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dictionnaire:erilis4.2 [2015/07/20 10:50] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres"> ĕrīlis, -e </p></html> <html><center><big><big> (adjectif)</big></big></center></html>
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 +====== 4.2. Exposé détaillé ======
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 +Les emplois de l’adjectif //(h)erilis// sont parallèles à ceux du substantif //[[:dictionnaire:erus]]//, dont il est dérivé. 
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 +On note, cependant quelques différences : le nombre d’attestations de l’adjectif chez Plaute dépasse la totalité des attestations dans toute la latinité. En outre, la différence de fréquence de l’adjectif chez Plaute et chez Térence est plus nette encore que la différence de fréquence du substantif chez les mêmes auteurs (cf. [[:dictionnaire:erus3|§3.4]]), ce qui signifie que l’adjectif connaît un déclin plus important et plus précoce que le substantif. Son absence de la prose et son emploi limité en poésie montrent que l’adjectif était sorti de la langue commune.
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 +L’étude des emplois de l’adjectif //(h)erīlis// ne se réduit donc pas à celle des emplois d’//[[:dictionnaire:erus]]//: il convient de s’intéresser, d’une part, à la question de la commutation entre l’adjectif relationnel //(h)erīlis// et le génitif du substantif //(h)erī// (ou féminin //(h)erae//), et d’autre part, aux différents substantifs déterminés par //(h)erīlis//, ce qui permet d’éclairer les diverses nuances sémantiques de l’adjectif. 
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 +//(H)erīlis// fut souvent cité par les grands noms de la linguistique latine du XX<sup>ème</sup> siècle comme exemple illustrant la spécificité de l’emploi de l’adjectif relationnel par rapport à celui du génitif du substantif : J. Wackernagel (1908, 137, 145 ; 1928, II, 68), pour qui la détermination par l’adjectif serait plus archaïque que la détermination par le génitif, J.-B. Hofmann (1951, 160), E. Löfstedt (1942, 116), E. Benveniste (1960, 65), J.N. Adams (1976, 90), P. de Carvalho (1991, 258), ou encore Haffter (1934, 122). Ce dernier considère que l’emploi de l’adjectif //(h)erīlis// a une fonction stylistique et qu’il exprime le « pathos », là où le génitif //eri// serait plus neutre. 
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 +Dans quelques passages de Plaute, l’adjectif relationnel et le génitif du substantif déterminent le même substantif et paraissent interchangeables, comme dans ce monologue de Messénion, extrait des //Menaechmi //: 
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 +    * Pl. //Men.// 966-968 :  \\ MES.// Spectamen bono seruo id est, qui **rem erilem ** \\ Procurat, uidet, collocat cogitatque,  \\ Vt absente ero **rem eri** diligenter  \\ Tutetur.// […] \\ « Messénion : À quoi reconnaît-on un bon serviteur ? A ce qu’il prend à cœur **les intérêts de son maître**, veille, dispose, pense à tout, et se préoccupe en son absence de lui garder **son bien** avec autant de zèle, ou même mieux, que s’il était présent lui-même. » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
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 +Mais les exemples de ce type sont rares ; dans la presque totalité des syntagmes comprenant //[[:dictionnaire:erus]]// ou //(h)erilis //chez Plaute, on n’observe pas réellement de concurrence entre le génitif du substantif et l’adjectif. 
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 +En effet, comme E. Löfstedt l’avait déjà souligné en son temps, chez Plaute, //(h)erīlis// détermine le plus souvent des noms se référant à des individus humains et exprimant des relation de parenté ou de confiance étroite, tels que //filius// « fils » ///filia// « fille », //amica// « maîtresse », //concubina// « concubine » : sur ses 45 occurrences plautiniennes, //(h)erīlis// détermine une vingtaine de fois //filius/filia// et une dizaine de fois //amica// ou //concubina//. 
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 +Quant à Térence, il emploie l’adjectif uniquement pour déterminer //filius/filia//. En revanche, il n’emploie jamais le génitif //erī// (ou //erae//) avec //filius// et //filia//. Chez Plaute, on ne trouve qu’une seule fois cette construction qui, selon E. Löfstedt (1942, 116), s’explique par la présence de //res// dans le même syntagme : 
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 +    * Pl. //Most.// 27-28 :  \\ //Hocine boni esse officium serui existumas,  \\ Vt **eri sui** corrumpat **et rem et filium**// ?  \\ « Est-ce là, penses-tu, le devoir d’un bon serviteur que de perdre à la fois **et le bien et le fils de son maître** ? » (traduction A. Ernout, 1937, CUF)
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 +Un autre fait dans ce passage a pu jouer aussi un rôle dans le choix du génitif //eri// de préférence à l’adjectif : la présence du réfléchi sui, qui ne renvoie pas au locuteur, mais signifie « son propre » en focalisant le lien appartenance entre possesseur et possédé. Dans cet énoncé, Granion s’adresse à Tranion, avec lequel il partage le même maître, en utilisant une expression de portée générale marquée par la 3<sup>ème</sup> personne, tout comme dans le monologue de Messénion extrait des //Menaechmi// et mentionné ci-dessus. 
