fāma, -ae (f.)

(substantif)



4.2. Description des emplois et de leur évolution : exposé détaillé

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La notion de paroles qui se répandent est trop large pour rendre compte des différents emplois du mot dans le cadre d’une sémantique référentielle.

A. la rumeur

A. 1. « le bruit qui se répand »

Le mot désigne le bruit qui se propage ; les contextes mettent en évidence son extension dans le temps et dans l’espace.

  • Pl. Fab. inc. frag. 7 (éd. Ernout, CUF, t. 7), cité dans P. Fest. 54, 2 :
    Nullam ego rem citiorem apud homines esse quam famam reor.
    « Pour ma part je pense qu’il n’est rien de plus rapide chez les hommes que la rumeur . » (traduction P. Lecaudé)
  • Cat. Orat. fr. 8, 2 (éd. Jordan = Orat. 60 éd. Malcovati) : Rumorem, famam flocci fecit […].
    « Il ne tint aucun compte de la rumeur et de la renommée (pris dans ses mauvais comportements cachés). » (traduction J.-F. Thomas)
  • Cic. Att. 5, 19, 2 (= CUF t. 4, lettre 219) : Itineris nostri famam ad te peruenisse laetor (…).
    « Je suis heureux que le bruit de ce qu’a été mon voyage soit parvenu jusqu’à toi. » (traduction L.-A. Constans-J. Bayet, 1951, CUF)
  • Cic. Phil. 5, 26 : Minimis momentis, patres conscripti, maximae inclinationes temporum fiunt cum in omni casu rei publicae tum in bello et maxime ciuili, quod opinione plerumque et fama gubernatur.
    « Les plus petites influences, Sénateurs, amènent de très grands changements dans le cours des événements, dans toutes les vicissitudes des affaires publiques, mais surtout dans la guerre, spécialement dans la guerre civile, car, le plus souvent, c’est par l’opinion et la renommée que tout s’y détermine. » (traduction P. Wuilleumier, 1960 CUF)

Dans cet exemple, opinio représente le jugement proprement dit sur les hommes ou les événements, et fama la dynamique avec laquelle il se répand dans le corps civique, ce qui lui donne son influence déterminante (gubernatur).

  • Tac. An. 15, 4, 1 : […]acto raptim agmine […]ut famam sui praeiret.
    « […] par une marche rapide […] il voulut devancer le bruit de son approche. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Amm. 21, 3, 4 : […]mandabat, si famae solius admittenda est fides.
    « […] il lui adressait des requêtes, s’il faut ajouter foi à un simple bruit. » (traduction J.-F. Thomas)

Sémème : /rumeur/ /qui se diffuse largement parmi les hommes/

A.2. « ce qui se dit »

Assez souvent, le contexte explicite le contenu de cette rumeur hors de toute appréciation : c’est précisément ce qui fait la différence avec les applications du lexème à la bonne ou à la mauvaise réputation.

  • Ter. Hec. 218 : […] ut uos mihi domi eritis, proinde ego ero fama foris.
    « Telles que vous serez à la maison, telle sera la réputation qui s’attachera à moi au dehors. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Cic. Planc. 71 : […]fuisse in eis aliquem aut famae metum aut poenae.
    « […] ils ont éprouvé quelque crainte de l’opinion publique ou du châtiment. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Cic. Verr. 2, 115 : Faciunt hoc homines quos in summa nequitia non solum libido et uoluptas, uerum etiam ipsius nequitiae fama delectet […].
    « Voilà comment ils agissent, les hommes qui, vivant dans une profonde immoralité, prennent plaisir, non seulement à la passion et à la volupté, mais même à la renommée de leur propre immoralité […]. » (traduction H. de la Ville de Mirmont, 1923, CUF)
  • Liv. 21, 48, 10 : […]ut fama clementiae in principio rerum colligeretur.
    « […] il fallait au début de la guerre s’attirer une réputation de clémence. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Tac. An. 3, 56, 1 : Tiberius, fama moderationis parta, quod ingruentes accusatores represserat, mittit litteras ad senaum quis potestatem tribunciam Druso petebat.
    « Tibère, après avoir acquis une réputation de modération en repoussant l’assaut des accusateurs, envoie au sénat un message où il demandait pour Drusus la puissance tribunitienne. » (traduction P. Wuilleumier, 1974², CUF)
  • Tac. An. 1, 7, 7 : Dabat et famae, ut uocatus electusque potius a re publica uideretur […].
    « Il sacrifiait aussi à la rumeur en donnant l’impression d’avoir été appelé et choisi par la République […]. » (traduction P. Wuilleumier, 1923, CUF)

Sémème : /opinion collective/ /contenue dans la rumeur/ /qui se diffuse largement parmi les hommes/

Cette valeur est étroitement liée à la précédente. L’adjonction d’un sème qui est aussi le nouvel archisémème caractérise une pluralité d’acceptions par relation métonymique1).

