ĕrīlis, -e

(adjectif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

On ne connaît que des attestations littéraires de l’adjectif (h)erīlis, à l’exception de deux attestations épigraphiques dans des inscriptions poétiques : CLE 219, 17 avec la graphie <erilis> et CLE 1395b, 15 avec la graphie <herilis>. La présence du mot dans ce type d’inscription indique qu’à l’époque impériale, il appartenait à la langue cultivée.

3.0.1. Première occurrence dans les textes

Le mot apparaît chez les auteurs les plus anciens, Ennius, Plaute et Térence. C’est chez Ennius que l’on trouve la première occurrence du mot, dans un fragment appartenant à une œuvre scénique, dans le syntagme nominal erilis custos, attesté aussi chez Plaute :

  • Enn. Scen. 255 :
    Antiqua erilis fida custos corporis.
    « ancien et fiable garde du corps du maître. » (renvoyant à une femme)
  • Pl. As. 655 :
    Di te seruassint semper custos erilis, decus populi.
    « Que les dieux puissent t’assister, garde du corps de ton maître, honneur du peuple. »

Le syntagme nominal erilis custos (ou custos erilis, avec une différence sémantique que l’on verra plus loin) semble s’être répandu pour dénoter le rôle de « garde du corps du maître ».

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

(H)erīlis est un mot assez rare dans la latinité. Ses attestations les plus nombreuses se concentrent dans la première phase de la littérature latine avec une densité remarquable chez Plaute : c’est chez cet auteur que l’adjectif compte le plus grand nombre d’occurrences, ce nombre dépassant la somme des occurrences relevées chez les autres auteurs. Ainsi, l’adjectif est-il 11 fois plus fréquent chez Plaute que chez Térence (44 occurrences contre 4), ce qui correspond à la distribution d’erus chez ces deux auteurs (33 occurrences chez Térence, 104 chez Plaute). On notera en outre que l’adjectif (h)erīlis est proportionnellement moins fréquent que le substantif erus chez Térence.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

Dans leur grande majorité, les occurrences d’(h)erīlis se trouvent au singulier, surtout au nominatif, génitif, accusatif et ablatif.

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Le mot est attesté dans toute la latinité, mais, après l’époque archaïque, il est peu fréquent.

Période Nombre d’occurrences
IIIe - IIe s. av. J.-C. 50
Iers. av. J.-C. 1
Iers. ap. J.-C. 5
IIes. ap. J.-C. 1
IIIes. ap. J.-C. 4
IVes. ap. J.-C. 5
Ves. ap. J.-C. 3
Total 69

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Les termes erus et (h)erilis relèvent de la langue des esclaves : par exemple, EM (s.u. erus) écrit que, chez Plaute, « le mot est souvent mis dans la bouche des esclaves » (voir erus).

La fréquence d’(h)erilis chez Plaute et Térence a laissé penser que cet adjectif correspondait à un emploi très ancien et de bas niveau de langue. Wackernagel (1928, II, 68) parle ainsi de « véritable caractère populaire » («echte Volkstümlichkeit»), alors que, pour J.-B. Hofmann (1951, 160), l’emploi de l’adjectif relationnel à la place du génitif du substantif s’explique par la tendance de l’«Umgangssprache» à la brièveté.

À notre avis, la fréquence d’emploi de ces termes dans la bouche des esclaves de Plaute ne signifie pas qu’ils soient d’un bas niveau de langue (voir erus). Il s’agit seulement d’une conséquence de la signification de mots qui se prêtent à être employés plus fréquemment par des subordonnés pour renvoyer à leur supérieur que par des supérieurs pour parler d’eux-mêmes.

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

La faible fréquence d’(h)erilis ainsi que sa répartition dans les textes ne permettent pas d’en donner la distribution diatopique. L’attestation du correspondant d’(h)erilis en osque (herilím à l’accusatif singulier : voir plus bas) ne fournit aucune preuve de la distribution diatopique du mot latin. Il est très probable que la forme osque ait été influencée par le latin, mais il est difficile de déterminer quel type d’interférence linguistique entre osque et latin est ici en jeu.

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

Si l’adjectif (h)erilis est assez courant dans la langue de Plaute et de Térence, il devient plus rare chez les auteurs postérieurs. Il est presque exclu de la prose classique et postclassique (une seule attestation chez Fronton), alors que la seule attestation chez Varron appartient à la poésie dans les Satires Menippées. Toutes les autres occurrences se situent en poésie.

NB : Les chiffres ci-dessous sont ceux du TLL.

• Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Nombre d’occurrences
Ennius 1
Plaute 44

• Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Nombre d’occurrences
Térence 4
Caton 0
Afranius 1
Nombre d’occurrences
Cicéron 0
César 0
Salluste 0
Varron 1
Lucrèce 0
Catulle 0

• Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (43 av. JC-14 ap. JC)

Nombre d’occurrences
Virgile 1
Horace 2
Ovide 2
Tite-Live 0
Vitruve 0

• Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Nombre d’occurrences
Sénèque 1
Lucain 0
Silius Italicus 1
Valerius Flaccus 2
Pline l’Ancien 0
Quinte-Curce 0
Valère Maxime 0

• Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C)

Nombre d’occurrences
Quintilien 0
Tacite 0
Pline le Jeune 0
Stace 1
Juvénal 0
Martial 0

• Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Nombre d’occurrences
Apulée 2
Suétone 0
Aulu-Gelle 1
Fronton 1

• Période VIII. Tertullien et l’Histoire auguste : des Sévères à Constantin (193-337)

Nombre d’occurrences
Tertullien 0
Manicius Felix 0
Arnobe 0
Histoire Auguste 0
Cyprien 0
Lactance 0

• Période IX : du milieu du IVe au début du Ve s., l’Empire après Constantin jusqu’à Honorius (337-423)

Nombre d’occurrences
Ambroise 1
Claudien 1
Ammien Marcelin 0
Aurel. Vict 1
Sid. Apoll. 1
Ausone 1

• Période X : du milieu du Ve à la fin du VIe

Nombre d’occurrences
Paulinus Nolanus 1
Symmacus 1
Ennodius 1


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