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 +La question de la référence au locuteur permet ainsi de comprendre ce qui distingue les syntagmes avec //(h)erilis// des syntagmes avec //eri//, chez Plaute et Térence, ainsi que la différence qui existe entre les emplois antéposés et postposés de l’un ou de l’autre dans ces syntagmes. 
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 +Dans le syntagme //(h)erilis filius/filia//, l’adjectif indique une propriété inhérente et inaliénable par excellence : être le fils/la fille de quelqu’un). Dans son commentaire à Térence (//Andr//. 602), Donat glose ce syntagme par gr. //τρóφιμος//, qui est employé chez Ménandre avec la même valeur que l’expression latine, celle de « fils du maître, du patron ». Dans ce sens, //(h)erilis filius/filia// a la même valeur référentielle que le syntagme //erus minor// « le jeune maître » (le fils) et se trouve en relation d’antonymie avec //erus maior// « le maître le plus âgé, le vieux maître » (le père) (cf. [[:dictionnaire:erus4detaille|la description des emplois de erus]]). Cette mise en équivalence avec le mot grec montre que le syntagme nominal latin exprime une unité conceptuelle et qu’il est chargé d’une fonction pragmatique très précise : la dénomination du « petit patron », du « petit maître » ou du « jeune maître » dans la bouche de l’esclave de son père, d’où le sens, en contexte, de « mon petit patron ». 
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 +En effet, dans les contextes où ce syntagme est employé, les esclaves ne se réfèrent pas au fils de n’importe quel maître, mais chacun au fils de son propre maître. La référence au locuteur est ainsi souvent soulignée par des pronoms personnels (//ego, mihi//), par exemple :
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 +    * Pl. //Aul.// 275 : \\ //Nunc nobis prope adest exitium, mihi atque **erili filiae.**// \\ « Encore un moment, et nous sommes perdues, **ma jeune maîtresse** et moi. » (traduction A. Ernout, 1930, CUF) 
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 +    * Ter. //Ad//. 301 :  \\ //Quod mihique eraeque **filiae**que **erili** est// […].(avec postposition de l’adjectif) \\ « […] pour ce qui touche et moi et ma maîtresse et **la fille de ma maîtresse**. » (traduction J. Marouzeau, 1949, CUF)
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 +    * Pl. //Ps//. 673 : PS. \\ […] //hic amica **amanti erili filio**.//  \\ « Pseudolus : […] une maîtresse **pour mon jeune maître amoureux**. » (traduction A. Ernout, 1938, CUF)
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 +ou par des possessifs (//meus, mea, noster//) impliquant la 1<sup>ère</sup> personne, par exemple :
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 +    * Pl. //Cist.// 749 :  \\ HA.//** Mea** haec erilis gestitauit filia((Voir aussi : Pl. //Epid//. 20 et //Truc//. 297 : //erilis **noster** filius// ; Pl. //Cas.// 1014 : //**nostro** erili filio// ; Pl. //Epid//. 164 : //**nostro** erili filio// ; Ter. //Eun.// 962  : //**nostrum** esse erilem filium//.)) .// \\ « C’est la fille de ma maîtresse qui les portait. » (traduction A. Ernout, 1935, CUF)
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 +ou encore par des déictiques renvoyant à la sphère du locuteur (//hic, haec//), par exemple, outre l’exemple précédent :
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 +    * Pl. //Bacch.// 366-367 :  \\ //Nunc ibo; erili filio **hanc** fabricam dabo / Super auro// [...]. \\ « Maintenant allons instruire Mnésiloque de tout ce que j’ai machiné pour notre or. » (traduction A. Ernout, 1933, CUF)
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 +ou même par des structures présentatives (//eccum, eccam//), par exemple :
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 +    * Pl. //Most.// 83  : \\ […] //nam **eccum** erilem filium uideo//. \\ « Car justement j’aperçois le fils de notre maître. » (traduction A. Ernout, 1937, CUF)
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 +Le syntagme //(h)erilis filius// apparaît comme une expression figée qui indique non une simple relation d’appartenance, mais une propriété inhérente et inaliénable. Cependant, cette expression n’est pas employée de manière générique, mais s’applique à un individu bien identifié, qui appartient à la sphère du locuteur. Comme l’avait souligné J.N. Adams (1976, 89) «the order //(h)erilis filius// corresponds to that of the ancient genitival pattern //Luci filius//». Dans ce cas, il existe une correspondance fonctionnelle entre l’antéposition de l’adjectif et celle du génitif, avec l’indication d’une relation d’appartenance plus stricte, pourvue d’une force d’identification plus immédiate par rapport à leur emploi postposé (Cf. Viti 2010). Cette règle semble valable aussi dans le sens inverse, comme le montre le passage des //Menaechmi// mentionné ci-dessus, avec le flottement entre l’adjectif et le génitif dans le même syntagme : //rem erilem ~ rem eri (Men.// 966-968). De manière significative, la variation entre l’adjectif (//erilem//) et le génitif (//eri//) n’affecte pas l’ordre syntaxique des déterminants (les deux sont postposés).  