Parfois le substantif est déterminé par un adjectif axiologique, mais il désigne toujours la rumeur et son contenu, non la réputation attachée au sujet, puisqu’il est complément d’un verbe comme diuulgari:

  • Tac. An. 12, 49, 2 : Quod ubi turpi fama diuulgatum, ne ceteri quoque ex Paeligno coniectarentur […].
    « Quand cette nouvelle fut divulguée par la rumeur hostile, afin qu’on ne juge pas de tous les autres Romains d’après Paelignus […]2). » (traduction J.-F. Thomas)

A.3. « tradition »

Fama se dit aussi d’un récit légendaire : il devient alors proche de fabula. La para-synonymie qui s’établit alors est un critère qui invite à donner à cet emploi son autonomie par rapport aux deux précédents : on sait en effet que deux significations sont distinctes si elles ont chacune un « synonyme »3).

Fama n’est cependant pas l’équivalent strict de fabula. Le premier en effet se dit en général du récit légendaire unanimement admis :

  • Cic. Tusc. 1, 28 : Ex hoc et nostrorum opinione ‘Romulus in caelo cum diis agit aeuum’, ut famae adsentiens dixit Ennius.
    « De là vient que, dans l’opinion romaine, ‘Romulus est au ciel, il passe sa vie avec les dieux’ ; ainsi s’exprime Ennius, d’accord avec la tradition populaire. » (traduction J. Humbert, 1930, CUF)
  • Cic. Nat. 3, 60 : Atque haec quidem et alia eius modi ex uetere Graeciae fama collecta sunt.
    « Ces données et d’autres du même ordre ont été rassemblées d’après une ancienne tradition de la Grèce. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Cic. Div. 1, 88 : […]Amphiaraum autem sic honorauit fama Graeciae, deus ut haberetur […].
    « Quant à Amphiaraüs, le jugement de la Grèce l’honora au point qu’on le tint pour un dieu. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Virg. En. 6, 14 : Daedalus, ut fama est, fugiens Minoia regna […].
    « On raconte que Dédale, fuyant les royaumes de Minos […] » (traduction J. Perret, 1978, CUF)

À l’inverse, pour faire référence au mythe, qui pose la question de la nature de sa vérité et qui comporte plusieurs versions, c’est fabula qui est en général employé. La différence, bien illustrée chez Cicéron et les auteurs épiques, ne s’observe cependant pas toujours chez Lucrèce, comme le montre ce passage de l’éloge d’Epicure :

  • Lucr. 1, 66-71 : Primum Graius homo mortalis tollere contra
    est oculos ausus primusque obsistere contra ;
    quem neque fama deum nec fulmina nec minitanti
    murmure compressit caelum, sed eo magis acrem
    inritat animi uirtutem […].
    « Le premier un Grec, un homme, osa lever ses yeux mortels contre elle [= la religion], et contre elle se dresser. Loin de l’arrêter, les fables divines, la foudre, les grondements menaçants du ciene firent qu’exciter davantage l’ardeur de son courage […]. » (traduction A. Ernout, 1966, CUF)

Si fama s’applique bien ici aux « fables divines », l’emploi de ce mot désignant au propre la « rumeur » est vraisemblablement dû à ce que le fabulaire entretient un lien étroit avec celle-ci dans la philosophie lucrétienne : l’inquiétude profonde des hommes devant ce qu’ils ne comprennent pas génère les légendes, mais ce tourment angoissé toujours renaissant fait s’amplifier et se propager ces récits comme par la rumeur, ainsi qu’en témoigne le combat que le philosophe doit mener (oculos tollere contra, obsistere contra). La fama est ici « la rumeur que les hommes élaborent à partir de leurs représentations illusoires et fantastiques du divin4). »

Cette valeur particulière s’intègre bien dans le sémème plus général :

Sémème : /récit/ /légendaire/ /qui se diffuse largement parmi les hommes/

Le sémème « tradition » se rattache à « ce qui se dit ». Il s’observe une certaine continuité notionnelle entre les archisémèmes /récit/ et /opinion collective contenue dans la rumeur/, en même temps que s’introduit un nouveau sème de spécialisation, /légendaire/ : il y a déplacement de sens dans le cadre d’une pluralité d’acceptions5).

