exercitātiō, -ōnis f.

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Exercitā-tiō est un substantif dérivé de la base exercitā- tirée du thème d’infectum du verbe exercitāre au moyen du suffixe de nom d’action féminin -tiō, -tiōn-is.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Pas d’informations pour le moment.

5.3. « Famille » synchronique du terme

Sur la même base exercitā- tirée de exercitāre furent dérivés également :

- les substantifs exercitā-tor (-tōr-is) m. « celui qui exerce », exercitā-mentum () n. « exercice », exercitā-trīx (-trīc-is) f. « la gymnastique » (Quint.) ;

- les adjectifs exercitā-tus, -a, -um (participe parfait passif du verbe adjectivisé) « agité » et « exercé, dressé », exercitā-tōrius, -a, -um « qui sert d’exercice » (tardif),exercitā-tīuus, -a, -um « pour l’exercice » (tardif) ;

- l’adverbe inusité exercitā-tē « en personne exercée ».

Les lexèmes de cette sous-famille de dérivés concurrencent ainsi les dérivés du verbe exercēre lui-même, formés sur la base de dérivation exerci-: exerci-tus, -tūs, m. « exercice » qui se spécialise dans le sens de « armée » et se voit donc remplacé par exerci-tiō, -tiōn-is, f. « exercice », exerci-tium, -iī, n. « exercice, pratique ».

5.4. Association synchronique avec d’autres lexèmes

C’est pour la valeur d’« exercice, entraînement » que les relations synonymiques sont les plus marquées. Exercitātiō désigne l’exercice spirituel comme une expérience pratique par rapport aux préceptes. Cicéron établit ainsi une prééminence de l’action :

  • Cic. Off. 1, 60 : Sed ut nec medici nec imperatores nec oratores, quamuis artis praecepta perceperint, quidquam magna laude dignum sine usu et exercitatione consequi possunt, sic officii conseruandi praecepta traduntur illa quidem ut facimus ipsi sed rei magnitudo usum quoque exercitationemque desiderat.
    « Or, de même que ni les médecins, ni les généraux, ni les orateurs, si pénétrés qu’ils soient des préceptes de leur art, ne peuvent atteindre aucun résultat digne d’un haut éloge, sans expérience ni entraînement, de même, on enseigne, bien sûr, ces préceptes de l’observance du devoir – comme je le fais moi-même – mais l’importance de la chose réclame de l’expérience et de l’entraînement »1).

Sénèque souligne que le savoir d’ordre philosophique et moral a fondamentalement besoin d’une pratique :

  • Sén. Ep. 94, 47 : Pars uirtutis disciplina constat, pars exercitatione : et discas oportet et quod didicisti agendo confirmes. Quod si est, non tantum scita sapientiae prosunt, sed etiam praecepta, quae affectus nostros uelut edicto coercent et ablegant.
    « La vertu repose en partie sur la doctrine, en partie sur la pratique. Il te faut d’une part apprendre, d’autre part confirmer par l’action ce que tu as appris. Ceci posé, non seulement les dogmes de la sagesse sont utiles, mais encore ses préceptes qui, à la manière d’un édit, contraignent et éloignent nos passions »2).

Avec meditātiō, l’information porte sur la nature de l’exercice en tant qu’il est une réflexion. Le substantif se trouve coordonné non seulement à exercitātiō, mais aussi à ratiō :

  • Cic. Tusc. 2, 41 : Tantum exercitatio, meditatio, consuetudo ualet. Ergo hoc poterit :
    “Samnis, spurcus homo, uita illa dignus locoque”
    uir natus ad gloriam ullam partem animi tam mollem habebit, quam non meditatione et ratione conroboret ?
    « Telle est la puissance de l’entraînement, de l’étude, de l’habitude. Et si “un Samnite, un vil individu, digne de cette vie et de cette condition” a tant de courage, est-ce que l’homme né pour la gloire souffrira l’existence du moindre point faible de son être moral, qu’il ne puisse fortifier par l’étude et la raison ? » (traduction J. Humbert modifiée, 2002, CUF).

Comme « effort pour assimiler, pour rendre vivant dans l’âme une idée, une notion, un principe »3), meditatio a pour synonyme commentatio et du passage précédent du Phédon se laisse rapprocher celui de Cicéron :

  • Cic. Tusc. 1, 74 : Tota enim philosophorum uita, ut ait idem, commentatio mortis est.
    « En effet, la vie entière des philosophes, comme le dit encore Platon, est une préparation à la mort. »

Par l’ensemble de ses valeurs, « exercice, entraînement », « sollicitation (éprouvante), « travail pratique », « mouvement », exercitātiō fonctionne comme le nom d’action correspondant à exercitāre, mais aussi à exercēre. En effet, les substantifs formés sur la base exerc- soit se spécialisent (exercitus « armée »), soit sont secondaires (exercitium apparaît chez Velléius Paterculus quand exercitātiō est déjà dans la Rhétorique à Hérennius), soit n’ont pas connu de développement (exercitiō).



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1) De même Cic. Ac. 1, 20.
2) De même Sen. Ep. 94, 3.
3) P. HADOT (2002,29).