Différences

Cette page vous donne les différences entre la révision choisie et la version actuelle de la page.

dictionnaire:despondere6 [2013/06/25 10:09]
lestrade
dictionnaire:despondere6 [2014/12/17 12:10] (Version actuelle)
desiderio
Ligne 1: Ligne 1:
-<html><div class="titre">dēspondeō, -ēre</div></html> \\  <html><center><big><big>(verbe)</big></big></center></html> +<html><class="lestitres">dēspondeō, -ēre</p></html> <html><center><big><big>(verbe)</big></big></center></html> 
 +\\
 ---- ----
 \\ \\
Ligne 29: Ligne 29:
 L’étymologie de //spondeō, -ēre// est l’une des mieux établies depuis les débuts de la grammaire comparée. Il est à peine besoin de compléter l’article du dictionnaire Ernout-Meillet. L’étymologie de //spondeō, -ēre// est l’une des mieux établies depuis les débuts de la grammaire comparée. Il est à peine besoin de compléter l’article du dictionnaire Ernout-Meillet.
  
-On pose une racine *//spend-// « faire une libation » (1. *//spend-// ‘libieren’ dans //LIV//), connue par gr. σπένδω « faire une libation, verser », σπονδή « libation, offrande liquide »((On remarque que, sur ce point, l’étymologie moderne de la grammaire comparée des langues i.-e. rejoint le rapprochement effectué par Festus (suivant Verrius Flaccus) avec ce substantif grec (cf. [[§ 5.2.2.]]). Mais, naturellement, les liens entre les deux lexèmes, grec et latin, sont bien différents dans les deux cas. Pour les grammairiens latins, le terme latin « vient du grec », alors qu’il lui est seulement apparenté selon la méthode de la linguistique comparée.)). La racine, connue en latin et en grec depuis le XIX<sup>e</sup> s., apparaît également en hittite.+On pose une racine *//spend-// « faire une libation » (1. *//spend-// ‘libieren’ dans //LIV//), connue par gr. σπένδω « faire une libation, verser », σπονδή « libation, offrande liquide »((On remarque que, sur ce point, l’étymologie moderne de la grammaire comparée des langues i.-e. rejoint le rapprochement effectué par Festus (suivant Verrius Flaccus) avec ce substantif grec (cf. [[§ 5.2.2.]]). Mais, naturellement, les liens entre les deux lexèmes, grec et latin, sont bien différents dans les deux cas. Pour les grammairiens latins, le terme latin « vient du grec », alors qu’il lui est seulement apparenté selon la méthode de la linguistique comparée.)). La racine, connue en latin et en grec depuis le XIX<sup>e</sup> s., apparaît également en hittite.
  
  
Ligne 46: Ligne 46:
 L’éventuel rattachement à la racine *//spend-// de la base verbale tokharienne A et B //spänt-// « avoir confiance, se fier » ainsi que des adverbes (et adjectifs indéclinables) B //späntai//, A //spānte// « en confiance, confiant » est problématique. Il était admis, et se trouve encore dans le dictionnaire de Adams (1999). Mais Saito (2006, 223) et Pinault (2008) mettent en doute ce rapprochement, d’abord pour des raisons formelles : l’occlusive //*-d-// « aboutit normalement à une affriquée en contexte non palatal, à une fricative en contexte palatal((Pinault (2008, 342), qui propose une autre étymologie, en rapprochant lat. //spēs//, sur *//sp<sup>h</sup>eh<sub>1</sub>-//.)) ». Ensuite, comme le souligne Pinault, le sens des mots tokhariens cadre mal avec celui de la racine *//spend-//. Si l’on croit au rapprochement, l’évolution proposée par Adams (1999) est *« pour a libation », d’où *« be guaranteed », puis « trust ». Selon Saito (2006), dubitatif, le cheminement pourrait être « durch Libieren versprechen », d’où « versichern », puis « Vertrauen bewirken », enfin  « vertrauen ». L’éventuel rattachement à la racine *//spend-// de la base verbale tokharienne A et B //spänt-// « avoir confiance, se fier » ainsi que des adverbes (et adjectifs indéclinables) B //späntai//, A //spānte// « en confiance, confiant » est problématique. Il était admis, et se trouve encore dans le dictionnaire de Adams (1999). Mais Saito (2006, 223) et Pinault (2008) mettent en doute ce rapprochement, d’abord pour des raisons formelles : l’occlusive //*-d-// « aboutit normalement à une affriquée en contexte non palatal, à une fricative en contexte palatal((Pinault (2008, 342), qui propose une autre étymologie, en rapprochant lat. //spēs//, sur *//sp<sup>h</sup>eh<sub>1</sub>-//.)) ». Ensuite, comme le souligne Pinault, le sens des mots tokhariens cadre mal avec celui de la racine *//spend-//. Si l’on croit au rapprochement, l’évolution proposée par Adams (1999) est *« pour a libation », d’où *« be guaranteed », puis « trust ». Selon Saito (2006), dubitatif, le cheminement pourrait être « durch Libieren versprechen », d’où « versichern », puis « Vertrauen bewirken », enfin  « vertrauen ».
  