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 +L’adjectif apparaît de même avec d’autres mots indiquant des relations d’intimité ou de familiarité, tels que //concubina, amans// ou //amica//. Comme avec //filius//, le syntagme ainsi formé peut être accompagné par un pronom, un adjectif possessif de la 1<sup>ère</sup> personne ou un déictique, moyens linguistiques qui renvoient au locuteur et ancrent la situation d’énonciation.
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 +    * Pl. //Mil.// 273-274 :  \\ SC. //Certo edepol scio me uidisse hic proxumae uiciniae \\ Philocomasium **erilem amicam** sibi malam rem quaerere.// \\ « Scélédrus : Je suis sûr, par Pollux, et sûr et certain d’avoir vu ici, chez le voisin d’à côté, Philocomasie, **la maîtresse de mon maître**, en train de se chercher une mauvaise affaire. » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
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 +    * Pl. //Mil//. 416 : \\ SC. //Haec mulier quae hinc exit modo estne **erilis concubina**// ? \\ « Scélédrus : Cette femme qui vient de sortir d’ici, est-ce **la bonne amie de notre maître** ? » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
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 +    * Pl. //Mil//. 457-458 :  \\ PA. […] //tam east quam potis \\ Nostra **erilis concubina.**// […] \\  « Palestrion : […] Il n’est pas possible que ce ne soit pas **la bonne amie de notre maître**. » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
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 +    * Pl. //Mil.// 470 : \\ SC. //domi **eccam erilem concubinam.**// \\ « Scélédrus : **La bonne amie de notre maître**, elle est **là**, à la maison? » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
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 +    * Pl.// Mil//. 549 : \\ SC. //Sed** meam** esse **erilem concubinam** censui.// \\ « Scélédrus : Mais je croyais que c’était **la maîtresse de mon maître.** » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
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 +Ainsi, //erilis amica (concubina//) ne fait pas allusion à la maîtresse de n’importe quel maître, mais à celle du maître auquel appartient l’esclave qui parle. Pour l’esclave-locuteur, la maîtresse de son « patron » constitue une sorte de « patronne », de la même manière qu’//erilis filius// est la figure du « petit patron » ou « petit maître, jeune maître ». 
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 +Même lorsqu’//(h)erilis// détermine un terme n’exprimant pas un lien de parenté ou de forte proximité entre deux êtres humains, l’adjectif peut être antéposé, ce qui implique un lien plus fort entre le maître et le locuteur que s’il était postposé. Ainsi s’explique la scène initiale de la //Mostellaria//, où Grumion, esclave de Theopropides, s’adresse à Tranion, lui aussi esclave du même Theopropides : 
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 +    * Pl. //Most//. 3 : \\ GR. //Egredere, **erilis pernities**, ex aedibus.//  \\ « Grumion : Sors de la maison, **malheur du maître**. » (traduction P. Poccetti)
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 +L’appellation //erilis pernities// « malheur du maître » ne constitue pas une dénomination vague, mais renvoie au maître commun aux deux esclaves. Du point de vue de la sémiologie théâtrale, cette expression placée à l’ouverture de la pièce a ainsi pour fonction de signaler les relations entre les deux personnages, et notamment de montrer qu’ils sont au service du même maître. 
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 +De même, lorsque l’esclave //Sagarinus// adresse une salutation à Athènes en qualifiant la ville à la fois de //nutrices Graeciae// et d’//erilis patria// :
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 +    * Pl. //St//. 649-650 :  \\ SA. //Saluete, Athenae, quae nutrices Graeciae : \\ Terra **erilis patria**, te uideo libens.// \\ « Salut, Athènes, nourrice de la Grèce, **patrie de mon maître**, que j’ai de plaisir à te voir ! » (traduction A. Ernout, CUF, 1938)
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 +il juxtapose une donnée relevant du passé illustre de la ville (d’autant plus que l’expression //nutrices Graeciae// semble transposer //πόλις τῆς Ἑλλάδος παίδευσις// du fameux discours de Périclès chez Thucydide II 40, 5) et une donnée actuelle, à savoir le fait qu’Athènes soit la patrie de son maître. Ce n’est pas un hasard si, dans le premier syntagme, qui n’affecte pas le locuteur, le génitif est postposé, alors que dans le second, qui le concerne personnellement, l’adjectif est antéposé. 
