exāmĕn, -ĭnis (n .)

(substantif)



4.1. Résumé

A. « Essaim, troupe »

Le mot s’applique à des insectes, mais aussi à des hommes ou à des situations, faites par exemple de malheurs qui’ s’accumulent. Le contexte souligne souvent que la masse ainsi désignée est en mouvement.

  • Pl. Truc. 313-314 :
    Iam quidem hercle ibo ad forum atque haec facta narrabo seni ;
    neque istuc insegesti tergo coget examen mali
    .
    « Par Hercule ! je cours de ce pas au forum, je raconterai toutes ces choses au vieillard ; et je ne laisserai pas s’accumuler sur mon dos l’essaim de coups de bâton qui se prépare. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Cic. Har. 25 :
    Si examen apium ludis in scaenam caueamue uenisset, haruspices acciendos ex Etruria putaremus ; uidemus uniuersi repente exanima tanta seruorum immissa in populum Romanorum, saeptum atque inclusum, et non commouemur ?
    « Si un essaim d’abeilles avait envahi pendant les jeux la scène ou l’hémicycle, nous croirions devoir appeler les haruspices de l’Etrurie ; et nous voyons tous ensemble de si gros essaims d’esclaves lancés soudain contre le peuple romain, enclos et enfermés, sans nous émouvoir ? » (traduction P. Wuilleumier, 2002, CUF)
  • Tert. Pal. 2, 6 :
    Tranuolauere redundantium gentium examina : Scythae exuberant Persas.
    « Le trop-plein des populations s’envola en essaims : les Scythes gonflent la masse des Perses. » (traduction M. Turcan, 2007, CUF)

B. « Aiguille de pesée », « pesée »

C’est seulement au début de l’époque augustéenne qu’examen est appliqué à la réalisation du processus de pesée.

B. 1. « Aiguille de pesée »

  • Perse, 5, 100-101 :
    Diluis elleborum certo conpescere puncto
    nescius examen : uetat hoc natura medendi.

    « Tu dissous de l’ellébore, sans savoir arrêter l’aiguille en un point précis : l’essence même de la médecine te fait défaut. » (traduction J.-F. Thomas)

L’aiguille - examen - devient l’image de la juste évaluation :

  • Virg. En. 12, 725-726 :
    Iuppiter ipse duas aequato examine lances
    sustinet et fata imponit diuersa duorum.

    « Jupiter lui-même tient deux plateaux avec un fléau en équilibre ; il dépose sur chacun le destin des deux hommes. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Aus. Ecl. 2, 3, 7-10 (Pythagore comme image de l’honnête homme) :
    ille dies quam longus erit sub sidere Cancri
    quantaque nox tropico se porrigit in Capricorno,
    cogitat et iusto trutiuae se examine pendit
    ne quid hiet, ne quid protuberet […]

    « […] si long que soit le jour, sous le signe de l’Ecrevisse, autant la nuit s’allonge, au tropique du Capricorne, il songe et au juste fléau de la balance il se suspend : il veut que rien ne bée, rien ne saille […] (traduction B. Combeaud, 2010, M. Mollat)

B. 2. « Pesée, mesure de l’équilibre »

  • Vitr. 10, 3, 7, à propos des courroies des porteurs :
    Cum enim extra finem centri promouentur, premunt eum locum ad quem propius accesserunt, quemadmodum in statera pondus, cum examine progreditur ad fines ponderationem.
    « Si elles s’écartent de leur axe, elles appuient, en effet, sur la partie vers laquelle elles se sont déplacées, comme le fait le poids, sur une statère, quand il avance, dans la mise en équilibre, vers les dernières marques de pesage. » (traduction L. Callebat, 2003, CUF)

B. 3. « Équilibre »

Il s’apprécie souvent dans les choses :

  • Ambr. Hel. 13, 48 :
    Pincernae mensuras ipsas bonas diligenti librant examine ne quid effundant.
    « Les échansons pèsent les vraies bonnes mesures avec un sage équilibre, pour ne pas provoquer de débordements. » (traduction J.-F. Thomas)

Le mot se dit parfois de l’équilibre construit dans les cadres de la vie humaine (lois, leçons de l’expérience:

  • Ov. M. 9, 551-552 :
    Iura senes norint, et, quid liceatque nefasque
    fasque sint, inquirant legumque examina seruent.

    « Laissons aux vieillards la science du droit ; à eux de rechercher ce qui est permis, ce qui est crime et ce qui ne l’est pas ; à eux d’observer les équilibres des lois. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Stat. Sil. 3, 3, 204-205 :
    Inde uiam morum longaeque examina uitae
    addfatusque pios monituraque somnia poscam.

    « C’est par là que je chercherai à avoir le chemin du devoir, les justes leçons d’une longue vie, des entretiens pleins de tendresse et des songes avertisseurs. » (traduction J.-F. Thomas)

C. « Examen, analyse »

Cet emploi se développe chez les auteurs chrétiens et les contextes soulignent la longue analyse pour prendre la mesure d’une situation :

  • Cypr. Ep. 20, 2, 2 :
    […] ut sine ullo discrimine atque examine singulorum darentur confessorum cotidie libellorum milia contra euangelii legem.
    « […] en sorte que contre la règle de l’Evangile, des milliers de billets étaient donnés tous les jours sans aucune distinction et sans examen. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Min. Fel. 5, 10:
    Quid tempestates loquar uarias et incertas, quibus nullo ordine uel examine rerum omnium impetus uolutatur ?
    « A quoi bon parler des tempêtes changeantes et capricieuses, qui sans ordre et sans examen emportent toutes choses dans un tourbillon impétueux ? » (traduction J. Beaujeu, 1964, CUF)
  • Aug. Civ. 4, 18 :
    Fortuna uero, quae dicitur bona, sine ullo examine meritorum fortuito accidit hominibus et bonis et malis, unde etiam Fortuna nominatur. Quo modo ergo bona est, quae sine ullo iudicio uenit et ad bonos et ad malos ?
    « La Fortune au contraire, celle qu’on appelle bonne, échoit fortuitement aux bons comme aux méchants, sans avoir aucun égard pour leurs mérites. Aussi est-elle appelée fortune. Pourquoi alors est-elle bonne, puisqu’elle favorise sans aucun discernement les bons et les méchants ? » (traduction G. Combès, 1959, Desclée de Brouwer)

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