crassus, a, um

(adjectif)



4. Description des emplois et de leur évolution

4.1. Résumé

A. « pais, d’une épaisseur qui pourrait être mesurée »

  • Pl. Capt. 721-722 :
    ducite
    ubi ponderosas crassas capiat compedes.
    « […] conduisez-le là où il doit prendre des chaînes lourdes et épaisses. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Cat. Agr. 18,1 : […] arbores crassas p. II, altas p. VIIII cum cardinibus […]
    « […] arbres de deux pieds de grosseur, de neuf de hauteur, y compris les tenons […] » (traduction R. Goujard, 1975, CUF)
  • Vitr. 4, 8, 1 : […] columnae […]crassae altitudinis suae […]decumae partis […]
    « […] le diamètre des colonnes correspond au dixième de leur hauteur […] » (traduction P. Gros, 1992, CUF)
  • Mart. 5, 78, 25 : nec crassum dominus leget uolumen.
    « et le maître ne lira pas un gros volume. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Lact. Opif. 5, 8 (à propos des membres) : Eaque rursus non aequaliter porrecta finiuit, sed summas eorum partes nodis crassioribus conglobauit, ut substringi neruis facilius possent […]
    « Il ne leur a pas donné un contenu uniforme sur toute leur étendue : il a arrondi leurs extrémités en des jointures plus épaisses pour leur permettre d’être plus facilement liés aux ligaments […] » (traduction B. Bakhouche et S. Luciani, Brepols, 2009).

B. « Perçu comme épais, dense »

  • Pl. Per. 95-96 : Tum nisi cremore crassost ius collyricum,
    nihili est, macrum illud epicrocum pellucidum.
    « Et puis si le bouillon de pâte n’est pas épais comme une crème, il ne vaut rien, ce n’est qu’une eau jaune, maigre, transparente. » (traduction A. Ernout, 1961, CUF)
  • Virg. En. 10, 349 :
    fronte ferit terram et crassum uomit ore cruorem.
    « […] son front frappe la terre, sa bouche vomit un sangépais. » (traduction J. Perret, 1997, CUF).
  • Cels. 5, 26, 20, 189 : Sanguis omnibus est notus ; sanies est tenuior hoc, uarie crassa et glutinosa et colorata ; puscrassissimum albidissimumque, glutinosius et sanguine et sanie […]
    « Le sang est connu de tout le monde ; plus ténue que ce liquide, la sanie peut être plus ou moins épaisse, gluante et colorée ; le pus est très épais, très blanc et plus gluant que le sang et la sanie […] » (traduction J.-F. Thomas)

Il se dit aussi de l’air et du climat :

  • Cic. Fat. 7 : Athenis tenue caelum, […] crassum Thebis […]
    « A Athènes, l’air est léger, […] il est lourd à Thèbes […] » (traduction J.-F. Thomas)
  • Aug. Gen. litt. 3, 3, 64 (à propos de l’air sur l’Olympe) :
    […] perhibetur aer esse tam tenuis, ut neque nebulis obumbretur nec turbetur uento nec sustentare alites possit nec ipsos, qui forte ascenderint homines, crassioris aurae spiritu alere, sicut in isto aere consuerunt […]
    « […] l’air, dit-on, est si léger qu’il n’est ni assombri par les nuages ni troublé par le vent, qu’il ne peut soutenir le vol des oiseaux et que, à la différence de l’air auquel nous sommes habitués, l’atmosphère n’est pas assez dense pour alimenter les hommes qui s’aventurent sur ces hauteurs […] » (traduction P. Agaësse, D. de Brouwer, 1972).

L’adjectif qualifie encore les nuages, le brouillard, la pluie :

  • Ps. Caes. Bell. Hisp. 6, 3 : […] hic in aduentu Pompei incidit ut matutino tempore nebula esset crassisssima […]
    « […] mais il se trouva qu’un matin, à l’arrivée de Pompée, il y avait un brouillard très épais […] » (traduction J.-F. Thomas)

C. Autres sens

C. 1. « Intensif, énergique »

  • Plin. Nat. 34, 131 (à propos de la spode, un oxyde de zinc : […] purgatur ante pinna, dein crassiore lotura digitis scabritiae excernuntur […]
    « […] on commence à la nettoyer avec une plume, puis avec un lavage énergique sont retirées à la main les granulations […] » (traduction H. Le Bonniec, CUF, 1953).

C. 2. « Rugueux »

  • Vitr. 7, 11, 1 : […] aes cyprum limis crassis uti scobis facta […]
    « […] du cuivre réduit à l’état de limaille à l’aide degrosses limes, […] » (traduction B. Liou, CUF, 1995)
  • Plin. Nat. 36, 53 : […] crassior harena plus erodit marmoris […]
    « […] un sable plus grossier use davantage le marbre […] » (traduction J.-F. Thomas)

C. 3. « Sans finesse »

  • Juv. 9, 28-31 (à propos des lacernes, pièces de grosse étoffe) :
    […] pingues aliquando lacernas,
    munimenta togae, duri crassique coloris
    et male percussas textoris pectine Galli
    accipimus[…]
    « De temps à autre, des chapes épaisses, rempart de la toge, d’une qualité rude et grossière, mal foulées par le peigne d’un tisserand gaulois, voilà ce que je reçois » (traduction J. Gérard, 1983, CUF)

Il s’applique aussi à des spécificités humaines et à des personnes dépourvues de finesse :

  • Hor. Sat. 2, 2, 1-3 :
    Quae uirtus et quanta, boni, sit uiuere paruo
    (nec meus hic sermo est, sed quae praecepit Ofellus
    rusticus, ab normis sapiens crassaque Minerua)
    « Quelle précieuse qualité, mes bons amis, que de vivre de peu (ce langage n’est pas de moi : ce sont les leçons que donnait Ofellus, un campagnard, sage en dehors des formules et dont la Minerve était sans finesse !) » (traduction F. Villeneuve, 1995, CUF)

Assez fréquent chez les auteurs chrétiens, pour l’engourdissement des hommes qui ne peuvent s’élever de la vie terrestre :

  • Ruf. Orig. Psalm. 38, 2, 8, 3 : anima quae peccat crassior efficitur.
    « L’âme qui commet le péché devient pluslourde. » (traduction J.-F. Thomas)

C. 4. « Fertile et dense » : une terre grasse

  • Cat. Agr. 6, 1 : Agrum quibus locis conseras, sic obseruari oportet : ubi ager crassus et laetus est sine arboribus, eum agrum frumentarium esse oportet.
    « Pour savoir quelles cultures il faut affecter aux différentes sortes de terre, voici les consignes à respecter : dans un terrain sans arbres gras et fertile, il convient de faire un champ à céréales. » (traduction M. Fruyt)



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