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 +D’autres syntagmes avec //(h)erilis// chez Plaute confirment que la position de l’adjectif est liée au contexte pragmatique, et notamment au rôle et au regard du locuteur, qui oriente la focalisation de l’objet. Les esclaves, qu’ils se réfèrent au commandement, à l’impudence ou à un méfait de leur maître, utilisent le même ordre syntaxique : //erile imperium// (Pl. //Aul//. 599), //erilis impudicitia// (Pl. //Pers//. 193), //erile scelus// (Pl. //Rud//. 198). 
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 +En revanche, lorsqu’il est fait référence à un maître générique ou qui n’est pas identifié, c’est la postposition qui semble s’imposer, comme dans les énoncés suivants, qui ont une portée générale et sont prononcés par des esclaves (//imperium erile ; rem erilem//) :
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 +    * Pl. //Aul//. 588-590 :  \\ STR. //Hoc est serui facinus frugi facere quod ego persequor  \\ Ne morae molestiaeque** imperium erile** habeat sibi.//  \\ « Strobile : n’est-ce pas le fait d’un bon esclave d’agir comme je fais, et d’exécuter sans retard ni mauvaise humeur **les ordres de son maître** ? » (traduction A. Ernout, CUF, 1930)
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 +    * Pl. //Men//. 966-968 :  \\ MES.// Spectamen bono seruo id est, qui **rem erilem**  \\ Procurat, uidet, collocat cogitatque,  \\ Vt absente ero **rem eri** diligenter  \\ Tutetur.// […] \\ « Messénion : À quoi reconnaît-on un bon serviteur ? À ce qu’il prend à cœur **les intérêts de son maître**, veille, dispose, pense à tout, et se préoccupe en son absence de lui garder **son bien** avec autant de zèle, ou même mieux, que s’il était présent lui-même. » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
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 +Il arrive aussi que l’adjectif soit postposé lorsque ce sont d’autres personnages que les esclaves qui parlent. Ainsi, Aretémone, épouse du maître Déménète, appelle-t-elle l’esclave Leonidas //custos erilis//, parce qu’elle n’a pas avec son mari la même relation que l’esclave.
 +L’ordre syntaxique de l’adjectif latin dans le syntagme nominal, surtout dans les textes de comédie, a des retombées importantes pour la valeur de son correspondant en osque et l’interprétation du contexte de l’inscription où il figure. 
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 +Malheureusement, le syntagme du texte osque est mutilé. On ne lit que …..] //herilím pím//, où l’adjectif est suivi par un pronom relatif au même cas que lui. La perte de ce qui précède nous a privés de ce qui devait être le nom déterminé par l’adjectif (…..] //herilím//). La phrase relative, à son tour fragmentaire, semble avoir une fonction déterminative servant à préciser le syntagme avec …..] //herilím//. La syntaxe de l’énoncé concorde avec l’ordre syntaxique de l’adjectif en latin : dans le texte épigraphique osque, le locuteur n’est pas impliqué ; par conséquent, l’identification de la figure du « maître, patron » auquel fait allusion l’adjectif //herilím// ne peut être confiée qu’à la structure du récit. 
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 +Or, la structure du récit et le besoin d’identification en contexte narratif imposent un ordre syntaxique différent de celui des dialogues. Ainsi, lorsque Palestrion, dans le //Miles gloriosus//, doit exposer les événements qui précèdent, il désigne la maîtresse de son maître par le syntagme //amica erilis//, avec postposition de l’adjectif : 
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 +    * Pl. //Mil//. 122-124 : \\ PAL. //Video **illam amicam erilem** Athenis quae fuit.  \\ Vbi contra aspexit me, oculis mihi signum dedit  \\ Ne se appellarem.// […] \\ « Palestrion : Qu’y vois-je en arrivant ? La jeune fille d’Athènes, **la maîtresse de mon maître**. Elle m’aperçoit de son côté, et aussitôt, de l’œil elle me fait signe de ne point lui parler. » (traduction A. Ernout, CUF, 1936)
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 +Étant donné la longueur de son récit, l’esclave doit donner des points d’ancrage immédiats aux spectateurs, ce qu’il fait à travers l’anaphorique //illam//, la position marquée de l’adjectif après le nom et la phrase relative. La traduction la mieux appropriée de cette tournure semble être : « Qu’est-ce que je vois ? C’est l’amante du maître, celle qui se trouvait à Athènes ». La structure syntaxique de l’énoncé de Plaute se rapproche ainsi de celle de l’inscription osque. 
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