ĕrīlis, -e

(adjectif)



4.1. Résumé

Attesté dès les débuts de la littérature latine, (h)erilis voit ses emplois et ses valeurs se modifier au cours du temps. Il suit, en fait, d’assez près l’évolution du substantif dont il est dérivé, erus, et du féminin correspondant, era.

Il convient de distinguer l’emploi du lexème comme adjectif qualifiant un substantif (I) et son emploi substantivé (II).

I. Adjectif

A. L’emploi le plus ancien et le plus répandu de l’adjectif est celui où il signifie « du maître, du patron », par référence spécifique à la maison, où sont compris les individus (A.1), les animaux et les biens inanimés (A.2). Les textes scéniques ne présentent que cette valeur. Dans la presque totalité des attestations, le mot se trouve dans la bouche d’esclaves qui désignent ainsi quelque chose qui appartient à leur maître.

B. Parallèlement à erus, qui sera ensuite concurrencé en ce sens et remplacé par dominus, l’adjectif exprime la notion d’appartenance à un « propriétaire » ou à un « possesseur », même occasionnel, pour n’importe quel type de propriété ; il s’applique à des biens à la fois matériels et immatériels.

C. De là, l’adjectif prend la valeur de « appartenant au seigneur », que ce seigneur soit un homme ou une divinité. Ainsi, dans le domaine civil et laïc, (h)erilis est-il appliqué à ce qui appartient à l’empereur (C.1) et, dans le domaine religieux, à ce que possèdent une ou plusieurs divinités (C.2).

Enfin, chez les auteurs chrétiens, l’adjectif s’applique à ce qui appartient au Christ : dans cet emploi, il est autonome par rapport à erus, qui ne désigne jamais le Christ. Seul dominus renvoie au Dieu des chrétiens.

II. Substantif

A. On observe une substantivation de l’adjectif dans la comédie ancienne à partir d’une expression usuelle.

Chez Plaute et Térence, l’adjectif (h)erilis détermine très souvent le substantif filius pour désigner le fils du maître dans les répliques des esclaves. Dans son commentaire à Térence (Andr. 602), Donat explique cette expression par gr. τρóφιμος, employé chez Ménandre avec la même valeur que l’expression latine, celle de « fils du maître, du patron ».

L’emploi de ce syntagme erilis filius a permis une substantivation au masculin de (h)erīlis avec le sens de « fils du maître, fils du patron ». Toutes les occurrences de cet emploi se concentrent chez Plaute (Epid. 4 ; Most. 21 ; Pseud. 1, 6).

B. Apulée emploie l’adjectif substantivé au féminin dans des interpellations avec le sens de « maîtresse» :

  • Apul. Met. 4, 27 :
    bono animo esto, mi (h)erīlis
    « Soyez bienveillante, ma maîtresse ».

L’origine de cette substantivation se trouve dans l’emploi de l’adjectif relationnel dans le syntagme (h)erīlis uxor « l’épouse de (mon) maître ». Ce syntagme, de même que pour (h)erilis filius au masculin, a abouti à l’emploi substantivé au féinin de (h)erilis dans le sens de « maîtresse ».

C. À partir du sens « appartenant au Seigneur », (h)erilis a pu être employé seul substantivé au masculin pluriel dans le vocabulaire chrétien pour renvoyer aux chrétiens, comme le montre l’exemple suivant, où Rufin établit une équivalence entre dominicus et erilis :

  • Ruf. Hist. 1, 7, 14 :
    eriles uel dominici appellati, propter propinquitatem generis Christi.


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