ĕrus, -ī, m.

(substantif)



1. Graphie, phonétique, phonologie

 

1.1. Graphie et variantes graphiques

Le lexème est attesté avec les graphies <erus>, <herus> et <aerus>.

Le signe graphique <h> à l’initiale du mot fait problème. Il est attesté dans la tradition manuscrite (surtout chez Plaute) et dans des inscriptions.

Les lexicographes modernes depuis le TLL préfèrent la graphie <erus> sans <h>, en suivant Ritschl (Op. II, 409), pour qui les manuscrits plautiniens où figure le <h> sont moins fiables que les autres. Cependant, le dictionnaire de Forcellini-Perin (refait au cours du XIXème siècle) retient comme lemme la forme herus avec <h>, tout comme le dictionnaire de F. Gaffiot dans sa 1ère édition.

Le <h> initial attesté à l’époque tardive pourrait être dû à un rapprochement synchronique, par « étymologie populaire », avec hērēs « héritier ». Cette interprétation, déjà ancienne (voir § 5.2), est citée par Walde-Hofmann, p. 419, s.u. erus : « spätl. oft herus auch infolge fälscher Vbdg. mit hērēs hērēditās » et Ernout-Meillet, s.u. erus : « la graphie avec h, herus, influencée par hērēs est incorrecte ».

Ce point de vue des philologues modernes est conforme à l’opinion des grammairiens anciens, qui se prononcent en faveur de l’orthographe sans <h> ainsi qu’à des propositions étymologiques modernes partant de la forme erus sans <h>.

Mais la découverte récente d’une inscription osque attestant un dérivé de ce terme écrit avec <h> à l’initiale a remis en cause l’étymologie du mot.

1.2. Phonétique et phonologie

Pour la phonologie : /ˈe.rus/ pour les deux graphies avec et sans <h>1) : <erus> et <herus>.

Le latin possédait un phonème unique /e/, dont la réalisation pouvait probablement être ouverte [ε] ou fermée [e] selon l’environnement phonétique. À l’époque archaïque et classique le trait phonologique pertinent était la longueur vocalique puisqu’on opposait pour le même timbre une voyelle brève /e/ et une voyelle longue /e:/. Les oppositions de timbre vocalique ne sont devenues pertinentes qu’à une époque postclassique.

La graphie <ae> attestée à l’époque tardive chez un grammairien (voir ci-dessous) peut être un indice en faveur d’une prononciation en e ouvert /ˈε.rus/ à l’époque tardive, où le trait de longueur est dé-phonologisé et remplacé par celui du timbre vocalique. Un ancien e bref /e/ de l’époque classique en syllabe ouverte accentuée est alors devenu e ouvert [ε] /ε/ après le changement du système vocalique.

Le grammairien Cassiodore nous fournit des indications sur la prononciation du mot, et plus précisément sur celle du <h> initial :

  • Cassiodore GLK VII 201, 27 : e uocalis r sequente leuiter effertur […], ut erus, error, eruum […] heri etiam aduerbium differentiae causa, ne genetiuus putetur ab eo quod est erus eri.

Il rappelle, en effet, qu’il n’y a pas d’aspiration devant la voyelle /e/ initiale suivie de /r/, et il mentionne l’adverbe herī « hier » comme une exception répondant au besoin de distinguer cet adverbe temporel de la forme erī, génitif d’erus. Si cette opinion concerne probablement seulement la graphie (et non la prononciation), on ne peut écarter l’idée qu’elle résulte d’une confusion entre le plan graphique et le plan phonétique.

De toute façon, la lettre <h> à l’initiale de mot n’était probablement déjà plus prononcée à l’époque de Plaute dans la ville de Rome. Ayant perdu de bonne heure sa fonction de distinction phonologique, elle ne notait plus un phonème et elle avait perdu son statut de graphème pour devenir un simple signe graphique. Le passage précédent de Cassiodore confirme qu’en latin tardif, à l’époque de Cassiodore, comme on pouvait s’y attendre, il n’y avait pas d’aspiration à l’initiale d’erus, de même que dans d’autres mots dont l’initiale était phonétiquement semblable, tels error, eruum.

Un autre indice fourni par les grammairiens latins tardifs concerne la prononciation de la voyelle initiale <e> à l’époque tardive. La graphie <aerus>, attestée chez Priscien (GLK III 219, 24), pourrait plaider en faveur d’une prononciation ouverte du e : [ε] /ε/. Cette graphie <ae> relève, en effet, de l’hypercorrection. Or le digraphe <ae>, dans la latinité tardive, peut servir à noter, entre autres, un ancien e bref /e/ de l’époque classique, phonème qui, après le bouleversement vocalique postclassique, devint un e ouvert /ε/ en syllabe ouverte accentuée (cf. Campanile 2008, 360).

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1) Puisque <h> n’est plus prononcé à l’initiale de mot dès les plus anciens textes latins.