Le grec est la seule langue qui présente à la fois les deux emplois de la racine.

En latin, presque toutes les formes reposent sur un degré plein invariable fā- < *bhā-, y compris le participe fātus, alors qu’on attendrait le degré zéro dans le participe en *-to-. Toutefois, un degré zéro se rencontre dans le dérivé făteor, dont la formation n’est pas claire dans le détail. Il est assez probable[2] qu’il s’agisse du dénominatif, avec suffixe de verbe d’état -ē-, d’un participe ancien *fătus, remplacé par fātus, sur la base normalisée fā-. Făteor serait alors comparable à lăteō, lătēre, dénominatif d’un participe *lătus. Un radical făt- se retrouve dans le nom *infitiae, connu exclusivement dans la locution infitiās īre « nier ».

Fāma est un dérivé très ancien, comparable au grec φήμη, dor. φᾱμᾱ. Fāma ne peut guère être un emprunt au grec : il s’agit soit d’un héritage commun, soit de créations parallèles. En latin, les suffixes hérités *-mos/*-mā ont cessé depuis longtemps d’être productifs.

L’osque possède des formes verbales en faama- qui proviennent du dénominatif d’un substantif *faama disparu[3]:

faamat 3esg. prst indic.

faamant 3epl. prst indic.

famatted, faamatted 3esg. pft indic.

Formes préfixées en ad- :

αfααματεδ, αfαματεδ 3esg. pft indic.

ατfαματτεν[ς 3epl. pft indic.

Toutefois, le sens de ce verbe, « commander, ordonner », est assez loin de celui de lat. fāma.



[1] Voir les formes attestées dans P. FLOBERT (1975, 52). La première personne du singulier *for n’est pas attestée dans les textes, il n’est pas sûr qu’elle existait.

[2] C’est le point de vue retenu par M. LEUMANN, Lateinische Grammatik, 555.

[3] cf. WOU s.v. faamat.