cĕlĕbĕr, -bris, -bre

(adjectif)


5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Celeber est sans doute formé par suffixation, par l’adjonction d’un suffixe -ber / -br- à une base cele-. Mais l’origine de sa base comme celle de son suffixe font débat (cf. § 6.2 ).

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques faites par les auteurs latins


La seule observation métalinguistique à propos de celeber, que nous devons à Priscien, concerne sa morphologie :

  • Prisc. Gramm. II 152, 18 : salubris et celebris feminina, in utraque tamen terminatione communis etiam generis inueniuntur prolata .

5.3. « Famille » synchronique du terme

L’adjectif celeber a donné lieu à plusieurs dérivés dont le sémantisme est toujours construit autour de l’idée de « grand nombre », d’« affluence », puis de « célébration » d’une fête caractérisée par l’affluence de la foule :

- le verbe dénominatif celebrō, -āre, -āui, -ātum : « fréquenter en grand nombre », « fêter (en foule) », « publier auprès d’un grand nombre de personnes », et, de là, « pratiquer régulièrement ».

Du thème verbal d’infectum celebrā- de celebrāre sont dérivés :

- le nom d’action celebrā-tiō, -tiōn-is (f.) « affluence », « célébration », « faveur » (pour le suffixe de noms de procès -tiō , cf. la 3ème partie);

- le nom d’agent celebrā-tor, -tōr-is (m.), qui désigne à partir de Martial « celui qui célèbre » (quelques occurrences seulement) (pour le suffixe de noms d’agent -tor , cf. la 3ème partie);

- l’adjectif celebrā-bilis, -e « digne d’être célébré » (quelques occurrences chez Ammien Marcellin et saint Ambroise) (pour le suffixe adjectival –bilis, cf. 3ème partie).

-le verbe celebrescō, -ere « se répandre dans la foule », hapax attesté dans un fragment d’Accius (pour le suffixe verbal -scō , cf. 3ème partie). Les verbes en –scō sont généralement bâtis sur un thème verbal d’état en –ē- du type albēre « être blanc albēscō « devenir blanc ». Mais un thème en e long ne semble pas attesté dans ce cas. Il est possible qu’il s’agisse d’une formation analogique en –escere faite directement sur l’adjectif celeber .

-le substantif celebrĭtās, -tāt-is (f.) : « fréquentation nombreuse d’un lieu », « célébration solennelle (en foule) d’un jour de fête », « diffusion parmi un grand nombre de personnes », « grande affluence », « grande fréquence », « célébrité, notoriété » (pour le suffixe substantival –(i)tās, -tāt-is , cf. 3ème partie) .

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

La polysémie de celeber, riche de valeurs différentes, fait que pour chacune l’adjectif n’a pas les mêmes synonymes, ce qui caractérise une synonymie partielle1). Pour la valeur de « fréquenté », il entre en relation avec frequens :

  • Liv. 38, 18, 11 : […] haud magnum quidem oppidum est, sed plus quam mediterraneum celebre et frequens emporium.
    « …une ville qui n’est certes pas importante, mais un marché assez couru et fréquenté, plus que ne l’est une cité de l’intérieur. »

et pour celle de « célébré, solennel », le lien se fait avec festus et sollemnis :

  • Liv. 5, 52, 10 (à propos de la statue de Junon) : […] quam insigni ob excellens matronarum studium celebrique dedicata est die ! Capitolinos ludos sollemnibus aliis addidimus […].
    « […] en quelle journée exceptionnelle et solennelle en raison de la ferveur extrême des femmes,  un temple a-t-il été consacré à Junon ! Nous avons ajouté les Jeux Capitolins aux autres fêtes […]. »