A.4. « narration des faits »

Le mot s’applique aussi au récit dont l’ancrage historique est plus marqué.

  • Liv. 45, 5, 5 : Nobilis fama erat apud omnes Graeciae ciuitates Eumenis regis per Euandrum Delphis prope perpetrata caedes.
    « Toutes les cités grecques connaissent l’histoire de l’assassinat tenté et presque réussi par Evandre, à Delphes, contre le roi Eumène. » (traduction P. Jal, 1979, CUF)

Sémème : /récit/ /plus historique/ /qui se diffuse largement parmi les hommes/

Ce sémème se rattache, dans les mêmes conditions que le précédent, à « ce qui se dit ».

A.5. La dynamique de la fama

Le point commun pour plusieurs valeurs est l’idée d’une dynamique de la rumeur. C’est d’ailleurs l’un des aspects qu’illustre sa personnification en poésie :

  • Ov. Pont. 2, 1, 19-20 :
    Gratia, Fama, tibi per quam spectata triumphi
    incluso mediis est mihi pompa Getis !
    « Grâces à toi, Renommée , par qui, reclus au milieu des Gètes, j’ai vu le faste du triomphe. » (traduction J. André, 1977, CUF)

La dynamique de la fama donne toute son ampleur à la valorisation :

  • Luc. 4, 573-574 :
    … nullam maiore locuta est
    ore ratem totum discurrens Fama per orbem
    « La Rumeur, parcourant l’univers, ne célébra aucun navire d’une voix plus haute… »

En tant que force, la rumeur peut échapper à tout contrôle et progressivement se modifier, car elle relaie la malveillance :

  • Pl. Pers. 351 : Nam inimici famam non ita, ut natast, ferunt.
    « Songe que les méchants, dans les propos qu’ils répandent, dénaturent souvent la vérité. » (traduction A. Ernout, 1937, CUF)

Et, souvent, elle reste invérifiable :

  • Cic. Fam. 12, 4, 2 (= CUF t. 10, lettre 844) : Fama nuntiabat te esse in Syria, auctor erat nemo.
    « Le bruit court, sans aucun garant, que tu es en Syrie. » (traduction J. Beaujeu, 1991, CUF)

Au point d’amplifier les choses :

  • Liv. 9, 38, 9 : Ob haec etiam aucta fama […], ingens terror patres inuasit.
    « Les faits grossissant encore les bruits de la défaite, une grande crainte envahit les sénateurs. » (traduction J.-F. Thomas)

La fama, sournoise et maléfique, est d’ailleurs décrite comme un monstre :

  • Virg. En. 4, 174-175 :
    Fama, malum qua non aliud uelocius ullum :
    mobilitate uiget uirisque adquirit eundo ;
    « La Renommée , un mal plus que tout autre prompt, il prend vigueur par le mouvement et en allant acquiert des forces. » (traduction J. Perret, 1977, CUF)

B. Le fait d’être connu honorablement ou fâcheusement

B. 1. Fama appliqué à la mauvaise réputation

La dynamique incontrôlable de la rumeur fait que le mot se dit alors de la mauvaise réputation attachée au sujet dès Plaute :

  • Pl. Pers. 383-384 :
    Verum uideto, me ubi uoles nuptum dare,
    ne haec fama faciat repudiosas nuptias.
    « Mais prends garde que le jour où tu voudras me marier, cette mauvaise réputation n’éloigne les maris. » (traduction A. Ernout, 1937, CUF)

Le substantif est souvent précisé par un adjectif (mala fama en Ter. Phorm. 169, calamitosa fama en Cic. Cluent. 4) : l’on pourrait penser qu’il a toujours le sens de « rumeur » et que c’est l’adjectif qui oriente vers la valeur dépréciative. Il s’agit en fait d’une véritable signification du mot qu’actualise son emploi juxtaposé ou coordonné à des termes eux-mêmes dépréciatifs :

  • Pacuv. Tr. 71 (éd. Warmington) : Quas famulitas, uis, egestas, fama, formido, pauor.
    « Que l’esclavage, la violence, la pauvreté, la médisance , la crainte, la peur… »
  • Sall. C. 3, 5 : Ac me, cum ab relicuorum malis moribus dissentirem, nihilo minus honoris cupido eadem quae ceteros fama atque inuidia uexabat.
    « Et, tout en me refusant à suivre l’immoralité générale, j’étais tourmenté de la même soif des honneurs qui me livrait comme les autres aux attaques de la médisance et de l’envie. » (traduction A. Ernout, 1941, CUF)

