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dictionnaire:erilis5 [2015/07/20 10:58] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres"> ĕrīlis, -e </p></html> <html><center><big><big> (adjectif)</big></big></center></html>
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 +====== 5. Place dans le lexique latin ======
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 +===== 5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin =====
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 +L’adjectif //erilis// est formé à l’aide du suffixe //-īlis//, qui représente un allomorphe du suffixe //-li-//, dont les allomorphes comportent généralement une voyelle longue initiale : -//ālis, -īlis, -ūlis, -ēlis.// Le suffixe qui forme le plus grand nombre de lexèmes est //-ālis//, puis viennent //-īlis// et //-ūlis//. Ce type d’adjectif exprime le plus souvent une relation d’appartenance : le substantif servant de base à l’adjectif désigne le possesseur de l’entité dénotée par le substantif déterminé par l’adjectif. Ce sont des adjectifs de sens relationnel (et non des adjectifs qualificatifs gradables).
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 +La voyelle longue située à l’initiale du suffixe a des origines différentes selon son timbre.
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 +Pour le suffixe //-ālis//, il faut probablement chercher l’origine dans des substantifs de base en //ā//, la séquence … //ā-lis// donnant ensuite par mécoupure et déplacement de la frontière de suffixe //–ālis//, qui s’est étendu à des bases substantivales ne relevant pas des thèmes en //ā//. Cet allomorphe suffixal se présente sous la forme //-āris// par dissimilation d’un /l/ en /r/ lorsque la base de dérivation contient déjà un /l/ (cf. //familiāris// sur //familia//). 
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 +L’allomorphe //-īlis// se trouve derrière des substantifs de base relevant de la deuxième déclinaison thématique et l’origine du //ī// fait alors problème((Au contraire lorsque le substantif de base est un thème en //i// de la troisième déclinaison, le //ī// du suffixe //–īlis// en synchronie est, en fait, issu de l’allongement de la voyelle finale du substantif de base en diachronie : cf. //cīuīlis// de //cīuī-lis// sur //cīuis//.)). C’est le cas pour //(h)er-īlis// sur //er-us//. Les dictionnaires étymologiques considèrent //(h)erīlis// comme une formation créée d’après le modèle de //seru-īlis//((EM, //s.u. erus// : «Fait sans doute d’après //seruilis//» ; WH, p. 419 //s.u. erus//.)) sur //seru-us//, selon un phénomène analogique bien attesté entre deux antonymes (« maître » vs « esclave ») : //ĕr-īlis// est à //erus// ce que //seru-īlis// est à //seru-us//.
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 +Dans le vocabulaire latin, l’antonymie d’//erus// « maître » et de //seruus// « esclave » se manifeste par d’autres créations lexicales pour des termes partageant les mêmes suffixes sur des bases de suffixation entretenant des relations antonymiques : par exemple, le suffixe //-tūdō// dans //eritudo// attesté par Festus, qui le met en parallèle avec //seruitudo (eritudo : seruitudo// : P.F. 73, 83 L., cf. Sblendorio Cugusi 1991, p.223 et //erus//, [[:dictionnaire:erus5|§5.3]]). Les deux termes sont vraisemblablement des formations savantes tendant à mettre en relief la symétrie (opposition et parallélisme) morphologique liée à l’antonymie sémantique. 
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 +Une autre correspondance morphologique entre les dérivés d’//erus// et de //seruus// se retrouve dans //eritio//, connu par une glose (//G.L//. IV Ps.-Plac. F 16). Le mot //eritio// est une formation morphologiquement symétrique de //seruitio//, d’après le modèle de //famulatio// et de //dominatio : famulatio seruitio ut eritio dominatio.//
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 +Mais d’où vient le //ī// dans le modèle //seruīlis//, puisque //seruus// est un thème en *-//o-// et non pas en //i// ? M. Leumann (1977, 350), suivant une hypothèse formulée par Muller (1926), considère que le /ī/ dans //-īlis// relève non pas de l’analogie des thèmes en //i//, mais du morphème de génitif singulier des thèmes en //*-o-// (cf. gén. sg. //dominī//) de la même manière que les autres adjectifs en //-īlis// bâtis sur des substantifs thématiques en *-//o-//, tels : //puerīlis// (sur //puer//),// fabrīlis// (sur// faber//), //uirīlis// (sur//uir//). 
