cŏgnōsco, is, ĕre

(verbe)



2. Morphologie

2.1. Indications grammaticales

Cognōscō, inf. prés. actif cognōscĕre ; parfait cognōuī ; supin cognitum ; part. parf. passif cognitus, -a, -um « connu, reconnu ».

2.2. Variantes morphologiques

À côté des formes pleines, le thème du parfait offre fréquemment des formes « contractes » : cognōstī, cognōssem, cognōram, etc., qui continuent peut-être (selon M. Keller 1992, 8) une flexion plus ancienne, de date indo-européenne. Cette position, cependant, ne fait pas l’unanimité et H. Seldeslachts (2001, 1-57), par exemple, défend une opinion différente.

2.3. Formation du lexème

On rattache cognōscere à la racine indo-européenne *ĝneh3- signifiant « connaître ». Cette racine au degré plein donne phonétiquement en latin les séquences gnō- / nō-, qui constituent en synchronie deux variantes (probablement orthographiques dès l’époque archaïque, selon le § 1) du radical latin signifiant « connaître » attesté dans nōscō, nōui (voir ci-dessous les § 5.1.1. et 6.2.).

La forme phonétiquement attendue pour le p.p.p. de cognōscō (sur le degré zéro de la racine i.-e. *ĝnh3- « connaître ») aurait été *cognātus, -a, -um1)

. Pour expliquer le ĭ bref du supin cognĭtum et du p.p.p. cognĭtus, -a, -um, il faut probablement supposer l’existence d’un radical latin synchronique cogn- / cogni- « connaître » et « reconnaître », différent du radical - de nōscō, nōui, etc. Pour certains, le ĭ bref serait imputable à une adaptation de date latine. A. Christol2), en effet, rappelle que le type stā- / stă- 3) avec deux allomorphes pour le même radical latin reposant sur la quantité de la voyelle, l’un en voyelle longue et l’autre en voyelle brève pour la même voyelle, est productif en latin4)

. Dans le cas de cognitus, on pourrait supposer un ancien allomorphe en ă parallèle à *cognā- (dans *cognātus), avec fermeture attendue, ensuite, de ce ă en i bref en syllabe intérieure ouverte. Pour d’autres, au contraire, le i bref de cognitus pourrait être un fait hérité (cf. § 6).

L’analogie de date latine qui a entraîné le vocalisme ō dans nōtus « connu » (p.p.p. de nōscō) et son antonyme morphologique à préfixe négatif ignōtus « inconnu » n’a pas eu lieu ici pour le p.p.p de cognōscō5)

. Cependant, à l’époque tardive, on trouve des réfections analogiques du p.p.p. avec un vocalisme o long (par exemple dans cognotus est, Itala Luc. 24, 35 [cod. d]), ce qui apparaît en synchronie comme une régularisation par alignement sur la forme usuelle du radical latin signifiant « connaître ».

Cognoscere est formé grâce au préverbe con- (co-). Il finit par remplacer la forme simple noscere avec le même sens d’« apprendre à connaître, connaître. Ce phénomène de remplacement du verbe simple par l’un de ses préverbés (compositum pro simplici) est usuel dans le développement de la latinité et répond souvent au besoin d’étoffer le signifiant du verbe simple sans pour autant en changer la signification. La valeur sémantique du préverbe, par un processus de désémantisation, se trouve alors affaiblie.

Pour Cl. Moussy (cf. § 5.1.3.2.), cependant, le préverbe con- dans cognōscere a plutôt une valeur ingressive concordant avec la valeur inchoative-progressive du suffixe -scō présent dans ce verbe.



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1) Cette réalisation latine en -nā- de la sonante longue i.-e. *-n (issue de la séquence i.e. *-nh3-) est effectivement attestée dans l’adjectif ignārus « qui ignore, ignorant », pourvu du préfixe négatif lat. in- (avec i bref) issu de lat.*ĕn- < i.-e. *-n- vocalisé.
2) Proposition faite par A. Christol lors de la réunion des rédacteurs du DHELL du 19-2-2011.
3) On trouve ā dans l’infinitif stāre « se tenir debout », mais ă dans le p.p.p. stătus, -a, -um, le nom de procès stătus, -tūs M. et les dérivés nominaux comme stăbulum, etc.
4) On trouve aussi cette opposition quantitative anciennement en latin pour les voyelles de timbre e, i, u. Cf. pour e: uĕn- dans uĕnit « il vient » et uēn- dans uēnit « il vint ».
5) L’extension analogique du o long de nōscō, nōui dans nōtus (et ignōtus) répondit au besoin d’éviter une homophonie avec (g)nātus, -a, -um « né », p.p.p. de nāscor. Par cet aménagement, le latin préserva deux radicaux synchroniques bien distincts par la forme, comme ils l’étaient par le sens. Cela était indispensable pour deux verbes usuels et tous deux fondamentaux dans la langue, de par leur valeur référentielle ainsi que leur fréquence très élevée. Cette adaptation latine a permis d’opposer clairement deux radicaux synchroniques à vocalismes qualitativement différents : nō- « connaître » et nā- « naître » (cf. aussi M. KELLER, 1992, 26-27).