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dictionnaire:caluus6 [2015/06/01 14:56] (Version actuelle)
bothua créée
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 +<html><p class="lestitres"> calu̯ŭs, -a, -um </p></html> <html><center><big><big> (adjectif) </big></big></center></html>
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 +====== 6. Histoire du lexème ======
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 +===== 6.1. Histoire au cours de la latinité. Évolution des emplois =====
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 +Voir [[:dictionnaire:caluus4|§4]].
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 +===== 6.2. Étymologie =====
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 +==== 6.2.1. La position d’EM ====
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 +EM fait deux entrées différentes pour le substantif //calua, -ae //F. « crâne » (p. 88) et l’adjectif //caluus// « chauve » (p. 88), estimant que le substantif //calu̯a, -ae //« crâne, boîte crânienne » n’est pas apparenté à l’adjectif //calu̯us// « chauve » : ce serait un « nom populaire » du crâne et de la tête signifiant à l’origine « cruche » ; il aurait été rapproché de //calu̯us// par étymologie populaire : 
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 +EM p. 88, s.u. //calua, -ae// F. « crâne » : « //Calua semble d’abord avoir signifié ‘cruche’ (cf. gabata, testa//) ; cf. Pompon. //Atell.// 179 : //iam istam caluam colafis comminuissem testatim tibi//, où le voisinage de //calua// et de //testatim// est caractéristique, et peut-être //caluariola//, Schol. Iuv. 5,48 ?; mais il a été rapproché de //caluus// par étymologie populaire (comme dans //calua nux, Venus Calua//) et Martial ne l’emploie qu’au sens de « crâne dénudé », e.g. 6,57,2, //tegitur pictis sordida calua comis//. »
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 +==== 6.2.2. Critique adressés à la position d’EM ====
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 +Mais le passage de Pomponius (apud Nonius 178,25) cité par EM ne comporte pas le mot //caluam //dans l’édition d’O. Ribbeck :
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 +L. Pomponius Bononiensis 179 R. (//Comicorum Romanorum Fragmenta,// volume 2, éd. O. Ribbeck, 1962, Hildesheim ; reproduction de l’édition de Leipzig 1873 ; page 252):
 +//Iam istam colafis conminuissem [testam] testatim tibi//.
 +« Déjà je t’aurais réduit [la tête] en morceaux avec mes coups de poings. »
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 +À la place du //caluam// cité par EM, le passage comporte le terme //testam// mis entre crochets droits par O. Ribbeck. Il est donc difficile de tenir compte de ce passage aussi bien pour// caluam// que pour //testam//.
 +De toute façon, l’adverbe distributif en -//tim testatim// signifie « en (petits) morceaux » (Gaffiot). Or l’hypothèse d’EM ci-dessus suppose non seulement la présence de caluuam « crâne » dans ce texte (ce qui n’est pas vérifié), mais aussi le sens de « tête » pour le //testa// qui est la base de suffixation de //testatim//. Or c’est seulement à la période tardive que //testa// peut dénoter dans nos textes la tête des êtres humains (chez Ausone, Caelius Aurélianus, Prudence), et cela par métaphore dans des niveaux de langue très familiers et peut-être même argotiques. 
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 +==== 6.2.3. Les sens de testa ====
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 +En effet, les sens de //testa// attestés à l’époque classique sont (selon Gaffiot) :
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 +- « tuile, brique » (Cat. //Agr.// 18,7 ; Varr. R. 2,3,6 ; Cic. //Dom//. 61), 
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 +- « récipient en terre cuite » (Plin. 31,114) ; et en particulier « amphore » chez Horace, « lampe d’argile » chez Virgile, 
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 +- « tesson, morceau de poterie, débris de tuile » (Sisenna //apud //Nonius ; Vitruve //testa tunsa// « poudre de tuileaux » ; Ovide ; Tacite ; Martial ; Pline l’Ancien).
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 +C’est à partir de ce dernier sens de « morceau de poterie » (donc « morceau » en général) que l’on peut expliquer l’adverbe //testatim// « en morceaux » dans le passage ci-dessus de Pomponius. 
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 +Le dictionnaire de WH (p. 675) donne également pour //testa// les sens de all. « Platte, Deckel, Schale aus gebrannten Ton », renvoyant donc à des objets en terre cuite.
