ĕrus, -ī, m.

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité 

3.0. Généralités

Le mot est essentiellement connu par les attestations littéraires, les attestations épigraphiques étant très rares.

La plus ancienne occurrence dans une inscription (à Pompéi) est douteuse, dans la mesure où elle résulte d’une reconstruction ( CIL I2 1645b = IV 30, où figure <he> restauré comme he(rum) ou h(omin)e(m)).

Les autres occurrences épigraphiques, plus tardives, figurent dans des inscriptions funéraires poétiques : CLE 104, 3 et 1185, 1, dont l’une offre la graphie avec <h> et l’autre sans <h>. On trouve aussi une occurrence dans une inscription chrétienne (Insc. Lat. Chr. Diehl 201b, 6).

3.0.1. Première occurrence dans les textes

Le terme est attesté chez Plaute, puis Térence. Mais il est peut-être attesté antérieurement dans la Lex Aquilia (286 av. J.-C.), si le texte de cette loi qui nous est parvenu par la tradition indirecte est bien exact (voir plus bas § 4.2).

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

Le terme est globalement assez peu attesté.

Il a une bonne fréquence à l’époque archaïque, mais ses attestations se concentrent dans les pièces de théâtre, notamment la palliata. Sa fréquence diminue de manière sensible dans les textes à partir de la moitié du -IIème siècle av. J.-C.. Il commence alors à être concurrencé par dominus. Il ne figure qu’occasionnellement chez les auteurs de l’époque classique (-Ier s. av. et +Ier s. ap. J.-C.) pour devenir un mot presque savant dans les textes de l’époque impériale et de la latinité tardive.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

Toutes les formes flexionnelles d’erus sont attestées. Les occurrences les plus nombreuses sont au singulier.

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Le terme est attesté dans toute la latinité, mais avec une fréquence variable selon les périodes et les textes.

Nombre d’occurrences Fréquence relative ( pour 1 000 000 mots)
IIIe-IIe siècle av. J.-C. 142 533
Ier siècle av. J.-C. 7 4
Ier siècle ap. J.-C. 3 1
IIe siècle ap. J.-C. 0 0
IIIe siècle ap. J.-C. 1 1
IVe siècle ap. J.-C. 4 0,6
Ve siècle ap. J.-C. 1 0,1
Total 158 6

3.2. Distribution diastratique et diaphasique 

Le substantif erus présente une distribution particulière du point de vue des variations diastratiques et diaphasiques, ce qui fait problème pour évaluer les données et l’évolution du vocabulaire latin.

Sa présence remarquable dans les pièces de théâtre, spécialement dans la palliata, montre qu’il relève de la langue parlée au moins jusqu’au début du -Ier siècle av. J.-C.. En outre, dans la presque totalité de ses occurrences chez Plaute et chez Térence, erus se trouve dans les répliques prononcées par des esclaves. De ce fait, on a fait l’hypothèse que ce terme relèverait d’un bas niveau de langue et, plus précisément, de la langue des esclaves, alors que, au contraire, dominus appartiendrait à la langue des classes plus élevées, des hommes libres, des maîtres et des patrons. En réalité, l’évaluation du niveau de langue est délicate, puisqu’erus et dominus ont subi des changements de signification rapides pendant la dernière période républicaine. Dominus, chez Plaute et Térence, apparaît à la fois dans la bouche des esclaves, des affranchis et des individus libres, alors qu’erus n’est employé que par les esclaves : erus serait donc un terme socialement marqué en face de dominus, non marqué.

Mais dominus a aussi une signification plus étendue qu’erus : il s’applique, en effet, à tout type de propriété (foncière, biens matériels, êtres humains), ce qui peut expliquer qu’il ait un emploi élargi dans des contextes divers et pour des milieux sociaux différents. Sans doute pour la même raison, c’est dominus et non erus qui est employé dans le traité du De agricultura de Caton. En outre, le genre littéraire de cette œuvre, la prose didactique, éloignée des dialogues du théâtre, a certainement joué un rôle dans les choix lexicaux.

Quoi qu’il en soit, dans les dialogues de la comédie (Plaute, Térence, Caecilius, Afranius, Turpilius), erus est employé au vocatif singulier comme terme d’allocution ou d’interpellation : c’est le terme par lequel les esclaves s’adressent à leur maître. Le vocatif ere est alors le plus souvent accompagné par l’adjectif possessif de la 1ère pers. sg. meus : ere mi « mon maître ».

Cependant la présence du substantif erus dans la Lex Aquilia (si la citation d’Ulpien, qui y fait allusion, conserve la terminologie d’origine) pourrait montrer que le mot était déjà connu de la langue juridique. Les contextes des citations de cette loi semblent indiquer que le terme avait une signification large et était employé pour n’importe quel type de propriété (hommes, animaux et biens fonciers), alors que, chez Plaute et Térence, il est réservé à la relation entre maître et esclave.

Deux questions interdépendantes se posent alors :

a) dans quelle mesure l’emploi d’erus pour renvoyer à la propriété des esclaves est-il subordonné au genre littéraire du théâtre ?

b) erus à l’origine se chargeait-il de la valeur étendue de « maître, patron » en s’appliquant à n’importe quel type de possession ou de propriété ? Dans ce cas, quand et comment a-t-il connu une restriction d’emploi pour la possession des esclaves ?

Cependant, le nombre des occurrences d’erus au sens large de « maître, propriétaire » dans la poésie classique (Catulle, Horace, Stace) est trop faible pour que nous puissions répondre à ces questions.

Au cours de la latinité, ce terme disparaît de la langue juridique ainsi que des lois romaines. La terminologie de la jurisprudence classique semble ignorer erus, comme en témoigne son absence dans le Vocabularium Iurisprudentiae Romanae, qui, en revanche, consacre plusieurs pages à dominus.

Il n’est donc pas possible de dire qu’erus a appartenu à un vocabulaire spécialisé ou technique ou encore à un idiolecte.

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

La faible fréquence du mot ainsi que sa répartition dans les textes ne permettent pas d’en donner la distribution diatopique. Seul le correspondant osque de l’adjectif dérivé lat. (h)erilis pourrait donner une indication : voir (h)erilis.

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

• Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Ennius Plaute
1 104

• Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Térence Caton
33 0

• Période III. Cicéron : la fin de la République (80-43)

Cicéron César Varron Catulle
2 0 1 3

• Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (43 av. JC-14 ap. JC)

Tite-Live Ovide Virgile Horace
0 1 3 4

• Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Sénèque
1

• Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C)

Stace
1

• Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Apulée
1

• Période VIII. Tertullien et l’Histoire auguste : des Sévères à Constantin (193-337) 

Tertullien
1

• Période IX : du milieu du IVe s. au début du Ve, de Constantin à Honorius (337-423) 

Ausone Iuvenc. Sid. Apol.
2 1 1

• Période X : du milieu du Ve à la fin du VIe1)

Grégoire de Tours Priscien Prudence
0 2 1

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1) Ces données permettent de corriger l’affirmation d’EM (s.u. erus) selon laquelle ce mot « ne semble plus attesté après Horace ».