ĕrīlis, -e

(adjectif)



2. Morphologie

2.1. Indications grammaticales

Adjectif de la 2ème classe du type fortis, -ĕ. La flexion de ce type d’adjectif appartient aux thèmes en -i- : au nominatif singulier, ces adjectifs ont deux terminaisons : l’une, -is, est commune au masculin et au féminin (animé), l’autre, , est réservée au neutre.

2.2. Variantes morphologiques

Aucune variante morphologique signalée.

2.3. Formation du lexème

L’adjectif ĕrīlis est analysable en ĕr-īlis avec un suffixe –īlis sur la base de suffixation er-, qui représente le thème synchronique du substantif erus « maître » (voir ce mot).

Il est formé à l’aide du suffixe latin productif -li-, adjectival et désubstantival, généralement précédé d’une voyelle longue, ce qui donne les allomorphes : -lis, -ālis, -īlis, -ūlis, -ēlis. La forme suffixale formant le plus grand nombre de lexèmes est -ālis, puis -īlis et -ūlis.

Les adjectifs en -lis sont le plus souvent des « adjectifs d’appartenance » : fīlius erīlis « le fils du maître » dans la bouche d’un esclave chez Plaute. L’entité dénotée par la base de dérivation (le substantif de base de l’adjectif : ici erus « le maître ») est le possesseur de l’entité dénotée par le substantif déterminé par l’adjectif (ici fīlius « fils »). En outre les adjectifs suffixés en -lis ont un sémantisme non gradable (ils n’ont ni comparatif, ni superlatif). Ils ne sont pas des adjectifs qualificatifs, mais des adjectifs relationnels ou déterminatifs (au sens de J. Marouzeau), qui sont souvent sémantiquement les équivalents du génitif du substantif qui leur sert de base de dérivation.

La voyelle longue qui précéde -li- se trouve en synchronie à l’initiale des allomorphes suffixaux. Elle a différentes origines selon le timbre de la voyelle (voir la 3ème partie).

L’allomorphe -ālis était productif. Il est probablement issu des cas où le substantif servant de base de dérivation était un thème en -ā-. Cette variante en ā a pu ensuite s’étendre à des bases de dérivation ne relevant pas de la première déclinaison des substantifs. Le suffixe se présente sous la forme -āris par dissimilation du /l/ en /r/ lorsque la base de dérivation contient déjà un /l/ (cf. familiāris sur familia).

L’allomorphe -īlis se trouve derrière des substantifs de base relevant de la deuxième déclinaison thématique et l’origine du ī fait alors problème1). C’est le cas pour (h)er-īlis sur er-us. Les dictionnaires étymologiques considèrent (h)erīlis comme une formation créée d’après le modèle de seru-īlis2) sur seru-us, selon un phénomène analogique bien attesté entre deux antonymes (« maître » vs « esclave ») : ĕr-īlis est à erus « maître » ce que seru-īlis est à seru-us « esclave ».

Dans le vocabulaire latin, l’antonymie d’erus « maître » et de seruus « esclave » se manifeste par d’autres créations lexicales pour des termes partageant les mêmes suffixes sur des bases de suffixation entretenant des relations antonymiques : par exemple, le suffixe -tūdō dans eritudo attesté par Festus, qui le met en parallèle avec seruitudo (eritudo : seruitudo : P.F. 73, 83 L., cf. Sblendorio Cugusi 1991, p.223 et erus §5.3. Les deux termes sont vraisemblablement des formations savantes tendant à mettre en relief la symétrie (opposition et parallélisme) morphologique liée à l’antonymie sémantique.

Une autre correspondance morphologique entre les dérivés d’erus et de seruus se retrouve dans eritio, connu par une glose (G.L. IV Ps.-Plac. F 16). Le mot eritio est une formation morphologiquement symétrique de seruitio, d’après le modèle de famulatio et de dominatio : famulatio seruitio ut eritio dominatio.

Mais d’où vient le ī dans le modèle seruīlis, puisque seruus est un thème en *-o- et non pas en i ? M. Leumann (1977, 350), suivant une hypothèse formulée par Muller (1926), considère que le /ī/ dans -īlis relève non de l’analogie des thèmes en i, mais du morphème de génitif singulier des thèmes en *o- (cf. gén. sg. dominī) de la même manière que les autres adjectifs en -īlis bâtis sur des substantifs thématiques en *-o-, tels : puerīlis (sur puer), fabrīlis (sur faber), uirīlis (sur uir).

L’adjectif osque correspondant à (h)erīlis est susceptible de remettre en cause cette explication, dans la mesure où les langues sabelliques n’ont jamais connu le morphème /ī/ du génitif singulier des thèmes en *-o-. L’attestation du correspondant de lat. (h)erīlis en osque n’admet que deux solutions : soit il s’agit d’un emprunt au latin, soit il s’agit d’une formation autonome. Seule la solution de l’emprunt rend possible l’explication retenue par M. Leumann pour l’adjectif latin.


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1) Au contraire lorsque le substantif de base est un thème en i de la troisième déclinaison, le ī du suffixe -īlis en synchronie est, en fait, issu de l’allongement de la voyelle finale du substantif de base en diachronie : cf. cīuīlis de cīuī-lis sur cīuis.
2) EM, s.u. erus : « Fait sans doute d’après seruilis » ; WH, p. 419 s.u. erus.