contŭmēlia, -ae, f.

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Contŭmēlia est formé à partir d’une base tŭmēl- à l’aide du préfixe con-, qui a une valeur perfective-intensive, et du suffixe -ia de nom abstrait servant à créer des substantifs dé-adjectivaux. Si les affixes se laissent facilement analysés, la base reste obscure et n’est pas représentée autrement en latin.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Sénèque, se fondant sur la signification et la paronymie des lexèmes, rapproche contŭmēlia de contemptus / contemnere :

  • Sén. Const. 11, 2 :
    Contumelia a contemptu dicta est, quia nemo nisi quem contempsit tali iniuria notat.
    « contumelia (offense) est tiré de contemptus (mépris), parce qu’on ne fait un outrage de cette sorte qu’aux personnes que l’on méprise. »

Par la suite, les juristes ont admis cette interprétation synchronique ou explication étymologique, et Ulpien, quand il indique la polysémie juridique d’iniuria, précise à propos de contumelia :

  • Ulp. Dig. 47, 10, 1 :
    contumeliam autem a contemnendo.
    « contumelia (offense) vient de l’idée de contemnere (mépriser). »

5.3. « Famille » synchronique du terme

Le terme n’a pas servi de base à de nombreux lexèmes, même si les dérivés sont pour la plupart usuels. Sont bâtis sur contumēlia :

  • un adjectif contŭmēliōsus, a, um : « outrageant, injurieux » (avec le suffixe -ōsus dénotant la grande quantité des entités dénotées par la base) ; un adverbe en -ē est tiré de cet adjectif : contŭmēliōse « outrageusement » ;
  • un verbe dénominatif : contŭmēliō, -ās, -āre, -āui, -ātum d’un usage très tardif et très rare, avec une variante déponente contŭmēliārī « offenser ».

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes.

Contumēlia est sémantiquement proche d’iniūria, parfois de conuicium. Il devient ainsi chez Ulpien une sorte d’hyponyme d’iniūria :

  • Ulp. Dig. 47, 10, 1, pr. :
    Iniuria ex eo dicta est, quod non iure fiat : omne enim quod non iure fit, iniuria fieri dicitur. Hoc generaliter. Specialiter autem iniuria dicitur contumelia.

    « L’injure est dite de ce qui est fait sans droit : car tout ce qui est fait sans droit, est dit être fait avec injure. Voilà pour le sens général. Quant aux sens particuliers, on appelle parfois l’outrage injure. »

Il est possible de parler de parasynonymie entre iniūria et contumēlia quand ce dernier lexème a le sens de « marque de mépris » : les sèmes spécifiques sont presque semblables. Cependant, les Anciens distinguaient déjà les deux termes, comme Sénèque dans le De Sapientis constantia :

  • Sén. Const. 5, 1 :
    Diuidamus, si tibi uidetur, Serene, iniuriam a contumelia.
    « Distinguons, si tu le veux bien, Sérénus, l’injure de l’offense. »

Contumēlia restreint cependant le repère de visée à la persona, alors qu’iniūria est une atteinte au iūs. Par ailleurs, dans le plus grand nombre des cas, il existe dans la contumēlia une différence hiérarchique entre l’agresseur et l’agressé, ce dernier étant d’une condition supérieure.

La parasynonymie entre contumēlia et conuicium est restreinte aux cas où contumēlia dénote un acte sonore. Le rapprochement entre les deux lexèmes a lieu quand le sème spécifique /visant la personnalité d’un individu déterminé/ leur est commun et lorsqu’il est particulièrement mis en valeur par le contexte.


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