contŭmēlia, -ae, f.

(substantif)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Contumēlia est étymologiquement un nom abstrait de qualité qui dénote la disposition permanente de celui qui est *contumelos « arrogant ». D’un usage modéré à l’époque archaïque, ce lexème devient assez fréquent dès le -Ier siècle avant J.-C.. Le sens d’« attitude méprisante » est le plus ancien, et le lexème est alors toujours au singulier. Mais, depuis Plaute, contumēlia a aussi le sens plus concret de « marque de mépris », sens qui devient le plus courant à partir de la période classique. Plus tardivement, contumēlia désigne par métaphore « le dommage », mais cet emploi est rare.

6.2. Étymologie et origine

L’étymologie de contumēlia a suscité plusieurs tentatives. Selon une conception déjà ancienne, contumēlia serait apparenté à tumeō « être enflé, gonflé », verbe qui s’emploie au sens physique et moral, ce qui permettrait de définir la contumēlia comme « la disposition de celui qui est gonflé et qui méprise, de l’arrogant ».

Certains chercheurs ont vu en contumēlia un substantif abstrait dérivé d’un adjectif supposé *contumēlos (ou -is). Dans ce cas, contumēlia désignerait la disposition à être *contumēlos « insolent, provocateur » ou l’action de celui qui est *contumēlos (Benveniste, 1935, 42).

F. Bader (1962, 137) fait venir contumelia d’un nom *contumēl. Selon cet auteur, «contumēlia […] doit être dérivé d’un adjectif *contumēl, mais est senti comme appartenant à contemnō (Cf. Sén. Const. 11, 2) ou à tumeō, d’où sa réfection en contumia ». Mais comment rendre compte alors de ce suffixe * ēl ?

Récemment, et dans une tout autre direction, J.L. García Ramón (2007) a proposé de relier contumēlia à contemnō, qu’il rattache à son tour à la famille, plus lointaine en latin, de cortumiō. En se fondant sur une étude d’H. Rix (1997), J.L. García Ramón a avancé de bons arguments pour rapprocher, en dépit de divergences sémantiques qui ne sont qu’apparentes, lat. cortumiō (Varr. L. 7,8), terme technique qu’il interprète comme « division en secteurs », de gr. κέρτομος « railleur » et κερτομέω « injurier, outrager en paroles ». Les lexèmes grecs ont connu dans leur préhistoire une évolution sémantique de « diviser, couper » à « déchirer (en paroles) », « outrager, injurier ».

Le nom d’agent κέρτομος comporte en second membre la racine *temh11) de gr. τέμνω / τάμνω, de lat. contemnō et peut-être de lat. templum (le sens d’origine étant alors « espace découpé, délimité »). Le premier élément du composé s’analyse comme un nom-racine attesté, en grec même, à l’état libre dans κήρ (si le sens premier est bien « destruction »). La racine, à poser sous la forme *(s)ker , est celle de l’islandais skera (all. scheren) « couper ». Le grec a aussi σκερβόλλω « couvrir d’injures », avec la variante à *s initial. De son côté, le latin aurait hérité d’un prototype de nom d’agent *kr̥-tomh1 (avec degré réduit en premier membre), évoluant en *kortomo , d’où a été dérivé *kortom-iyō-n > cortumiō « section ». Pour ce qui est du type de dérivation, le couple lēgerupa (lēgi ) / lēgerupiō fournirait un parallèle.

Afin de rendre compte du lien formel entre cortumiō et contumēlia, J.L. García Ramón part de l’hypothèse que le verbe temnō (Lucr. +) « mépriser, dédaigner », attesté à date plus récente que contemnō, aurait été tiré secondairement du composé avec ce sens (« dekompositionell »). Dans cette perspective, contemnō serait le remaniement (« Umformung ») d’un plus ancien verbe *kor-temne/o , qui s’expliquerait à son tour par une affectation secondaire2) de l’élément *kr̥-, dont le foyer originel était le composé nominal *kr̥-tomh1 , au thème verbal *temne/o (*« couper »). Quant à la partie suffixale du dérivé contumēlia, J.L. García Ramón (2007, 294) admet, pour la forme d’où est dérivé contumēlia, une suffixation sigmatique secondaire *kom- + -tom- + -es-li , comparable à celle de fidēlis < *bhidh-es-li ou de crūdēlis < *krowidh-es-li .

On le voit, la préhistoire de contumēlia, manifestement complexe, fait une large part à l’hypothèse.


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1) Voir LIV 2 (p. 625).
2) Cet aspect de l’hypothèse de J.L. GARCÍA RAMÓN permet de justifier que le latin n’ait pas ici de verbe en āre (qui serait **contumāre), alors que la langue possède aes-tim-āre.