contŭmēlia, -ae, f.

(substantif)



4.2. Exposé détaillé

A. Valeur abstraite indiquant une attitude : « attitude méprisante »

Contumēlia est étymologiquement un nom abstrait de qualité qui représente la disposition permanente de celui qui est *contumelos « arrogant ». Le sens d’« attitude méprisante », d’« arrogance » est sans doute le plus ancien, mais il est peu fréquent. Le terme est alors employé essentiellement au singulier ; il est attesté avec ce sens surtout chez Cicéron, et se rencontre alors dans l’environnement textuel d’autres noms abstraits :

  • Cic. Lael. 89 :
    Omni igitur hac in re habenda ratio et diligentia est, primum ut monitio acerbitate, deinde ut obiurgatio contumelia careat.
    « En tout cas de ce genre, il faut veiller et s’appliquer, d’abord, à ne mettre aucune âpreté dans l’avertissement, puis aucun mépris dans le reproche. »

Le lexème exprime l’attitude, la disposition permanente de celui qui agit. On peut poser le sémème suivant :

Sémème : attitude / durable / intentionnelle / visant la persona d’un individu / pour le rabaisser /.

B. Valeur plus concrète indiquant une action : « marque de mépris »

Le sens de contumēlia le plus courant est celui d’« outrage », « injure ». Il apparaît dès l’époque archaïque et se maintient jusqu’à l’époque tardive. Il entre dans de nombreuses locutions verbales bien attestées dans la latinité pour suppléer à une absence de verbe correspondant au substantif (contumēliāre est tardif et rare ; de plus, il a le sens très limité de « violer », « outrager »). Parmi ces locutions, les plus fréquentes sont contumēliam facere « offenser » avec l’agent en fonction de sujet grammatical et contumēliam accipere « essuyer un affront » avec la victime en fonction de sujet grammatical.

Contumēlia reçoit souvent un complément au génitif qui dénote l’auteur ou la victime de l’outrage : presque toujours, ce génitif présente le trait /être humain/, ce qui montre que contumēlia possède un sémantisme plus restreint qu’iniūria et qu’il se prête beaucoup moins aux emplois métaphoriques.

D’autre part, quand l’auteur et la victime d’une contumēlia sont explicités, la victime a généralement un statut social supérieur. Contumēlia dénote une atteinte à l’honos/honor ou à la persona d’un individu, c’est-à-dire à la fonction, à la compétence, à la qualité que la victime possède et qui manque chez l’auteur de l’offense. Dans le domaine juridique, la contumēlia est ce qui permet à la victime d’intenter l’action d’injure. Contumēlia « la marque de mépris », « l’outrage » représente le plus souvent un acte, mais peut désigner aussi une parole.

B.1. « Acte offensant »

Contumēlia dénote très souvent un acte offensant. C’est l’acception principale du lexème dans le traité de Sénèque, De la constance du sage :

  • Sén. Const. 17, 2 :
    Quid quod offendimur si quis sermonem nostrum imitatur, si quis incessum, si quis uitium aliquod corporis aut linguae exprimit? […] Itaque materia petulantibus et per contumeliam urbanis detrahitur, si ultro illam et prior occupes.
    « Que dire de l’offense ressentie quand on imite notre façon de parler, notre démarche ou quand on souligne une imperfection physique ou un défaut de prononciation […]. C’est pourquoi, la matière à rire est ôtée aux insolents et à ceux qui ne sont spirituels que de façon outrageante, si, prenant les devants, tu t’en rends maître le premier. »

B.2. « Parole offensante »

Quand le contexte présente un terme du champ de la parole, le lexème peut désigner alors une parole offensante, acception que l’on trouve dans le même traité de Sénèque :

  • Sén. Const. 15, 1 :
    Non accipiet contumeliam, si obscenorum uocibus improbis per forum agetur.
    « Il [le sage] ne recevra pas d’offense, s’il est poursuivi à travers le forum sous les cris indécents d’hommes grossiers. »

De même, quelques siècles plus tard chez Ambroise :

  • Ambr. Off. 1, 22, 99 :
    In utroque seruandum ne sit aliqua perturbatio sed tamquam mitis et placidus et beneuolentiae plenus et gratiae sine ulla sermo ducatur contumelia.
    « Dans l’un et l’autre genres [l’entretien familier et l’exposé], il faut faire attention à ce que soit évitée toute passion, mais que le discours soit mené de manière douce et paisible, pleine de bienveillance et d’agrément, sans aucun outrage. »

On peut alors poser le sémème suivant :

Sémème : action / ponctuelle / résultant d’une attitude méprisante /intentionnelle /visant la persona d’un individu / pour le rabaisser /.

C. Valeur métaphorique indiquant une action : « dommage »

Ce sens est très rare et issu par métaphore du sens de « marque de mépris ». De ce fait, le trait /être humain/ est virtualisé.


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