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 +L’adjectif osque correspondant à //(h)erīlis// est susceptible de remettre en cause cette explication, dans la mesure où les langues sabelliques n’ont jamais connu le morphème /ī/ du génitif singulier des thèmes en //*o-//. L’attestation du correspondant de lat. //(h)erīlis// en osque n’admet que deux solutions : soit il s’agit d’un emprunt au latin, soit il s’agit d’une formation autonome. Seule la solution de l’emprunt rend possible l’explication retenue par M. Leumann pour l’adjectif latin. 
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 +===== 5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins =====
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 +Au niveau synchronique, la conscience métalinguistique de la relation entre le dérivé //(h)erīlis// et les substantifs associés //erus/era// se manifeste par l’emploi parallèle des deux lexèmes dans le même contexte, par exemple : 
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 +    * Ter. //Ad.// 301 : \\ //mihique **erae**que filiaeque **erili**.// 
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 +Quelques gloses font correspondre de manière convergente //(h)erīlis// à lat. //dominicus// et à gr. //δεσποτικός// ou //δεσποσύνος//. L’adjectif //(h)erīlis// est également mentionné dans des commentaires à des textes connus. Ainsi les //schol. Ad Hor. Carm.// III 27, 63 expliquent-ils //(h)erīlis// par //dominicus//, alors que le commentaire de Donat sur Térence (//Andr.// 602) établit une équivalence sémantique entre le syntagme //erilis filius// et le mot grec //τρóφιμος//, employé chez Ménandre avec la même valeur que l’expression latine, celle de « fils du maître ». Le recours à //dominicus// confirme ainsi que cet adjectif dérivé de //dominus// devint, au cours de la latinité, le terme usuel pour signifier « maître, patron, seigneur ».
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 +===== 5.3. « Famille » synchronique du terme =====
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 +La famille synchronique du lexème est très pauvre. L’adjectif est dérivé de //[[:dictionnaire:erus]]//, qui n’a produit qu’un très petit nombre de dérivés. Le seul qui ait été employé dans la langue littéraire est précisément //(h)erīlis//, les autres dérivés d’ //[[:dictionnaire:erus]]// n’étant connus qu’à travers les gloses. 
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 +L’adjectif //(h)erīlis// lui-même n’a servi de base à aucun dérivé ou composé. 
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 +===== 5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes =====
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 +Le rapport d’antonymie entre //(h)erīlis// « de maître » et //seruīlis// « d’esclave » est illustré par le passage suivant de Fronton :
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 +    * Front. //Ep//. 2, 3 : \\ //nulla profecto tam sit inportuna et insciens lanifica quae **erili** togae solidum et nodosum, **seruili** autem subtile et tenue subtemen nerit.//
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 +Cette relation d’antonymie était soulignée par la symétrie morphologique, qui a amené les linguistes modernes à admettre la possibilité qu’//(h)erīlis// ait été formé sur le modèle de //seruīlis// (voir [[:dictionnaire:erilis2|§2.3]]). //Erus// et //seruus// ont produit en outre d’autres dérivés morphologiquement parallèles pourvus des mêmes suffixes : //seruitūdō// vs. //eritūdō, seruitium// (et //seruitiō//) vs. //eritium// (et //eritiō//). 
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 +Les emplois d’//(h)erīlis// dans les textes après Plaute permettent d’y voir le para-synonyme de haut niveau de langue de //dominicus//, qui devait relever de la langue usuelle, parlée et écrite. 
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 +[[:dictionnaire:erilis4|Aller au §4]]  ou [[:dictionnaire:erilis|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:erilis6|Aller au §6]]