crassus, a, um

(adjectif)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

L’adjectif crassus renvoie en premier lieu à l’expérience concrète de celui qui éprouve l’épaisseur ou la densité d’un objet (la terre, une pièce de fer, une pierre, un liquide) et un bon nombre de ses occurrences se trouvent chez des auteurs techniques (Caton, Columelle, Vitruve, Celse, Pline l’Ancien). De telles réalités ont leur place dans l’expérience courante et l’adjectif est employé dans la langue parlée dès l’époque archaïque, comme on le voit dans la comédie (Plaute, Térence). Cet ancrage dans le quotidien fait qu’il est corrélativement plus fréquent dans la satire (Horace, Martial), plus rare ou même absent chez les auteurs offrant une langue plus littéraire (Cicéron, César, Tite-Live, Virgile), mais alors sa présence donne un emploi plus marqué (par exemple Virg. En. 10, 349 4.2.B).

Ses dénotations matérielles prégnantes font qu’il est assez rare à propos de la conduite humaine à la période archaïque et classique, et c’est seulement chez les auteurs chrétiens qu’il connaît une certaine fréquence pour l’alourdissement de l’homme dans sa vie terrestre ou la pesanteur de l’âme affectée par le péché. L’expression des auteurs chrétiens crassa rusticitas 1) a pour équivalent Fr. une ignorance crasse, crasse, à la suite de lat. crassa, signifie « épais ».

6.2. Etymologie et origine

Les dictionnaires étymologiques font état des difficultés que pose l’origine de l’adjectif crassus. Pour expliquer cette forme, il est possible de partir de la syncope d’un ancien *crātĭtus, qui se réduisait à un thème crass- dans certains contextes, soit *crātĭtús=que> crassús=queou bien, au génitif pluriel, *crātĭtṓrum> crassṓrum, en vertu du principe des lois de limitation rythmique en latin (Garnier , 2013, 239-241). Cet étymon *crātĭtusserait en propre le participe d’un dénominatif statif *crāteō« être épais » formé sur une forme fossile *crātus(< it. com. *krā-tó- < *ḱṛh1-tó-) apparentée au groupe de crēscō, crēuī« croître », qui reflèterait un ancien inchoatif *crāscor« se mettre à épaissir, croître » (<*ḱṛh1-sḱ-é/ó-).



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1) Hier. Ep. 27, 1 : […] non adeo hebetis fuisse me cordis et tam crassae rusticitatis […] ut aliquid de dominicis uerbis corrigendum putauerim […] « […] je ne suis pas affligé d’un esprit si obtus ni d’une si grossière rusticité […] que je pense qu’un élément quelconque des paroles du seigneur doive être modifié […] » (traduction J. Labourt, 1951, CUF)