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dictionnaire:contumelia6 [2015/07/16 15:23] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres"> contŭmēlia, -ae, f. </p></html> <html><center><big><big> (substantif)</big></big></center></html>
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 +====== 6. Histoire du lexème ======
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 +===== 6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois =====
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 +//Contumēlia// est étymologiquement un nom abstrait de qualité qui dénote la disposition permanente de celui qui est //*contumelos// « arrogant ». D’un usage modéré à l’époque archaïque, ce lexème devient assez fréquent dès le -I<sup>er</sup> siècle avant J.-C.. Le sens d’« attitude méprisante » est le plus ancien, et le lexème est alors toujours au singulier. Mais, depuis Plaute, //contumēlia// a aussi le sens plus concret de « marque de mépris », sens qui devient le plus courant à partir de la période classique. Plus tardivement, //contumēlia// désigne par métaphore « le dommage », mais cet emploi est rare.
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 +===== 6.2. Étymologie et origine =====
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 +L’étymologie de //contumēlia// a suscité plusieurs tentatives. Selon une conception déjà ancienne, //contumēlia// serait apparenté à //tumeō// « être enflé, gonflé », verbe qui s’emploie au sens physique et moral, ce qui permettrait de définir la //contumēlia// comme « la disposition de celui qui est gonflé et qui méprise, de l’arrogant ». 
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 +Certains chercheurs ont vu en //contumēlia// un substantif abstrait dérivé d’un adjectif supposé //*contumēlos// (ou //-is//). Dans ce cas, //contumēlia// désignerait la disposition à être //*contumēlos// « insolent, provocateur » ou l’action de celui qui est //*contumēlos// (Benveniste, 1935, 42).
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 +F. Bader (1962, 137) fait venir //contumelia// d’un nom //*contumēl.// Selon cet auteur, «//contumēlia// […] doit être dérivé d’un adjectif //*contumēl//, mais est senti comme appartenant à //contemnō// (Cf. Sén. //Const.// 11, 2) ou à //tumeō//, d’où sa réfection en //contumia// ». Mais comment rendre compte alors de ce suffixe //* ēl// ?
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 +Récemment, et dans une tout autre direction, J.L. García Ramón (2007) a proposé de relier //contumēlia// à //contemnō//, qu’il rattache à son tour à la famille, plus lointaine en latin, de //cortumiō//. En se fondant sur une étude d’H. Rix (1997), J.L. García Ramón a avancé de bons arguments pour rapprocher, en dépit de divergences sémantiques qui ne sont qu’apparentes, lat. //cortumiō// (Varr. L. 7,8), terme technique qu’il interprète comme « division en secteurs », de gr. //κέρτομος// « railleur » et //κερτομέω// « injurier, outrager en paroles ». Les lexèmes grecs ont connu dans leur préhistoire une évolution sémantique de « diviser, couper » à « déchirer (en paroles) », « outrager, injurier ». 
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 +Le nom d’agent //κέρτομος// comporte en second membre la racine //*temh<sub>1</sub>(( Voir //LIV// <sub>2</sub> (p. 625).))// de gr. //τέμνω / τάμνω//, de lat. //contemnō// et peut-être de lat. //templum// (le sens d’origine étant alors « espace découpé, délimité »). Le premier élément du composé s’analyse comme un nom-racine attesté, en grec même, à l’état libre dans //κήρ// (si le sens premier est bien « destruction »). La racine, à poser sous la forme //*(s)ker //, est celle de l’islandais //skera// (all. //scheren//) « couper ». Le grec a aussi //σκερβόλλω// « couvrir d’injures », avec la variante à //*s // initial. De son côté, le latin aurait hérité d’un prototype de nom d’agent //*kr̥-tomh<sub>1</sub>-ó // (avec degré réduit en premier membre), évoluant en //*kortomo //, d’où a été dérivé //*kortom-iyō-n  > cortumiō// « section ». Pour ce qui est du type de dérivation, le couple //lēgerupa (lēgi ) / lēgerupiō// fournirait un parallèle.
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 +Afin de rendre compte du lien formel entre //cortumiō// et //contumēlia//, J.L. García Ramón part de l’hypothèse que le verbe //temnō// (Lucr. +) « mépriser, dédaigner », attesté à date plus récente que //contemnō//, aurait été tiré secondairement du composé avec ce sens (« dekompositionell »). Dans cette perspective, //contemnō// serait le remaniement (« Umformung ») d’un plus ancien verbe //*kor-temne/o //, qui s’expliquerait à son tour par une affectation secondaire((Cet aspect de l’hypothèse de J.L. GARCÍA RAMÓN permet de justifier que le latin n’ait pas ici de verbe en // āre// (qui serait **//contumāre//), alors que la langue possède //aes-tim-āre//.)) de l’élément //*kr̥//-, dont le foyer originel était le composé nominal //*kr̥-tomh<sub>1</sub>-ó// , au thème verbal //*temne/o // (*« couper »). Quant à la partie suffixale du dérivé //contumēlia//, J.L. García Ramón (2007, 294) admet, pour la forme d’où est dérivé //contumēlia//, une suffixation sigmatique secondaire //*kom- + -tom- +  -es-li //, comparable à celle de //fidēlis < *b<sup>h</sup>id<sup>h</sup>-es-li  ou de crūdēlis < *krowid<sup>h</sup>-es-li //.
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 +On le voit, la préhistoire de //contumēlia//, manifestement complexe, fait une large part à l’hypothèse.
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