À ce titre, il fonctionne comme antonyme de gloria:

  • Enn. Scaen. frg. 7 [éd. Vahlen] :
    […]summam tu tibi pro mala
    uita famam extolles et pro bona paratam gloriam.
    Male uolentes famam tollunt, bene uolentes gloriam.
    « […] La mauvaise vie te vaudra une réputation déplorable et une vie correcte, une bonne renommée : ceux qui ont des dispositions d’esprit néfastes obtiennent une mauvaise réputation; ceux qui ont de meilleures intentions gagnent une bonne réputation. » (traduction J.-F. Thomas)

Il est à noter que cette valeur n’a jamais connu de véritable développement car l’idée de mauvaise réputation est exprimée, entre autres, par famosus et infamia.

Sémème : /réputation/ /défavorable/ /qui se diffuse largement parmi les hommes/

Le sémème se rattache à « ce qui se dit » en raison d’un lien notionnel entre l’opinion collective et la réputation. Il comprend en outre un sème nouveau, axiologique. Ces deux phénomènes caractérisent une pluralité d’acceptions avec déplacement de sens6).

B.2. Fama appliqué à la bonne réputation

Corrélativement, la rumeur tient, bien sûr, un rôle non négligeable dans la gloire :

  • Cic. Inv. 2, 166 : Gloria est frequens de aliquo fama cum laude.
    « La gloire est une réputation élogieuse largement répandue, concernant une personne. » (traduction G. Achard, 1994, CUF)

Cela explique l’emploi de fama pour désigner la bonne réputation. Il est attesté dès Plaute, comme dans cet extrait des Bacchides, où le jeune homme se méfie de certaines propositions :

  • Pl. Bac. 62-64 : […]Quia istaec lepida sunt memoratui ;
    eadem in usu atque ubi periclum facias aculeata sunt,
    animum fodicant, bona destimulant, facta et famam sauciant.
    « Parce que ce que tu dis est bien doux à entendre ; mais quand on passe à l’exécution et qu’on le met en pratique, ce sont autant d’aiguilles qui vous percent l’âme, ravagent votre fortune, ruinent conduite et réputation. » (traduction P. Grimal, 1991, Gallimard)
  • Cic. Tusc. 5, 46 : Omitto nobilitatem famam que popularem stultorum inproborumque consensu excitatam.
    « Sans parler de la notoriété et de la popularité, qui sont issues d’un mouvement de l’opinion dans une foule imbécile et malhonnête. » (traduction J. Humbert, 1931, CUF)
  • Sall. C. 51, 7 : Hoc item uobis prouidendum est, patres conscripti, ne plus apud uos ualeat P. Lentuli et ceterorum scelus q uam uostra dignitas, neu magis irae uostrae quam famae consulatis.
    « A votre tour, Pères c onscrits, prenez garde que le crime de Lentulus et de ses complices ne pèse pas plus à vos yeux que le soin de votre dignité ; et n’allez pas sacrifier votre réputation à votre ressentiment. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Plin. Ep. 5, 13, 2 : […]senatoris non iam quasi de nundinis, sed quasi de gratia, fama, dignitate certantis tam pertinaciter.
    « […] un sénateur livrant une lutte si acharnée dont l’enjeu était moins le marché que son crédit, sa réputation, sa dignité. » (traduction A.-M. Guillemin, 1927, CUF)

Tous ces énoncés mettent l’accent sur l’extension de la rumeur et son caractère favorable, d’où la définition du sémème suivant :

Sémème : /réputation/ /favorable/ /qui se diffuse largement parmi les hommes/

Ce sémème se rattache, dans les mêmes conditions que le précédent, à « ce qui se dit ».

