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dictionnaire:erilis6 [2015/07/20 11:03] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres"> ĕrīlis, -e </p></html> <html><center><big><big> (adjectif)</big></big></center></html>
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 +====== 6. Histoire du lexème ======
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 +===== 6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois =====
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 +L’histoire de l’adjectif //(h)erilis// suit de près celle du lexème dont il est dérivé, le substantif //erus//, sur plusieurs points : 
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 +a) la quantité relativement importante d’occurrences dans le théâtre de l’époque archaïque, alors que, dans le reste de la littérature latine, sa fréquence va diminuer de plus en plus ;
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 +b) l’exclusion de la prose (presque totale pour //erus// ; totale pour //(h)erilis//, qui, après Plaute et Térence, ne connaît que des emplois poétiques) ; 
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 +c) la distribution des valeurs sémantiques dans les textes : dans les textes de comédie, //(h)erilis//, tout comme //erus//, renvoie au « maître de maison » essentiellement dans la bouche des esclaves, alors que dans les autres textes, //(h)erilis// relève de notions différentes, notamment de celle de « propriétaire, possesseur » et « seigneur ».
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 +Cependant, //(h)erilis// s’écarte d’//erus// sur plusieurs points : dans le dernier sens de « seigneur », l’adjectif développe des effets de sens différents selon les contextes et les entités auxquelles il est attribué. Dans le domaine religieux, tout comme //erus//, il s’applique aux divinités non chrétiennes ; mais, contrairement à //erus//, il est également employé en contexte chrétien pour renvoyer au Christ. Dans le domaine civil, //(h)erilis// est employé par référence à l’empereur. L’emploi isolé du mot dans la poésie épigraphique confirme qu’il relève d’un haut niveau de langue. Dans la langue usuelle, il est remplacé par //dominicus//, l’adjectif suffixé en //-icus// sur //dominus// qui, de manière parallèle, s’était substitué à //erus//. 
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 +===== 6.2. Étymologie et origine =====
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 +Les problèmes posés par l’étymologie d’//(h)erīlis// sont les mêmes que ceux du lexème sur lequel il est bâti par suffixation, //erus//. Les rapprochements faits par les linguistes modernes avec les autres langues indo-européennes peuvent aujourd’hui être remis en question en raison de la découverte d’une inscription osque où l’adjectif osque correspondant à l’adjectif latin offre un //<h>// à l’initiale (cf. //[[:dictionnaire:erus]]//). En outre, se pose le problème du modèle morphologique de dérivation de l’adjectif (cf. [[:dictionnaire:erilis5|§5.1]] et [[:dictionnaire:erilis2|§2.3]]).
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 +L’attestation osque de //herilím//, dont le rapprochement avec l’adjectif latin //(h)erīlis//, en dépit de l’état fragmentaire de l’inscription, est hors de doute (acc. sing. équivalant à lat. //herilem//), est fondamentale pour l’étymologie du mot latin. 
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 +En effet, si l’épigraphie latine dispose seulement de témoignages tardifs du mot, qui présentent un flottement dans l’écriture entre //<erus>// et //<herus>//, //<erilis>// et //<herilis> (CLE// 104, 3 ; 1185 ; 454, 10) (cf. [[:dictionnaire:erilis1|§1.1]]), l’attestation osque amène à reconsidérer la graphie du mot avec //<h>// comme étant peut-être une graphie étymologique. 
 +La datation de l’inscription osque (seconde moitié du -IIème siècle av. J.-C.) assure l’ancienneté de cette graphie. Si les graphies //<herilis>// et //<herus>// avec //<h>// sont anciennes, l’origine de //<h>// n’est pas seulement l’influence tardive de //heres// par « étymologie populaire ». Et si l’on admet que la forme originelle était pourvue d’un //<h>// à l’initiale, les rapprochements généralement évoqués avec d’autres langues indo-européennes (cf. //[[:dictionnaire:erus]]//) sont caduques.
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 +Cependant, l’attestation osque de l’adjectif //herilím// ne permet pas de résoudre la question de l’étymologie d’//[[:dictionnaire:erus]]// et de sa famille, parce qu’elle soulève une question préalable : celle de savoir si les langues sabelliques possédaient ou non cette famille lexicale de manière indépendante par rapport au latin ou, autrement dit, si l’adjectif osque //herilis// doit ou non être interprété comme un emprunt au latin. Plusieurs solutions peuvent être envisagées : 
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 +a) la forme osque est une création totalement indépendante de la forme latine ; 
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 +b) la forme osque fut créée d’après un modèle latin. Dans ce cas :
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 +b’) soit il s’agit d’un emprunt, qui peut lui-même admettre deux parcours : 
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 +- c’est le lexème latin //(h)erus// qui a été emprunté : l’adjectif osque serait alors également un emprunt ou bien une imitation de la formation latine à travers des outils morphologiques indigènes ;
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 +- l’emprunt ne concerne que l’adjectif ; celui-ci, qui exprime un rapport d’appartenance, serait alors immotivé en osque : ce procédé est plus rare, mais il n’est pas impossible ;
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 +b’’) soit il s’agit d’un calque morpho-structurel, qui suppose l’existence d’un mot autonome du latin et d’un procédé morphologique de dérivation d’adjectifs en //-īli//-, parallèle au latin : on en revient alors à la première hypothèse (a).
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 +__Les faits suivants plaident en faveur de l’emprunt, plus précisément de l’emprunt de l’adjectif :__ 
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 +a) du point de vue de la morphologie, la seule formation en //-īli-// connue en osque est empruntée au latin : osque //aídil// < lat. //aedīlis//, qui a pour base de dérivation un thème en //i.// Si, selon l’explication acceptée par M. Leumann (1977, 350), l’extension de ///ī/// dans lat. //-īlis// relève non d’une extension des cas où la base de dérivation était un thème en //i//, mais du morphème de génitif singulier des thèmes en //*-o-//, alors cette explication par un //ī// de génitif doit être exclue pour les langues sabelliques, qui n’ont jamais connu ce morphème de génitif. 
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 +b) du point de vue de la création lexicale, il est admis que l’adjectif latin //(h)erīlis// fut créé d’après le modèle de //seruīlis// (voir [[:dictionnaire:erilis2|§2.3]]), parallèlement à d’autres créations lexicales à partir de //[[:dictionnaire:erus|(h)erus]]// et //seruus// avec les mêmes suffixes. Or, les langues sabelliques n’attestent aucun mot correspondant à //seruus// (ou issu de la même racine) pour désigner l’esclave. La signification acquise par lat. //seruus// se serait développée à partir de la signification de  « berger » attachée à cette racine (Rix 1984, 80,86), ce qui devait constituer un développement propre au latin et conforme à l’histoire de la société romaine. 
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 +En conclusion, dans la mesure où il est peu probable que le modèle de la famille lexicale //seruus : seruīlis// ait existé en osque, il est peu vraisemblable qu’un procédé de dérivation semblable ait existé pour //(h)erus : (h)erīlis// d’une manière indépendante du latin.
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 +[[:dictionnaire:erilis5|Aller au §5]]  ou [[:dictionnaire:erilis|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:erilis7|Aller au §7]]