exerceō, -ēre

(verbe)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Ex-ercēre est un verbe préverbé avec l’élément de relation ex-, ici dans son rôle de préverbe, qui s’ajoute devant le verbe arcēre « contenir, maintenir », le /a/ se fermant en /e/ en syllabe intérieure fermée, de manière phonétiquement attendue.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Pas d’informations pour l’instant.

5.3. « Famille » synchronique du terme

La famille d’exercēre comprend d’abord plusieurs dérivés formés sur la base exerci-:exerci-tus, -tūs, m. « exercice », qui se spécialise dans le sens de « armée » et se voit donc remplacé dans son sens premier par exerci-tiō, -tiōn-is, f. « exercice », exerci-tium, -iī, n. « exercice, pratique ».

Sur cette même base fut formé également le verbe exerci-tāre, à l’aide du suffixe verbal -tāre de fréquentatif-intensif, dont le thème d’infectum servit de base aux dérivés suivants :

- les substantifs exercitā-tiō, -tiōnis, f. « exercice », « tourment » exercitā-tor, -tōris, m. « celui qui exerce », exercitā-mentum, -ī, n. « exercice », exercitā-trīx, -trīcis, f. « la gymnastique » (Quint.) ;

- les adjectifs exercitā-tus, -a, -um (participe parfait passif du verbe éventuellement adjectivisé) « agité » et « exercé, dressé », exercitā-tōrius, -a, -um « qui sert d’exercice » (tardif),exercitā-tīuus, -a, -um « pour l’exercice » (tardif) ;

- l’adverbe inusité exercitā-tē « en personne exercée ».

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

La polysémie d’exercēre , riche de cinq valeurs assez, voire très différentes, fait que pour chacune d’elles le verbe n’a pas les mêmes synonymes, ce qui caractérise une synonymie partielle1). Mais surtout, le degré d’équivalence sémantique est variable.

La valeur A « entraîner (son corps, son âme, une capacité intellectuelle), entraîner des soldats, se livrer à un exercice spirituel » est spécifique d’exercēre : en effet, les termes qui paraissent proches présentent, en fait, une sensible nuance distinctive. Instruere signifie en effet « équiper » ; firmāre, corrōborāre et solidāre font porter l’information sur le résultat recherché (cf. firmus « ferme, solide », rōborāre « rendre robuste », solidus « solide »), mais non sur l’effort qui reste implicite ou fait l’objet d’une lexicalisation spécifique, par exemple avec labor :

  • Cic. Tusc. 2, 36 : […] corpora iuuenum firmari labore uoluerunt.
    « […] ils voulurent que les corps des jeunes gens furent fortifiés par l’exercice. »
  • Suet. Galb. 6, 3 : Veteranum ac tironem militem opere assiduo corroborauit.
    « Il endurcit vétérans et jeunes recrues en les faisant peiner sans relâche. »
  • Apul. Pl. 16 : […] exercitatione solidatos artus [].
    « […] des corps affermis par l’exercice […]. »

La valeur B « solliciter, tourmenter » est en revanche au cœur de relations synonymiques avec de nombreux verbes comme fatīgāre :

  • Lucr. 5, 1423-1424 :
    […] nunc aurum et purpura curis
    exercent hominum uitam belloque fatigant.
    « […] maintenant l’or et la pourpre tourmentent de désirs la vie des hommes et les accablent de leurs assauts. »

mais aussi uexāre,turbāre, exagitāre,sollicitāre, inquiētāre.

Quand il signifie « occuper, tenir en haleine » (C), exercēre entre en relation avec occupāre. Le champ relationnel est beaucoup plus vaste pour la valeur « pratiquer, mettre en œuvre » (D) : tractāre, adhib ē re, profit ē ri, usurpāre, ūtī. Il est en revanche moins large pour celle de « mettre en mouvement » (E) : agitāre, ciēre, mouēre.

E xercēre se trouve au cœur d’un système de relations synonymiques plus ou moins denses. L’isolement de A « entraîner » en fait une spécificité du verbe et donc corrobore sa place particulière dans le sémantisme.

Quant à exercitāre, il reste rare. Il constitue une variante stylistique chez des auteurs qui ont tendance à utiliser un vocabulaire plus neuf, plus recherché comme le Pseudo-Salluste et Tacite. Il en résulte un effet d’expressivité et un emploi en des points cruciaux de l’analyse ou du récit. Ainsi, dans la conquête de la vraie gloire aux implications si importantes lors des guerres civiles, le Pseudo-Salluste désigne par exercitātiō l’entraînement à la pratique du bien, en opposition radicale avec le souci des dépenses somptuaires, comme le souligne la place du verbe en fin de période oratoire :

  • Ps. Sall. Rep. 1, 7, 5 Neque aliter quisquam extollere sese et diuina mortalis attingere potest, nisi omissis pecuniae et corporis gaudiis animo indulgens, non adsentando neque concupita praebendo peruorsam gratiam gratificans, sed in labore, patientia, bonisque praeceptis et factis fortibus exercitando.
    « Du reste personne ne peut s’élever, ni atteindre, tout mortel qu’il est, au rang des dieux que si, renonçant à l’argent et au plaisir des sens, il se donne tout entier à cultiver son âme, s’il refuse d’obéir à ses caprices et de satisfaire ses désirs pour se procurer une popularité de mauvais aloi, mais s’il s’entraîne à l’amour du travail, à la patience, aux bons préceptes et aux belles actions » (traduction A. Ernout, 1962 , CUF).

Le verbe est en somme un terme marqué2).

Des relations d’oppositions s’établissent avec des verbes comme stare et cessarepour les valeurs de « mettre en mouvement » :

  • Sen. Q. N. 7, 24, 3 : […] quinque solas stellas esse quibus exercere se liceat, ceteras starefixum et immobilem populum.
    « […] que cinq étoiles seulement ont le droit de se mouvoir librement et que toutes les autres restent là, foule figée et immobile » (traduction P. Oltramare, 1961, CUF).

et « tenir en haleine » :

  • Col. 2, 2, 7 :
    […] hic ager siue exercetur siue cessat.
    « […] soit un champ est travaillé, soit il dépérit. »

Le sème de /mouvement/ est annulé et remplacé par celui d’/immobilité/, ce qui caractérise une antonymie d’inversion3). La valeur du sème et les relations qu’il focalise montrent que le sème de /mouvement long et intense/ est centrale dans le sémantisme d’exercēre, organisé autour de l’idée de ne pas laisser en repos.



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1) Voir Cl. MOUSSY (2010, 48-49).
2) De même Mel. 2, 5 (à propos d’Achille) ; Tac. An. 12, 12, 1 (sur la nécessité de l’ancienne discipline militaire) ; 14, 59, 2.