Cette bonne réputation ne comporte pas l’attachement de la vive sympathie, caractéristique de l’estime désignée par laus. Elle ne se confond pas non plus avec la valorisation prestigieuse propre à la gloire, gloria. La seconde a une supériorité intrinsèque sur la première :

  • Liv. 26, 40, 5 : Haec eius (=Muttines) gloria quia iam imperatoris quoque famae officiebat, postremo in inuidiam uertit.
    « La gloire que Muttines s’attirait portait déjà ombrage, par elle-même, à la réputation du commandant en chef, mais elle finit par engendrer chez celui-ci de la haine. » (traduction P. Jal, 1991, CUF)

Une différence s’établit aussi entre la fama gagnée chez les hommes et la gloria de la vie future chez les auteurs chrétiens :

  • Drac. Laud. 3, 469-472 :
    Sed ne forte uiris tantum data uerba putentur
    et quasi sexus iners, fragili sub corpore mollis
    laudis onus metuens, ne sit sibi fama superstes
    tormentis quaesita suis, aeterna recuset
    plurima dona Dei […].
    « Mais il ne faut pas croire que mes paroles s’appliquent seulement aux hommes, que la gent féminine, comme si un manque d’énergie et la faiblesse de son corps délicat lui faisaient redouter le poids de la gloire, poussée par la crainte que ne lui survive la renommée acquise par les tourments endurés, refuse la multitude des dons accordés par Dieu pour l’éternité. » (traduction Cl. Moussy, date, CUF)

B.3. Fama appliqué à la gloire

Contrairement à ce qu’indiquent plusieurs dictionnaires (Gaffiot, EM), fama a aussi la valeur de « gloire », et ce dès Plaute. En effet dans le Rudens, Gripus, qui se voit en général victorieux et conquérant, est sûr de fonder une ville :

  • Pl. Ru. 934a-935 :
    Ei ego urbi Gripo indam nomen,
    monimentum meae famae et factis.
    « À cette ville je donnerai pour nom Gripus , monument pour ma gloire et pour mes exploits. » (traduction J.-F. Thomas)

Le lien entre la fama et les hauts faits (factis), sa concrétisation prestigieuse à travers une cité portant le nom du général, tout cela fait de la notoriété désignée par fama une gloire. Ainsi, pour un général qui rentre en Italie chargé de victoires, Tite-Live emploie certes gloria, par exemple dans l’extrait suivant :

  • Liv. 6, 10, 6 : Ita duabus sociis urbibus ex hoste receptis uictorem exercitum tribuni cum magna gloria Romam reduxerunt.
    « Ainsi, ayant repris sur l’ennemi deux villes alliées, les tribuns ramenèrent en grande gloire leur armée victorieuse à Rome. » (traduction J. Bayet, 1966, CUF)

mais il emploie aussifama :

  • Liv. 40, 43, 4 : Q. Fuluius Flaccus ex Hispania rediit Romam cum magna fama gestarum rerum.
    « Quintus Fulvius Flaccus revint d’Espagne à Rome avec la grande gloire que lui valaient ses exploits. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Tac. H. 4, 6, 1 : Erant quibus adpetentior famae uideretur, quando etiam sapientibus cupido gloriae nouissima exuitur.
    « Il y avait des gens pour le juger trop désireux de gloire , puisque même chez les sages, le désir de gloire est celui dont on se défait en dernier. » (traduction P. Grimal, 1990, Gallimard)

Cette valeur se trouve aussi dans l’épopée. Au chant 10 de la Thébaïde, Thiodamas, inspiré par Apollon, espère convaincre les Argiens de tenter une sortie en leur donnant l’assurance qu’ils auront la fama :

  • Stat. Th. 10, 215-216 :
    Ecqui aderunt, quos ingenti se attollere fama
    non pigeat, dum fata sinunt ?
    « Y en a-t-il ici quelques-uns que de hauts exploits et une gloire immense ne laisseront pas indifférents tant que les destins le permettent ? » (traduction R. Lesueur, 1991, CUF)

Fama est alors très proche de gloria, mais il ne comporte pas le sème de point de vue /(notoriété) s’imposant à l’attention de tous/:

Sémème : /notoriété/ /qui se diffuse largement parmi les hommes/ /due à une ou des action(s) réussie(s) ou qualité(s) jugée(s) remarquable(s)/ /consistant en prestige reconnu et intense/

Par rapport au sémème précédent, « bonne renommée », il existe une continuité de la /réputation favorable/ à la /notoriété prestigieuse/ de la gloire, en même temps que de nouveaux sèmes apparaissent : c’est là une pluralité d’acceptions avec déplacement de sens7).

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1) , 5) , 6) , 7) Sur le fonctionnement de la polysémie, voir J.-F. THOMAS, « Les écarts de sens et les formes de polysémie en latin », DHELL-IV.
2) Voir aussi de même Tac. An. 11, 19, 3.
3) Voir G. KLEIBER (1999, 54).
4) A. GIGANDET (1998, 24).