et




7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

Parmi les descendants romans de lat. et, on peut citer les formes suivantes :

- anc.-fr. <e > prononcé [e] (= [ẹ ] dans la notation « des romanistes ») (dans la Chanson de Roland).

- anc.-occitan <ed > et <es > (la sifflante étant probablement due à l’origine à une assimilation régressive) ; occitan moderne <e > prononcé [e] (= [ẹ ])

- it. <e > prononcé [e] (= [ẹ]) ; mais italien central littéraire : <ed > devant voyelle, prononcé [ed] (= [ẹd]), et italien méridional [εd] (= [ęd] dans la notation « des romanistes » (avec e ouvert))

- romanche <e > et, devant voyelle, <ed >

- frioulan <e >

- franco-provençal <et >

- catalan <i >

- esp.-médiéval <e > prononcé [e] (= [ẹ ]) ; esp.-moderne <y > prononcé [i] et <e > [e ] devant voyelle

- asturien <y > [i]

- galicien <e > [i]

- portugais <e > prononcé soit [i], soit [e] (= [ẹ])

Les variantes graphiques latines avec <–d> final ou sans consonne finale (cf. supra § 1) étaient déjà l’indice probable d’une prononciation sans consonne finale dans la langue parlée familière du « latin standard ». Or, les descendants de lat. et dans langues romanes qui ont conservé ce terme 1) sont presque toujours constitués d’une voyelle seule, sans consonne. De ce fait, dans la graphie, la plupart des langues romanes écrivent le descendant de lat. et sans consonne finale, mis à part le français moderne, qui écrit <et > avec une consonne purement graphique n’entraînant pas la liaison (mais <e > dans la Chanson de Roland par exemple), le franco-provençal et l’ancien-occitan ; le romanche et l’italien gardent une trace de l’occlusive dentale latine devant voyelle, par ex. it. ed. dans l’expression ed ecco « et voilà».

La voyelle qui constitue le phonème unique de la plupart des formes romanes est généralement un e fermé – [e] dans l’API ou [ẹ] dans la notation « des romanistes » –, qui peut éventuellement se fermer davantage et devenir un [i], noté <y > en espagnol. Le e de l’espagnol médiéval s’est, en effet, fermé à force d’être employé en hiatus et aucune forme avec consonne finale n’est attestée en espagnol depuis les textes les plus anciens.

Le portugais offre une situation intermédiaire pour le timbre de la voyelle : si la graphie reste <e >, il existe déjà dans la prononciation des variantes minoritaires plus fermées en [i].

En revanche, une consonne finale (dentale sonore) est conservée dans l’italien central littéraire [ed] (= [ẹ]) écrit <ed > lorsque le mot suivant commence par une voyelle (afin d’éviter un hiatus) ainsi que dans la langue standard dans certaines variantes de l’italien méridional, où la voyelle s’est en outre ouverte en un e ouvert [ε] (=[ę]). Pour l’italien, le dictionnaire de Zingarelli signale que l’on trouve <e> devant consonne, mais que, devant voyelle, en particulier devant [e], on trouve la forme <ed> [ed] (= [ẹd]) (marquée comme « poet. » dans ce dictionnaire), ainsi que la forme <et>, marquée quant à elle comme désuète (peut-être fut-elle aussi seulement graphique comme en français). Il est possible que ce <ed> [ed] reflète une évolution phonétique de la langue parlée de bas niveau de langue ou, au contraire, qu’il doive être expliqué par une licence poétique tout à fait artificielle.

7.1.2. Sémantique

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

Et a pu être emprunté par le pélignien. En effet, dans ce domaine linguistique, il existe une inscription présentant le coordonnant etdans une formule indigène, mais dans un contexte de forte latinisation :

Saluta Musesa anaceta Ceria et aisis sato (Rix ST Pg 12)

« Saluta Musedia prêtresse de Cérès et des divinités de l’agriculture »

Le coordonnant et fut classé parmi les « latinismes » du pélignien par Meiser (1987, 111). Reste à savoir si cet emploi de et correspondait au standard du pélignien de l’époque ; il serait également intéressant de savoir quelle était la langue maternelle des rédacteurs des deux inscriptions.



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1) C’est-à-dire la plupart des langues romanes, à l’exception du roumain où şi « et » vient de lat. sīc.