fābula, ae (f.)

(substantif)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

La plupart des langues romanes ont conservé la trace de lat. fabula ou du verbe qui en est dérivé, lat. fabulari (verbe déponent ou sa variante active fabulare).

-Ainsi, le verbe « parler » de l’espagnol et du portugais est hérité de fabulare: esp. hablar, port. falar. De là, ces langues ont créé des dérivés : esp. habladuria « commérages », habladas « fanfaronnades », hablador « bavard » et port. falador « bavard ». Port. fala « parole, réplique » vient directement de lat. fabula et a donné lieu aux dérivés falaça, falaçar.

-Dans les autres langues romanes, c’est lat. parabolare, synonyme partiel de fabulari en latin au sens de « raconter des histoires » puis « parler », qui a donné le verbe « parler ».

-Toutefois, lat. fabula est conservé par anc.-fr. fable « parole, conte, bavardage », sur lequel sont créés le diminutif fablel « petit conte, fabliau (conte plaisant, en vers octosyllabes) », le terme fableau, qui existe parallèlement à la forme picarde fabliau qui s’imposera, et le verbe fabler « raconter, mentir » (attesté à partir de 1169 selon le Dictionnaire d’A. Greimas). Lat. fabulator donne le nom d’agent anc.-fr. fableor, avec les trois valeurs de « conteur », « auteur de fables » et « menteur ». Enfin, anc.-fr. fabloier signifie « bavarder, raconter des histoires ». En français moderne, seuls fable et fabliau ont été conservés, le premier ayant les sens de « récit moralisant », « récit imaginaire », « allégation mensongère », cette dernière valeur étant sans doute revivifiée par la série des créations savantes faites à partir de lat. fabula (cf. § 7.2. ).

-Fabula est enfin conservé par l’italien, dans it. favola « fable, conte, histoire, blague, comédie, roman » et son dérivé favolare « raconter ». Le substantif italien est semi-savant (DELI) et vient de la tradition scolastique (DEI). Il serait attesté à partir du XIIIe siècle selon le DELI, du XIVe selon le DEI. Il a le sens de « petite nouvelle imaginaire à but moral, dont les protagonistes sont surtout des animaux, des plantes ou des êtres inanimés » (De Mauro) et « quelque chose qui n’est pas vrai, résultat de l’imagination » (DELI). Par extension, il désigne aussi le genre littéraire de la fable (Battaglia). Il existe quelques formes anciennes et dialectales : fàula, fàola. (DEI) ; frioul. flàbe, faule, fàvule (Pirona). Mais en napolitain, on trouvecuntariéllo, cunticiéllo, cunto, stròppula, sturièlla (Altamura-D’Ascoli). Selon la BADIP, le mot est relevé surtout dans le langage de type E (échange communicatif unidirectionnel ou bidirectionnel à distance).

7.1.2. Sémantique

Ce sont essentiellement les sens A, B.2 et C qui se sont maintenus dans les langues romanes, avec des variations selon les langues. En français, le sens B.2 d’« apologue, récit moralisant » a connu une fortune importante notamment à partir du XVIIesiècle et les Fables de La Fontaine. En revanche, le sens technique de « pièce de théâtre » qu’avait le latin fabula, y compris dans la comédie Querolus et dans la comédie latine du XIIesiècle, s’est complètement perdu.

Dans les langues où fabulare a donné le verbe « parler », c’est la valeur minimale de « récit, conversation » qui a été conservée.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

7.2.1. Emprunts directs

A côté de la forme héritée fable, le français crée plusieurs lexèmes à partir de lat. fabula lui-même : fabuliste (1588) renvoie au sens technique d’« apologue » du lexème latin, tandis qu’affabulation, affabuler et affabulateur renvoient à celui de « récit mensonger ».

Quant à lat. fabula, il est en usage dans la littérature savante, par exemple dans le titre de l’ouvrage d’U. Eco, Lector in fabula, qui désigne celui qui saisit « le processus et la dynamique interne au schéma fondamental de la narration1)», ou encore dans le titre du site consacré à la recherche en littérature : www.fabula.org.

7.2.2. Emprunts indirects

C’est à partir de la famille de l’espagnol hablar qu’ont été faits les mots français hablerie (1628) et hableur (1655).




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