 +Au vu de cet éventail de dénotations pour //testa//, il est clair que //testa// a essentiellement dénoté des objets utilitaires faits par la main de l’homme à partir de terre cuite (que la terre soit cuite au soleil, comme pour les tuiles et les briques, ou qu’elle soit cuite dans un four). Ainsi, si //testa// en est venu à dénoter la tête des hommes et des animaux, c’est par un transfert métaphorique à partir d’objets de terre cuite de forme arrondie((Cette évolution sémantique est bien représentée dans les langues : cf. all. //Platte.//)). 
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 +Mais EM p. 688 estime que le sens premier de //testa// est « coquille », « carapace » pour la tortue, et que de là par métaphore //testa// en est venu à dénoter « toute espèce de vase fait en argile cuite ou terre de potier, tuile, tesson de tuile ou de poterie ». Il nous semble qu’EM p. 689 inverse l’ordre entre comparant et comparé dans ces transferts métaphoriques. 
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 +Si EM (p. 688-689) estime ainsi que le sens le plus ancien de //testa// est « coquille », « carapace », cependant il reconnaît (p. 689) s. u. //testū// Nt. indéclinable /// testum, -i// Nt. que ces termes dénotent des objets faits en terre cuite puisqu’il leur donne comme sens : « couvercle de pot en terre », « pot en terre » ; il cite aussi comme suffixé de //testu// le substantif //testuacium// « gâteau » attesté chez Varron (Varr. L. 5,106). Il est donc probable que le radical latin synchronique// test- //dénote la cuisson ou un objet cuit. Pourquoi l’admettre pour //testu, testum// Nt. et non pour// testa// F. ?
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 +Quant au nom de la tortue //testudo, -inis// F., c’est, à notre avis, un dérivé de //testu / testum// au sens de « carapace », comme l’animal caractérisé par l’existence d’une carapace. Ce sens de « carapace » pour //test- / testu-// est issu d’un transfert métaphorique à partir de //testu / testum// « pot en terre (cuite) » par suite de la ressemblance de forme arrondie.
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 +==== 6.2.4. Formation proposée pour testa ====
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 +Dans ces conditions sémantiques, le radical latin synchronique //test-// présent dans //testa, testu, testum// peut être rattaché à une « racine » de valeur causative signifiant « dessécher » (effet du soleil) ou « cuire » (pour le soleil ou un véritable four) : la « racine » //*ters-// « sécher, dessécher ».
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 +On lui rattache généralement lat. //terra //« terre »(( Pour lat. //terra //“terre”, EM p. 688 propose en outre un dérivé de i.-e. //*tēr-es//- ou //*tĕr-es-//, soit //*tērsā// ou //*tĕrsā//. Pour la famille dans son ensemble, voir également BRACHET (2014).)) comme « la sèche » de i.-e. //*ters-ā.// La même « racine » i.-e. est attestée dans lat. //torrēre// « dessécher, brûler », formation causative i.-e. (à vocalisme //o// de la « racine » et morphème de causatif i.-e. //*-eye-,// cf. sk.//-aya-//) analysable en //torr-ē-re// avec un radical latin //torr-// présent dans le causatif //torre-facio// (Columelle), le verbe de sens progressif //torrēscere //(fait sur //torrēre//), l’adjectif //torridus// « torride », le participe adjectivisé //torrens// « brûlant » pour le soleil (Liv. 44,38,9 : //miles torrens meridiano sole//).