Les relations sont plus complexes en ce qui concerne le sens de « célèbre ». L’hyperonyme des adjectifs est clarus qui est le plus fréquent et qui, surtout, s’emploie pour les différentes formes de la notion, qualifiant ainsi ce qui a la gloire du prestige2), jouit d’une forte notoriété dans le temps et dans l’espace, largement établi, sans pour autant avoir le prestige 3), ou est simplement bien connu4). Celeber signifie en général « célèbre », au sens de « qui possède une notoriété fortement ancrée et répandue », et c’est sur cette base sémantique qu’il entre en relation avec clarus :

  • Mel. 2, 48 : […] fanum Neptuni, ludis quos Isthmicos uocant celebre, Corinthos olim clara opibus […].
    « […] un sanctuaire de Neptune célèbre par les Jeux appelés Isthmiques, Corinthe autrefois illustre par son opulence […]. »

mais aussi avec notus , nobilis et illustris :

  • Cic. Verr. II, 3, 61 : […] res est quam dicturus sum, tota Sicilia celeberrima atque notissima […].
    « […] l’affaire que je vais exposer est très célèbre et très fameuse dans toute la Sicile […]. »
  • Vell. 2, 43, 3 (à propos des débuts politiques de César) : […] nobilissima Dolabellae accusatio […] contentionesque […] celeberrimae […]
    « … sa fameuse accusation contre Dolabella […] et ses fameux démêlés […]. »
  • Curt. 5, 1, 18 : […] uir inlustris et manu promptus famaque etiam proximo proelio celebris […].
    « […] un homme illustre, entreprenant et d’une célébrité étendue avec la dernière bataille […]. »

Celeber ne signifie pas « connu, qui jouit d’une bonne réputation ». Il ne signifie pas non plus « glorieux ».

Il existe en revanche une complémentarité notionnelle entre l’extension de la célébrité et l’ancrage de la gloire. Dans la gloire épique du fils de Laerte, invoqué par inclute, une part revient à la large connaissance de son nom dans le monde d’alors :

  • Acc. 195-199 :
    Inclute, parua prodite patria,
    nomine celebri claroque potens
    pectore, Achiuis classibus auctor,
    grauis Dardaniis gentibus ultor,
    Laertiade !

    « Illuste, réputé par ta petite patrie, puissant par ton nom célèbre et ta brillante intelligence, conseilleur des flottes achéennes, impitoyable punisseur de la gent dardaniennre, fils de Laerte ! » (traduction J. Dangel, 1995, CUF).

À l’inverse, si une personne est très largement connue (celebris), ce peut être grâce au prestige attaché à la gloire de ses victoires, comme pour Q. Catulus :

  • Vell. 2, 22, 4 : Q. Catulus […] gloria […] celeberrimus […]
    « Q. Catulus, très célèbre par sa gloire […] »,

pour qui la suite du récit montre qu’il a été mis à mort dans une embuscade parce que son nom était répandu jusque dans des coins reculés où il croyait être en sécurité.

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1) Voir Cl. MOUSSY (2010, 48-49).
2) Cic. de Or. 2, 154 : … non tulit ullos haec ciuitas … gloria clariores … « … notre cité n’a pas produit d’hommes plus éclatants de gloire … ; Virg. En. 12, 224-225 (à propos de Camers) : cui genus a proauis ingens clarumque paternae/ nomen erat uirtutis et ipse acerrimus armis. « … Camers, d’une haute naissance de par ses ancêtres, auquel est attaché le renom glorieux de la bravoure de son père et qui est lui-même plein de fougue sous les armes » ; de même Sall. J. 85, 21.
3) Cic. Prov. 39 : […] praestare hoc senator debeo, quantum possum, ne quis uir clarus aut potens huic ordini iure irasci posse uideatur. « Comme sénateur, je dois faire tout mon possible pour éviter qu’un homme illustre et influent ait, avec quelque apparence de raison, des motifs d’en vouloir à notre parti » (traduction J. Cousin, 1997, CUF) ; de même Horace, S. 2, 3, 97.
4) Pl. Trin. 664 : In occulto iacebis, cum te maxume clarum uoles. « Tu croupiras dans l’obscurité, quand tu voudras être largement connu » ; de même Cic. Verr. II, 1, 139.