-Si le grec σπένδω est un présent thématique à degré //e//, comme λέγω, le latin //spondeō, -ēre// est un itératif-fréquentatif à degré //o//, suffixé en //*-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-//, du type de //mordeō//, //tondeō//.+Si le grec σπένδω est un présent thématique à degré //e//, comme λέγω, le latin //spondeō, -ēre// est un itératif-fréquentatif à degré //o//, suffixé en //*-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-//, du type de //mordeō//, //tondeō//.
  
  
Ligne 59: Ligne 59:
 Le sens de //spondēre // est purement moral : « promettre, garantir ». L’emploi concret a été pris par //lībāre//. Le sens de //spondēre // est purement moral : « promettre, garantir ». L’emploi concret a été pris par //lībāre//.
  
-La filière sémantique se laisse établir comme suit : l’emploi hérité par le latin doit être intransitif ; on va de « faire une libation <pour garantir une promesse, un engagement> » à « prendre un engagement », « faire une promesse ». Le verbe s’est alors retransitivé : //filiam spondere//. L’orientation vers l’idée d’« engagement, promesse » se retrouve dans σπένδω également, surtout au moyen σπένδομαι. Il y a peut-être un lointain vestige d’héritage dans le parallélisme entre //pacem spondeo// et εἰρήνην σπένδομαι, que l’on trouve chez Hérodote((Hdt. 7, 148 : τριήκοντα ἔτεα εἰρήνην σπεισάμενοι ἐσπένδοντο ἀναίρεσιν τοῖς νεκροῖς.)).+La filière sémantique se laisse établir comme suit : l’emploi hérité par le latin doit être intransitif ; on va de « faire une libation <pour garantir une promesse, un engagement> » à « prendre un engagement », « faire une promesse ». Le verbe s’est alors retransitivé : //filiam spondere//. L’orientation vers l’idée d’« engagement, promesse » se retrouve dans σπένδω également, surtout au moyen σπένδομαι. Il y a peut-être un lointain vestige d’héritage dans le parallélisme entre //pacem spondeo// et εἰρήνην σπένδομαι, que l’on trouve chez Hérodote((Hdt. 7, 148 : τριήκοντα ἔτεα εἰρήνην σπεισάμενοι ἐσπένδοντο ἀναίρεσιν τοῖς νεκροῖς.)).
  
 Le verbe hittite //išpant-// offre une diversité sémantique que Haudry a tenté d’expliquer selon sa [[« théorie des deux modèles »]], mais cette diversité va vers les notions de « sacrifier, consacrer », et non vers celle d’« engagement ». Le verbe hittite //išpant-// offre une diversité sémantique que Haudry a tenté d’expliquer selon sa [[« théorie des deux modèles »]], mais cette diversité va vers les notions de « sacrifier, consacrer », et non vers celle d’« engagement ».
  
 \\  \\  [[:dictionnaire:despondere5|Aller au § 5]] ou [[:dictionnaire:despondere|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:despondere7|Aller au § 7]] \\  \\  [[:dictionnaire:despondere5|Aller au § 5]] ou [[:dictionnaire:despondere|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:despondere7|Aller au § 7]]
-