dēspondeō, -ēre

(verbe)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

▪ Par la voie phonétique, le verbe dēspondēre lui-même n’a rien donné. Mais certaines langues romanes ont conservé des formes héritées de ses dérivés, notamment du fréquentatif dēsponsāre :

- espagnol: desposar « marier » (< lat. dēsponsāre) et desposarse « se marier », duquel sont dérivés desposado, -a « jeune marié(e) », desposorio « fiançailles », ainsi que les anciens desposamiento et desposación ; également desposajas, variante castillane d’esposayas (forme de León) < lat. sponsalia.

- portugais : desposar « donner pour épouse », « se marier avec » (< lat. dēsponsāre), et son dérivé desposório.

▪ Sont bien conservés dans les langues romanes le fréquentatif de spondēre, sponsāre (< *spond-tāre, cf. § 5.3), et les noms du « promis » et de la « promise », issus du participe parfait passif de spondēre, sponsus et sponsa:

- a.-fr. espus > fr. époux, épouse, refaits d’après le verbe épouser, qui vient lui-même de lat. sponsāre (> *spōsāre) ;

- esp. esposo « époux » / esposa « épouse » ; esposar « menotter » ;

- port. esposo « époux » / esposa « épouse » ;

- it. spòso « fiancé, époux » ; spòsa « fiancée, épouse » ; sposàre « marier, épouser »; sposalìzio « mariage » < lat. tard. sponsalĭciu(m) (cf. § 5.3).

7.1.2. Sémantique

Du sémantisme de la famille latine de spondere (sponsus, sponsa, etc.), les langues romanes ont retenu les emplois liés aux fiançailles et au mariage, en faisant plus ou moins évoluer le sens des mots latins.

7.1.2.1. En français

Du sens de « promis(e) », « fiancé(e) » associé à sponsus et sponsa, qui désignent les futurs conjoints avant le mariage, on passe à celui de « conjoint », « marié » dans époux et épouse, qui désignent cette fois les conjoints après le mariage: le sème /futur/ disparaît, sème qui était inhérent au sens « promettre » de spondere, sponsus et sponsa, et seul le sème /mariage/ perdure.

7.1.2.2. En espagnol

Certaines des formes héritées de la famille de spondere ont connu un développement particulier, ouvrant la voie à une nouvelle répartition entre les formes héritées des dérivés du verbe simple et les formes héritées des dérivés du composé despondere: si esposo et esposa désignent, comme en français, l’homme et la femme mariés, esposar n’a ni le sens d’« épouser », ni celui de « marier (qqn) », mais celui de « passer les menottes à ». De là, l’espagnol a créé le nom féminin pluriel esposas, « menottes ». Le participe-adjectif esposado, -a permet de faire le lien entre les deux sens puisqu’il signifie à la fois « menotté » et « nouvellement marié ».

Par conséquent, c’est le verbe desposar qui s’est substitué à esposar dans le sens de « fiancer, marier », avec desposarse dans le sens de « se marier ». Desposando, -a désigne celui ou celle qui va se marier et le participe desposado, -a, celui ou celle qui vient de se marier. Sans doute par interférence avec le participe d’esposar, esposado, desposado a pris aussi le sens de « menotté ».

Le dérivé desposorio désigne les fiançailles.

7.1.2.3. En portugais

De manière quelque peu similaire à l’espagnol, le portugais a réparti de manière complémentaire les formes héritées des dérivés du verbe simple et les formes héritées des dérivés du composé despondere : ainsi, les noms de l’époux et de l’épouse (esposo et esposa) sont issus de lat. sponsus et lat. sponsa (?), avec la même évolution sémantique qu’en français et en espagnol, tandis que le verbe signifiant « donner pour épouse » ou « se marier avec » est desposar, issu de lat. desponsare.

7.1.2.4. En italien

Les formes italiennes spòso et spòsa ont conservé le sens de « fiancé(e) » de lat. sponsus et lat. sponsa ; elles ont pris également le sens de « conjoint » et « conjointe », mais plus spécifiquement celui de « jeune marié(e) ».

Le verbe it. sposàre a à la fois le sens d’« épouser » et celui d’« unir par le mariage », ainsi que celui de « donner en mariage », plus proche du lat. spondere.

Le substantif masculin sposalìzio désigne la cérémonie du mariage, comme le lexème latin dont il est hérité.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

On trouve en ancien et moyen français la forme desponsation ou desponsacion pour désigner les fiançailles, souvent dans un contexte chrétien, où il s’agit de désigner des fiançailles avec Dieu (cf. DMF. Ce mot est un emprunt au latin tardif desponsatio « fiançailles », également souvent en contexte chrétien (cf. § 5.3).

À côté des formes héritées de la famille de spondere, l’italien a emprunté l’adjectif lat. sponsalis (acc. sponsāle(m)) dans la forme sponsàle signifiant « nuptial, conjugal », d’où est tiré le substantif masc. plur. sponsàli « promesse de mariage, mariage ».

Sans doute sous l’influence de ces emprunts, reconnaissables à la présence de la nasale, le substantif masculin hérité sposalìzio a connu un pluriel féminin orthographié sponzalìzie .

À côté de la forme construite sur le radical hérité despos-, le portugais connaît une forme desponsório, formée à partir du lat. desponsu- et du suffixe -ório. Cette langue a également une série de formes peut-être semi-savantes : esponsais, esponsal, esponsalias, esponsalicio, esponsorios.



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