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 +Comme causatif,// torreo// se construit avec l’accusatif de l’entité qui subit le procès de cuire (le patient, la victime) et le nominatif de l’agent qui cuit (le soleil, par exemple). Pline parle de faire sécher et cuire au soleil des poissons :
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 +Pline //HN// 7,30 : //Hi nullum alium cibum nouere quam piscium, quo unguibus dissectos sole **torreant.**// 
 + « Ces gens ne connaissent pas d’autre nourriture que les poissons, de sorte qu’après les avoir déchirés en morceaux avec leurs ongles, ils les **cuisent** au soleil. »
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 + et des raisins :
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 +    * Pline //HN// 14,84 : //ab aliis uua torretur in tegulis// \\ « d’autres **font sécher** le raisin sur des tuiles » (traduction J. André 1958, Paris, CUF) \\ littéralement : « selon d’autres, le raisin **est séché** (au soleil) sur des tuiles. » 
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 +Le participe parfait passif qui entre dans le paradigme du verbe //torrere// est //tostus, -a, -um// « brûlé », formé avec le morphème //*-to-// sur le degré zéro de la « racine » i.-e. : //*tr̥stos //(le //*-r̥-// donnant en latin// -ŏr//-). En synchronie, en outre, le vocalisme //o// du radical //tos-// de// tostu//s était fortifié par le vocalisme// o// du même radical dans les thèmes d’//infectum// et de// perfectum//  du verbe //torrere. Tos-// dans //tostus// fonctionne donc comme un allomorphe de// torr-// dans //torrere, torrui.//
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 +Pour expliquer //testa, testu, testum// « objet en terre cuite », on peut partir de la « racine » i.-e. au vocablisme //e : *ters-// suivie du suffixe //*-to-// ajouté pour marquer l’achèvement et la réalisation du procès de « dessécher, brûler ». On peut penser aussi que le vocalisme //e //du radical latin dans //testa, testu, testum// vient d’une différenciation de date latine avec la forme qui servait de participe à l’intérieur du paradigme (//tostus//). En synchronie, //tĕs-// peut avoir fonctionné comme un allomorphe de //tŏs-// et donc, de ce fait, également de //tŏrr-.//
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 +==== 6.2.5. Les relations diachroniques entre caluus « chauve » et calua « crâne » ====
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 +Contrairement à la position d’EM (cf. § 6.2.1.), qui estime que l’adjectif //caluus// « chauve » et le substantif //calua// « crâne » n’ont pas la même origine, la plupart des linguistes estiment que //calua// « crâne » est issu de l’adjectif //caluus// « chauve » par substantivation au féminin comme « tête chauve ». Ce lien est posé par WH (p. 143)(( WH p. 143 estime qu’il faut sous-entendre le substantif //testa, -ae// F. « tête », ce qui ne paraît pas adéquat, puisque //testa// au sens de « tête » est attesté seulement à l’époque tardive.)), de Vaan (2000, p. 85-86). 
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 +Le dictionnaire de WH (p. 143) met en tête de la même entrée de dictionnaire les substantifs //calua, -ae// F. et //caluaria,-ae// F., auxquels il donne la même signification de « crâne ». Il les présente donc comme des doublets lexicaux ou des variantes morphologiques du même lexème. Comme nous l’avons vu (cf. § 5.4.), cependant, les deux termes n’ont pas la même distribution dans les textes et n’ont pas la même connotation, puisqu’ils n’appartiennent pas au même domaine du vocabulaire latin. Ils ont seulement la même dénotation.
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 +Sur l’adjectif //caluus// « dépourvu de cheveux » est bâti en latin le substantif //calu̯a, -ae// F. « crâne, boîte crânienne » ; //calu̯āria, -ae// F. « crâne (de l’homme et des animaux) » est fait sur //calua// « crâne » ou directement sur //caluus// « chauve » avec un suffixe //-āria// F., substantivation du suffixe technique productif en //-ārius, -a, -um.// Dans cette hypothèse diachronique, ces termes sont apparentés et le sens de « chauve », « crâne chauve », par métonymie, a entraîné celui de « crâne, boîte crânienne ».
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 +Pour l’origine, WH (p. 144, s.u. //calvus//) pose : //*qeleu̯os// et italique //*kalou̯os// en raison d’un anthroponyme osque //Kalúvieis// « Calvii » à côté de //*qelǝuo-// dans sk. //ati-kūrvaḥ, -kū̌lvaḥ// « complètement chauve ». De Vaan (p. 85-86) pose i.-e. //*klH-e/owo-// « chauve », dont il rapproche sk. //ati-kulva-// « qui a les cheveux extrêmement fins et clairsemés » et sk. //kulva-// « chauve ». Il considère en outre que lat. //caluus// doit remonter à i.-e. //*kalVwo//- et cite un correspondant en italique (dans l’anthroponymie osque : **kalúvieis** (gén. sg.), **kalaviis** (nomin. sg.), l’équivalent de lat. //Caluius//) en remontant à une forme italique //*kale/owo-//. Moyennant les actualisations dues aux évolutions de la grammaire comparée, de Vaan reprend donc les positions de WH. 
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